Interdiction des PEB F et G à Bruxelles : enquête sur le risque d’embouteillages des rénovations
Bruxelles Environnement souligne que depuis 2011, 406.785 certificats PEB ont été établis, représentant 57% des logements satisfaisant à l’objectif PEB de 275 kWh par m². Actuellement, 225.325 logements bruxellois n’ont jamais réalisé de PEB depuis la mise en vigueur du système en 2011, représentant un frein pour atteindre les objectifs de rénovation énergétique.
Dans son rapport statistique 2025, Bruxelles Environnement examine les performances énergétiques des bâtiments en utilisant le certificat PEB pour les habitations individuelles. L’administration s’appuie sur les données de 2021 de Statbel, qui évalue le parc résidentiel bruxellois à 632.110 logements traditionnels.
Depuis l’instauration du PEB en 2011 jusqu’à janvier 2025, 406.785 certificats ont été délivrés. D’après Bruxelles Environnement, « 57% des logements satisfont déjà à l’objectif PEB de 275 kWh par m² ». Cependant, notre étude se penche sur les 42,68% de logements mal isolés, classés F et G, représentant environ 270.000 unités. Ce chiffre doit être ajusté à la baisse car certaines maisons ont obtenu un PEB à plusieurs reprises.
Il est à noter que les échelles PEB varient selon les régions. Pour les Wallons, l’interdiction bruxelloise des classes F et G équivaut à prohiber les PEB D les moins performants ainsi que tous les E, F et G. En Flandre, l’interdiction de Bruxelles correspondrait à certains PEB D, E et F.
À côté des logements nécessitant une rénovation, il existe d’autres biens qui ne possèdent pas de certificat PEB. D’après nos calculs, 225.325 logements bruxellois n’ont jamais été certifiés depuis l’introduction du système en 2011. Il est vrai que certains propriétaires n’avaient pas d’intérêt à en obtenir, car ce certificat était requis uniquement lors de ventes ou de mises en location.
D’ici le 1er janvier 2031, tous les logements bruxellois deverão avoir un PEB valide. La durée de validité d’un certificat PEB est de dix ans. En 2024, 44% des logements bruxellois avaient un PEB valide, soit 278.742 unités. Les certificateurs PEB auront donc un travail important à réaliser dans les années à venir.
En 2021, le secteur de la construction estimait qu’il fallait tripler le taux de rénovation pour atteindre les objectifs climatiques. Lors de rencontres avec Embuild Brussels et un architecte membre de l’ARIB, il a été souligné que « si le taux de rénovation n’augmente pas immédiatement, la tâche sera irréalisable ».
Laurent Schiltz, secrétaire général de Embuild Brussels, a indiqué : « Si tout le monde se réveille en 2032 pour demander des travaux de rénovation, on ne pourra pas répondre ». Erwin Spitzer, architecte et conseiller PEB, a ajouté que le taux de rénovation officiel était initialement estimé à 1%, et qu’il pourrait même grimper à 2% en tenant compte de ceux qui travaillent sans permis. L’augmentation demandée pour atteindre les objectifs environnementaux pourrait nécessiter une multiplication par cinq, six, voire huit des taux actuels de rénovation.
Il est crucial que la demande de rénovations énergétiques augmente progressivement, car les entreprises de construction à Bruxelles comptent actuellement environ 36.000 travailleurs. Estimations pour 2040 prévoient un besoin de 8.000 à 15.000 travailleurs supplémentaires. Schiltz a averti que des pénuries de main-d’œuvre dans le secteur devraient s’aggraver dans les années à venir.
Les coûts liés à la rénovation énergétique peuvent représenter un frein significatif. Ritta, propriétaire d’une maison au PEB G, a partagé son expérience : « Le budget est de 30.000 euros pour les châssis double vitrage. On en a pour 15.000 euros pour isoler la façade côté jardin et 12.000 euros pour l’isolation du toit ».
Des études ont montré que 21% des ménages n’ont ni les moyens ni la capacité de rembourser un crédit pour les rénovations nécessaires. L’interruption des primes Rénolution en août 2024 a aussi freiné les projets de rénovation, amplifiant le flou quant à leur éventuel retour. D’autres obstacles incluent l’impact du COVID-19, le hausse des matériaux due à la crise énergétique et des procédures de permis souvent longues, ainsi que les difficultés liées à la vaste architecture bruxelloise.
S’agissant des copropriétés, Patrick Willlems, secrétaire général du SNPC, a souligné que la charge des décisions de rénovation était lourde et souvent retardée par le processus d’assemblée générale. « La phase décisionnelle peut prendre du temps », a-t-il précisé.
Ismaël Temsamani, représentant de syndic Trust Office, a mentionné que sur cinquante copropriétés gérées, seulement sept avaient des projets de rénovations énergétiques, et que tous étaient en suspens.
Avec le secteur du bâtiment étant le plus gros émetteur de CO2 de Bruxelles, responsable de 56% des émissions de gaz à effet de serre, des progrès sont observés. En 2016, la performance moyenne était de 300 kWh par m², tandis qu’elle est tombée à 253 kWh en 2024, selon Pascale Hourman, porte-parole de Bruxelles Environnement.
Pour 2033, il est prévu que les logements doivent émettre moins de 275 kWh/(m²/an), un objectif porté à 150 kWh (m²/an) pour 2046.
Le cadre réglementaire et le régime de sanctions pour les propriétaires non conformes sont établis par l’Ordonnance du 2 mai 2013, le CoBrACE. Des amendes pourraient atteindre environ 6.000 euros pour un appartement de 100 m² consommant 300 kWh par m² au lieu des 275 kWh exigés. Toutefois, le but principal est d’inciter à la rénovation plutôt que de pénaliser.
Le nouveau gouvernement bruxellois prévoit de remplacer les primes à la rénovation par des prêts à taux zéro ou réduits. Le rythme actuel des rénovations et la mise sur pause des primes soulèvent des inquiétudes, laissant présager un potentiel embouteillage dans un secteur déjà en tension. Malgré la tâche immense qui les attend, des voix s’élèvent pour affirmer que l’objectif de 2033 reste atteignable si des mesures immédiates sont prises, la région visant également le PEB C pour tous d’ici 2045.

