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Incendie à bord du USS Gerald Ford : 30 heures de lutte contre l’Iran

Le 12 mars, le commandement américain a annoncé « un feu non lié aux combats » à bord de l’USS Gerald R. Ford, où deux marins ont été légèrement blessés et la propulsion reste « pleinement opérationnelle ». Selon plusieurs médias américains, il a fallu plus de 30 heures aux équipes de sécurité pour éteindre le feu qui s’est déclaré dans la buanderie principale du navire.

Au départ, l’incident était résumé à une simple information parmi le flot de nouvelles du Moyen-Orient en période de conflit. Le 12 mars, le commandement américain a déclaré de manière succincte « un feu non lié aux combats » à bord de l’USS Gerald R. Ford, en mer Rouge, mentionnant deux marins légèrement blessés et une propulsion « pleinement opérationnelle« . Rien ne laissait présager un incident critique, alors que le porte-avions avait récemment participé à des missions aériennes contre des cibles iraniennes durant plus de deux semaines.

Malgré les tentatives de minimisation, la véritable ampleur de l’incendie n’a été révélée que quelques jours plus tard. Selon plusieurs médias américains, dont le New York Times et Reuters, il a fallu plus de 30 heures aux équipes de sécurité pour maîtriser totalement le feu qui s’était déclaré dans la buanderie principale du navire, au centre des espaces de vie. Ce brasier, provenant de ce service apparemment banal, s’est propagé à travers les conduits, remplissant de fumée des compartiments entiers et mettant à l’épreuve des marins déjà fatigués par un déploiement exceptionnellement long.

Sur ce document diffusé par l’US Navy, un marin américain signale le décollage d’un hélicoptère MH-60R Sea Hawk, appartenant à l’escadron d’attaque maritime 70 (HMAS 70), sur le pont d’envol du plus grand porte-avions du monde, l’USS Gerald R. Ford (CVN 7 © Getty

L’un des navires militaires les plus chers jamais construits

L’USS Gerald R. Ford est le plus grand et le plus moderne porte-avions de la marine américaine, premier exemple d’une nouvelle génération de bâtiments à propulsion nucléaire. Mis en service à la fin des années 2010, il peut accueillir plus de 4000 marins et projeter plusieurs dizaines d’avions de combat et d’hélicoptères sur les théâtres d’opérations.

Destiné à remplacer progressivement les porte-avions de classe Nimitz, il se démarque par des catapultes électromagnétiques, des systèmes de combat plus intégrés et une automatisation accrue afin de réduire le nombre de membres d’équipage. Son coût dépasse les 13 milliards de dollars, ce qui en fait l’un des navires militaires les plus coûteux jamais construits.

Depuis son entrée en service, le Gerald Ford a été impliqué dans des missions de présence et de combat, notamment en Atlantique, Méditerranée et mer Rouge, où il sert de plateforme clé pour les opérations aériennes américaines au Moyen-Orient.

Officiellement, l’US Navy indique deux à trois blessés légers, touchés principalement par inhalation de fumée. Cependant, la vie quotidienne de l’équipage a été perturbée.

Selon plusieurs témoignages rapportés par les médias, plus de 600 marins auraient perdu leur couchette, soit détruite, soit rendue inutilisable par les flammes et la fumée. Les images et récits montrent des rangées de lits calcinés et des « campements de fortune » montés sur des tables ou à même le sol, dans des espaces communs transformés en dortoirs temporaires.

© Capture d’écran

Le porte-avions doit se rendre en Crète pour des réparations

Pour la marine américaine, l’enjeu consiste avant tout à rassurer : « le feu n’a pas touché la propulsion nucléaire ni les installations aéronautiques« , affirme le communiqué officiel. Le Gerald Ford reste, en théorie, pleinement opérationnel. Toutefois, la réalité opérationnelle est différente. Déployé en mer Rouge dans le cadre de la guerre contre l’Iran, le navire doit interrompre sa mission et se diriger vers la baie de Souda, en Crète, pour des réparations et des inspections approfondies. La base navale américaine de Souda accueille environ 1000 personnes, incluant des militaires, des employés civils américains, des travailleurs locaux, des contractuels et des membres de familles. Ce retrait temporaire intervient à un moment particulièrement délicat pour Washington.

Le Gerald Ford, le dernier et le plus impressionnant porte-avions de l’US Navy, joue un rôle clé dans l’appareil américain face à Téhéran, en projettant quotidiennement des dizaines d’appareils vers l’Iran et ses alliés régionaux. Son absence crée un vide capacitaire que le Pentagone s’efforce déjà de combler, en envisageant le possible déploiement d’un autre porte-avions, tel que l’USS George H.W. Bush, afin de maintenir la pression militaire.

© Capture d’écran

Pas une première, le Gerald Ford accumule les déconvenues

L’incendie constitue un ajout à une série de problèmes qui ternissent l’image de ce symbole technologique de 13 milliards de dollars. Depuis son déploiement, le Gerald Ford a accumulé les déconvenues : pannes répétées de certains systèmes, problèmes d’entretien, soucis de plomberie et de toilettes, difficultés dues à un rythme d’opérations très soutenu.

Le feu du 12 mars semble ainsi illustrer les limites d’un navire poussé à bout, dans un contexte de guerre où chaque lancement d’avion est crucial tout autant que le moral de l’équipage.

Une question demeure, sans réponse publique à ce jour : comment un incendie ayant pris naissance dans une buanderie a-t-il pu durer plus de trente heures à bord du plus moderne des navires de la flotte américaine ?

L’US Navy a annoncé l’ouverture d’une enquête visant à identifier les responsabilités, les possibles failles de conception ou de procédures, et à déterminer si la fatigue accumulée après des mois de déploiement a joué un rôle.

Au-delà de cet incident de feu sur le Gerald Ford, c’est la question de la soutenabilité des opérations américaines et du coût humain d’une guerre menée depuis la mer qui prend désormais place dans le débat.