Intradel/Innova: selon les juges, Alain Mathot devait toucher 1 million d’euros !

Belgique La cour d’appel de Liège a rendu un arrêt dans l’affaire de corruption commise lors de la construction de l’incinérateur Uvelia par la société Inova France pour l’intercommunale Intradel. La cour a aussi épinglé le rôle d’Alain Mathot dans un arrêt de 254 pages. Ils ont relevé les déclarations de Philippe Leroy, l’ancien directeur d’Inova France, et les éléments concrets qui accréditaient ses déclarations.

L’homme a expliqué qu’Alain Mathot avait demandé 2 millions d’euros, un pour lui et l’autre pour Léon Deferm, un proche de la famille Mathot. “Alain Mathot lui a fait comprendre que pour gagner le projet, un contrat de lobbying était nécessaire”, relèvent les magistrats. Les juges ont précisé : “Les paiements ont été faits après l’attribution du marché.”

Selon la cour, voici les 5 éléments qui accréditent les déclarations de Philippe Leroy et donc la corruption.

1. L’analyse par les enquêteurs des différents voyages à Paris d’Alain Mathot sur la base de sa carte Visa, sa téléphonie, ou d’autres données.

2. L’enquête met en avant le fait qu’Alain Mathot faisait parfois des séjours de quelques heures ou d’une journée dans la capitale française.

3. Figurait en outre dans l’agenda électronique de Philippe Leroy une mention : “Rendez-vous Alain M les 7 et 8/07/08”.

4. Alain Mathot avait avancé qu’il n’aurait pu se rendre à Paris. Les vérifications ont permis de démontrer que le 7 juillet 2008, il a acheté un billet international et que son GSM avait été utilisé en France.

5. Il existe une téléphonie importante aux périodes suspectes entre Alain Mathot et Philippe Leroy alors qu’Alain Mathot affirme ne l’avoir rencontré que trois fois dans sa vie.

6. Grâce à une ligne du temps effectuée par les enquêteurs, la cour a constaté que plusieurs des séjours d’Alain Mathot à Paris étaient précédés de communications avec Philippe Leroy.

7. La cour relève que les retraits allégués par Philippe Leroy ont été vérifiés et la somme de 700 000 euros perçue n’apparaît nullement fantaisiste. La cour s’en réfère également à la motivation du tribunal en ce qui concerne le versement d’un million d’euros sur un compte luxembourgeois du prévenu Deferm, compte qui a progressivement été vidé par des retraits importants en cash et dont l’argent a été versé sur un autre compte luxembourgeois dont Léon Deferm est le mandant. Le compte luxembourgeois de cette société ayant ensuite financé de luxueuses vacances dont ont profité Alain Mathot et ses proches sur un yacht dénommé “White Lady of Man”.

8. De manière anecdotique, mais néanmoins interpellante, la cour relève encore que lorsqu’Alain Mathot a été confronté aux résultats de l’enquête téléphonique, il a voulu rencontrer Philippe Leroy dans le cadre du sponsoring FC Seraing, soit l’explication qu’il lui avait dit d’avancer s’ils étaient vus ensemble.

9. Le 8 octobre 2008, Alain Mathot a envoyé à Léon Deferm, par télégramme international, le numéro de portable avec carte prépayée sur lequel il était désormais joignable. “On peut s’interroger sur l’utilisation d’un télégramme, technologie coûteuse, dépassée et déjà très peu usitée en 2008, pour communiquer un numéro de téléphone alors qu’un SMS ou un courriel suffisait pour atteindre ce résultat.” Dans ce même télégramme, il lui conseillait aussi de changer de numéro de téléphone.

10. Suite à l’analyse d’un fichier informatique provenant de la commune de Seraing, il a été démontré qu’Alain Mathot, qui affirme ne pas connaître le numéro de téléphone et l’adresse de Philippe Leroy, a encodé dans un fichier nommé “Canal +” un numéro d’abonné reprenant l’adresse et le numéro de téléphone de Philippe Leroy de manière codée en cryptant les nombres et en enlevant 1 à chaque chiffre.

11. Le 24 janvier 2007, Alain Mathot, qui se trouvait alors en voyage aux États-Unis, a appelé deux fois Philippe Leroy, troublant pour quelqu’un qu’il affirme avoir rencontré à trois reprises dans sa vie.

“Ces éléments, bien que périphériques, tendent manifestement à démontrer que des relations assez intenses existaient, pendant la période 2006-2008, entre le prévenu Philippe Leroy et Alain Mathot bien que celui-ci les ait niées dans un premier temps.”

La cour a relevé qu’un témoin avait précisé qu’Alain Mathot gérait mal son patrimoine et avait tendance à confondre ses dépenses personnelles et celles de ses sociétés. “Alain Mathot a fait, devant le juge d’instruction, référence à du lobbying en précisant que lorsqu’il a rencontré Philippe Leroy à Paris et, à une autre reprise lors de la compétition de pétanque, il travaillait pour Adélio Tarquini. Il a ajouté que la visite à Paris n’avait pas pour objectif Intradel. Le courriel qu’il envoie à Roger Croughs le 9 janvier 2003 dément toutefois cette information.”

La cour souligne encore que “les propos tenus par le prévenu Tarquini et par Alain Mathot sont éloquents quant à l’intention du premier de rémunérer le second pour qu’il use de son influence et pas uniquement dans le monde privé des affaires, mais également à l’égard de fonctionnaires ou d’institutions publiques”.

Les condamnations de prison avec sursis ont été allégées, mais les amendes et les confiscations s’élèvent à un total de plusieurs millions d’euros.