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Israël-Iran : les racines d’une rivalité au cœur du Moyen-Orient

Le régime du Shah est renversé en 1979 lors de la révolution iranienne, et la République islamique est instaurée, dirigée par l’ayatollah Rouhollah Khomeini. Benjamin Netanyahou déclare que « le problème principal est l’Iran et que, de toute façon, on ne peut pas parler de la Palestine tant qu’on n’aura pas résolu le problème iranien ».


Alors que le Moyen-Orient est en proie à des tensions depuis une semaine, il est pertinent de revenir sur les origines du conflit entre l’Iran et Israël, deux pays ennemis depuis près de 50 ans. C’est la question posée à Jérémy Dieudonné, docteur en relations internationales à l’UCLouvain et expert des États-Unis et de l’Iran.

### Rupture majeure

Tout débute en 1979, avec la révolution iranienne qui renverse le régime du Shah et établit la République islamique dirigée par l’ayatollah Rouhollah Khomeini. Dès lors, l’Iran adopte une posture hostile envers Israël. « Khomeini était ouvertement anti-israélien, voire antisémite », souligne Jérémy Dieudonné. L’Iran qualifie Israël de « Petit Satan », tandis que les États-Unis sont désignés comme le « Grand Satan ».

L’Iran s’engage également dans la cause palestinienne en ne reconnaissant plus l’État d’Israël. L’ambassade israélienne à Téhéran est offerte à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dirigée par Yasser Arafat, pour devenir l’ambassade de la Palestine.

### Rivalité indirecte

Malgré les discours hostiles, les affrontements directs entre Israël et l’Iran sont restés rares. Les tensions se manifestent plutôt à travers des acteurs indirects. Cela a été évident en 2006, lors de l’invasion israélienne du Liban et de la guerre contre le Hezbollah, un allié de l’Iran.

Cependant, la question de l’Iran devient progressivement centrale dans la politique israélienne, supplantant même la question palestinienne. En 2009, lors de son retour au pouvoir, Netanyahou déclare que « le problème principal est l’Iran et que, de toute façon, on ne peut pas parler de la Palestine tant qu’on n’aura pas résolu le problème iranien », selon Jérémy Dieudonné.

« Les services de renseignement, tant américains qu’israéliens, auront tendance à contredire les affirmations de Netanyahou », précise le doctorant. « Bien sûr, l’Iran est devenu plus fort, promeut le terrorisme dans la région, adopte une position anti-israélienne très explicite, et possède donc toutes les caractéristiques d’un ennemi. Cependant, les interactions directes entre l’Iran et Israël restent limitées. »

### Volonté d’opposition directe

Le discours israélien anti-iranien s’est intensifié, notamment sous l’impulsion de Benjamin Netanyahou, qui exprime une volonté croissante de s’opposer directement à l’Iran, voire de mener des actions militaires. Selon le chercheur, depuis des décennies, les dirigeants israéliens affirment que l’Iran est proche de l’arme nucléaire. « Cela fait 30 ans que Netanyahou dit que l’Iran va avoir une bombe nucléaire demain ou presque. Pourtant, les rapports des services de renseignement affirment que l’Iran n’est pas du tout proche d’une telle capacité. »

Il fait un parallèle entre cette situation et la guerre en Irak en 2003, où les États-Unis justifièrent leur intervention par une prétendue possession d’armes de destruction massive par le régime de Saddam Hussein, ce qui s’est avéré faux.

Avant les frappes du 28 février, Donald Trump évoquait des missiles iraniens capables d’atteindre les États-Unis, alors que, selon Jérémy Dieudonné, « l’Iran est vraiment à des années-lumière d’avoir de tels missiles. » Bien que Téhéran détienne plus d’uranium que nécessaire pour un programme strictement civil, il est « relativement loin de pouvoir développer une bombe nucléaire », surtout après les bombardements subis en juin dernier.