Incendie du Constellation à Crans-Montana : rénovation artisanale mortelle expliquée en 3D
Dans la nuit du 1er janvier 2026, des bougies placées sur des bouteilles de champagne ont provoqué un incendie au bar Le Constellation à Crans-Montana, entraînant la mort de quarante personnes et 116 blessés. Le Constellation n’avait pas été inspecté depuis 2020, selon les autorités communales de Crans-Montana.
Dans la nuit du 1er janvier 2026, des bougies scintillantes disposées sur des bouteilles de champagne ont enflammé le plafond du bar Le Constellation, situé à Crans-Montana en Suisse. En quelques instants, cet établissement, installé en sous-sol et accessible par un escalier étroit, s’est transformé en piège mortel. Quarante personnes ont trouvé la mort et 116 autres ont subi des brûlures de différents degrés.
La cellule de décryptage et de fact-checking de la RTBF vous propose une reconstitution des événements marquants de cette soirée du Nouvel An à travers une modélisation 3D des lieux.
Pour comprendre comment un tel drame a pu se produire, il est nécessaire de revenir sur une période de dix ans. En 2015, Jessica et Jacques Moretti, un couple de Français vivant à Crans-Montana, ont entrepris des travaux dans le Constellation. Ils ont d’abord été gérants de cet établissement avant d’en devenir propriétaires en 2022.
Des photos et des vidéos de l’époque témoignent d’un risque qui était bien présent depuis des années.
Crans-Montana est une station huppée du canton du Valais, en Suisse.
Le bar Le Constellation est situé Rue Centrale à Crans-Montana, comme le montre une capture d’écran d’une vidéo promotionnelle du Constellation publiée sur Vimeo en 2017.
Voici un plan en trois dimensions du Constellation établi par nos confrères de la Radio-Télévision Suisse (RTS), basé sur des photos et vidéos de la soirée. Cette reconstitution repose également sur les dessins réalisés par Jessica et Jacques Moretti lors de leur audition par la police du canton du Valais.
Les lieux comprennent un sous-sol et un rez-de-chaussée se prolongeant par une terrasse couverte.
Au moment des faits, il est environ 1h26. Un serveur prend l’une de ses collègues sur les épaules au coin du bar. Cette dernière tient des bouteilles de champagne avec des feux de Bengale.
Elle est trop proche du plafond. Les étincelles se propagent rapidement à la mousse qui le recouvre, et ce qui avait commencé comme quelques flammes devient rapidement un brasier impressionnant.
L’ambiance est festive, et beaucoup ne réalisent pas immédiatement l’ampleur du danger. Un jeune homme essaie d’éteindre le feu avec son t-shirt. « Oh là ça brûle », rit une voix sur une vidéo captée à ce moment. « Ce n’est pas une blague, il faut sortir ! », entend-on sur un autre clip filmé d’un côté opposé du bar.
Dans cet espace confiné, les issues de secours sont peu nombreuses. La RTBF a examiné les plans dessinés à la main par les deux propriétaires lors de leur audition par la police. Bien que certains détails diffèrent, ils s’accordent sur un point : il existe une issue de secours dans un coin de la cave. C’est une cage d’escalier, éclairée en rouge, menant aux parties communes de l’immeuble situé au-dessus. Cependant, une image de caméra de surveillance diffusée par le média italien tg3 montre que cette issue était obstruée par un meuble.
La direction à prendre est donc l’escalier, la seule sortie de secours visible. Problème : les rampes en bois dépassent des murs, devenant des barrières qui créent un entonnoir. Plus haut, l’escalier, d’une largeur d’environ 1m40, ne permet pas à plus de deux personnes de passer côte à côte.
Une fois en haut, un nouvel obstacle se présente : les portes donnant sur la terrasse s’ouvrent vers l’intérieur. La foule s’entasse dans cet espace restreint. « On avait l’impression que les flammes nous poussaient vers l’extérieur, mais on n’avançait pas », raconte un témoin à la police.
La foule se presse au rez-de-chaussée, tentant de trouver un chemin vers la porte principale donnant sur la rue. Le bilan de l’incendie est lourd : 40 victimes âgées de 14 à 39 ans, principalement originaires de Suisse, de France et d’Italie, avec une Belge parmi les morts. Environ 116 personnes ont été blessées.
La lenteur de réaction des personnes présentes dans le bar a suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux après l’incendie. Mais avaient-elles réellement eu le temps de réagir ? Cinq vidéos ont été récupérées, témoignant de la rapidité de propagation du feu. En arrière-plan, on entend la chanson A.W.A. du rappeur Lacrim, sortie en 2014.
Cette référence sonore a permis de synchroniser les images avec le son de la chanson originale. Chaque barre horizontale blanche indique la durée d’un clip, et la barre longue en haut montre le temps total écoulé : en une minute, tout était terminé.
La mousse acoustique au plafond, l’escalier comme seule issue de secours visible et des marches étroites ont tous contribué à la gravité de cet incendie.
Revenons à 2015. Cette année-là, Jessica et Jacques Moretti prennent en charge la gestion du Constellation. Ce couple corse envisage de rafraîchir ce bar vétuste pour en faire un lieu branché au cœur de la station huppée des Alpes suisses.
Les Moretti ont de grandes ambitions, mais des moyens limités. Après l’incendie du 1er janvier, plusieurs dizaines de photos ont été publiées sur une page Facebook nommée « OldConstellation », désormais supprimée. « Jacques à la barre du nouveau Constellation ! », peut-on lire dans un post daté du 13 juin 2015, avec Jacques Moretti posé sur un muret, devant un sous-sol que les gérants prévoyaient de rénover.
Ils font descendre une mini-pelle, un engin de la marque Hutter, modèle IHI 20NX. Selon notre analyse, ce modèle mesure 1m50 de large, laissant environ 20 centimètres de part et d’autre de l’escalier, ce qui permet de conclure que l’ouverture faisait environ 2 mètres.
Dans une interview sur la chaîne suisse RTS, diffusée le 12 janvier dernier, l’ancien gérant du bar s’interroge : « Pourquoi a-t-on rétréci la largeur des escaliers ? Je ne comprends pas. Certainement pour les rendre plus esthétiques ? » En réalité, la réponse est plus technique. Pour une bonne ventilation en sous-sol, les escaliers devaient être étroits, permettant l’installation de conduits d’aération métalliques de chaque côté.
Quelle largeur avaient les escaliers après les travaux ? Une photo postée sur Trip Advisor révèle un panneau de sortie de secours d’environ 30 cm de large, laissant penser qu’on pouvait à peine en faire tenir plus de quatre sur la largeur d’une marche, estimant alors la largeur des escaliers à 1m40 maximum.
Combien de personnes pouvaient passer simultanément ? Les archives montrent qu’une vidéo promotionnelle publiée sur un compte Vimeo au nom de Jessica Moretti en 2017 montre deux femmes descendant dans le bar, impossible de tenir à plus de deux dans cet espace. Le rapport d’enquête indique que 34 des 40 victimes ont été retrouvées au bas des escaliers.
Quant à la mousse acoustique, elle est présente sur les photos des travaux de 2015. L’identité précise de ce matériau demeure inconnue. Cependant, Jacques Moretti a expliqué aux enquêteurs qu’il l’avait achetée dans un magasin de bricolage local pour la poser sur tous les plafonds et murs du Constellation.
Pour Gérald Sellie, expert suisse en prévention incendie interviewé par la RTS, « ce genre de mousse avec l’effet que nous avons pu observer dans les vidéos est totalement inacceptable dans des lieux accueillant du public. » Selon cet expert, elle aurait dû s’éteindre d’elle-même en cas de contact avec une flamme.
Comment de tels matériaux ont-ils pu être validés lors des contrôles de sécurité incendie ? L’enquête se penchera sur cette question. Quelques jours après l’incendie, les autorités communales de Crans-Montana ont reconnu que le Constellation n’avait pas été inspecté depuis 2020.
Des fils électriques sortant du mur, recouverts de mousse acoustique, illustrent l’état inadéquat du bar.
De 2015 à 2025, les feux de Bengale ont fait partie intégrante du folklore du bar. Dans les vidéos promotionnelles publiées sur Vimeo par Jessica Moretti en 2017, ces accessoires sont omniprésents, accrochés aux bouteilles ou manipulés par les clients, qui les portent à leur bouche comme des cigares.
Selon la RTS, une autre vidéo filmée en 2019 montre que le danger était connu. Un serveur, apportant des bouteilles à une table, demande de « faire attention à la mousse » en désignant le plafond.
Il a fallu attendre la nuit du 1er janvier. Une serveuse, perchée sur les épaules d’un collègue « pour faire le show », selon les mots d’un témoin, a contribué à un spectacle « réservé aux bouteilles de champagne, plus chères ». Plus chères que la vie de 40 jeunes, dont la moitié n’avait pas 18 ans.
L’enquête se poursuit du côté des autorités suisses. Jacques et Jessica Moretti sont présumés innocents. À la justice d’établir les responsabilités.

