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ICEÂ : l’agence créée après le 11 septembre, instrument d’expulsion

Depuis le 7 janvier et la mort de Renée Nicole Good, tuée par un tir d’un agent de l’ICE à Minneapolis, la tension augmente aux Etats-Unis. Selon un sondage d’octobre 2025 de PEW Research Center, 53% des Américains estiment que l’administration en « fait trop » pour expulser les migrants.

Depuis le 7 janvier, suite à la mort de Renée Nicole Good, tuée par un agent de l’ICE à Minneapolis, les tensions aux États-Unis sont palpables.

Des milliers de vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant des confrontations entre des agents de l’ICE et des citoyens américains qui tentent de s’interposer lors des arrestations de migrants.

Équipés de sifflets et klaxonnant, certains Américains s’opposent aux agents pour empêcher leur travail ou alerter sur l’arrivée de convois de l’ICE. Ces actions se déroulent dans les rues, dans les tribunaux, et parfois même à l’intérieur de propriétés privées.

Mais que savons-nous réellement de l’ICE ? Quel est son budget ? Qui en est responsable et qui sont ses agents, souvent réputés pour leurs comportements menaçants et parfois violents ?

Loading…Selon la BBC, l’utilisation de la force par l’ICE est régie par la Constitution américaine, le droit américain, et les directives du Département de la Sécurité intérieure. Les agents de l’ICE ont le droit d’interpeller, de détenir, et d’arrêter les personnes suspectées de séjour illégal aux États-Unis. En revanche, ils n’ont pas le droit d’arrêter des citoyens américains, sauf dans des cas particuliers, comme lorsque quelqu’un fait obstruction ou menace un agent.
© Getty Images

L’arrivée de Trump a amplifié le rôle de l’ICE

Avec son premier mandat, Donald Trump a placé la question de l’immigration clandestine au cœur de ses priorités, notamment avec la construction d’un mur à la frontière mexicaine et un renforcement de la politique migratoire. Toutefois, ce n’est que lors de son second mandat que les pouvoirs de l’ICE vont être étendus.

Dès son arrivée à la Maison Blanche, en janvier 2025, Trump signe « l’Executive Order 14159 : Protecting the American people against invasion« . Le message est clair : « Protéger les citoyens américains d’une invasion« . Cette loi a pour but d’élargir l’utilisation de l’expulsion rapide, sans audience, des personnes considérées comme illégales. Entre le 20 janvier et le 10 décembre 2025, l’administration Trump se vante d’avoir expulsé 605 000 personnes du pays.

Les personnes arrêtées sont d’abord placées dans des centres de détention, créés en urgence dans plusieurs États. Elles peuvent ensuite être relâchées ou expulsées. D’après les derniers chiffres cités par la BBC, à la fin novembre 2025, 65 000 personnes étaient détenues par l’ICE dans ces centres, laissant certaines familles et avocats dans l’ignorance de leur situation.

Opération Aurora : expulser 1 million de migrants illégaux par an

Pour tenir sa promesse de campagne d’expulser 1 million de personnes chaque année, Trump lance « Operation Aurora », nommée d’après une ville du Colorado jugée abritant de nombreux migrants en situation illégale. À partir de février 2025, les opérations commencent à Aurora et Denver, entraînant des accusations de violence lors d’arrestations, de descentes illégales en habitations, et de menaces des agents.

En moins d’un an, Donald Trump aura élargi l’opération Aurora à des dizaines de villes, souvent des bastions démocrates, et arrêté des centaines de milliers de personnes.

Des agents de l’ICE arrêtent une femme à Minneapolis lors d’opérations de contrôle de l’immigration © Getty Images

Pour respecter sa promesse d’un million d’expulsions par an, il a fallu renforcer les moyens de l’ICE, à commencer par son budget.

100 milliards pour l’ICE

En juillet 2025, Donald Trump et son administration adoptent une loi controversée appelée « One big beautiful bill Act« , prévoyant 170 milliards de dollars pour l’immigration et la sécurité des frontières, dont 100 milliards destinés à l’ICE. Les fonds doivent être répartis jusqu’en 2029, avec 30 milliards réservés au recrutement de nouveaux agents.

Cette loi est encore en discussion au Sénat américain.

Les démocrates tentent d’imposer des « garde-fous » liés au financement de l’ICE. « Nous ne pouvons pas tolérer l’anarchie et la terreur qui règnent dans les communautés« , a déclaré la principale démocrate de la commission des crédits de la Chambre des représentants.

La répression menée par Trump en matière d’expulsions, visant principalement les villes démocrates, a suscité la colère de nombreux démocrates, qui réclament une réponse législative forte. La mort de Renée Good crée une onde de choc au sein de l’institution américaine. Environ 70 démocrates soutiennent une initiative pour destituer la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem. D’autres demandent des changements de fonctionnement de l’agence, comme l’obligation pour les agents de porter des caméras corporelles.

Les fusillades deviennent des pratiques courantes chez les agents de l’ICE

La fusillade à Minneapolis n’est pas un incident isolé. Selon NBC, les agents de l’ICE auraient déjà abattu 11 personnes lors de leurs interventions depuis septembre 2025. Un ancien chef de police, aujourd’hui à la tête du « Future Policing Institute », affirme que ces fusillades « ne sont pas des cas isolés. Cela devient clairement une pratique courante dans la manière dont ils traitent les personnes dans le cadre de l’application des lois sur l’immigration, et pour moi, c’est la chose la plus alarmante que nous observons.« 

Pour chaque personne tuée, le département de sécurité intérieure assure que les agents de l’Immigration and Customs Enforcement et de la Customs and Border Protection estiment que leur vie était en danger, et dans plusieurs incidents, des agents auraient été blessés.

Recrutés sur les réseaux sociaux et Spotify

Jusqu’à fin 2025, des milliers de citoyens américains ont entendu, entre deux morceaux, une publicité sur Spotify : « De dangereux migrants illégaux circulent librement. Aidez-nous à capturer le pire du pire. Bonus jusqu’à 50 000 dollars.« 

Cette campagne était diffusée sur plusieurs plateformes depuis avril. Les publicités du gouvernement américain ont également été vues sur Amazon, YouTube, Hulu et Max. Face aux critiques, Spotify a déclaré que la campagne était terminée mais que cela n’avait « enfreint aucune règle » de leur part.

Holà, ce n’est pas tout : l’ICE inonde les réseaux sociaux de vidéos de recrutement, tournées comme des trailers de films, pour attirer les hommes à les rejoindre.

Des migrants présentés comme des Pokémon

Selon France Info, la stratégie va encore plus loin : certains clips représentent les migrants comme des Pokémon, insinuant qu’il faudrait « les attraper ». Le slogan « attrapez-les tous » transforme des êtres humains en cibles ludiques.

Loading…Selon le Washington Post, l’ICE prépare une campagne de recrutement d’une valeur de 100 millions de dollars, prévue « en temps de guerre ». Cette campagne ciblera les salons d’armes et les passionnés de l’armée. Un document stratégique consulté par le Washington Post détaille des plans pour utiliser des influenceurs et des publicités géolocalisées pour dynamiser leur campagne, visant à recruter des milliers d’agents chargés des expulsions nationally.

Pour renforcer ses recrutements, l’agence a supprimé les limites d’âge et propose des primes à la signature allant jusqu’à 50 000 dollars. Une offre d’emploi publiée sur un site fédéral dédié annonce que les salaires des agents chargés des expulsions oscilleront entre 50 000 et 90 000 dollars par an.

Selon le quotidien américain, plus de 220 000 candidatures auraient été reçues. Certains spécialistes s’alarment : certains agents seraient engagés sans contrôle d’antécédents ni tests physiques ou psychologiques, augmentant le risque de fusillades et de tensions avec les citoyens qui s’opposent.

Il est déjà signalé que les agents de l’ICE dépassent leurs droits, ne s’identifient pas auprès des personnes qu’ils arrêtent, et portent des cagoules ou des masques. Ces pratiques, bien que légales, sont critiquées par une partie de l’opinion publique qui accuse les agents de se « cacher » pour exécuter leurs missions. Pour l’heure, le Département de la sécurité intérieure estime que les agents respectent la loi et leurs missions.

© Capture d’écran du site web ICE. gov

L’ONU réagit, les démocrates s’organisent

La situation aux États-Unis suscite des inquiétudes, notamment concernant les pouvoirs accordés à l’ICE. Le 13 janvier dernier, l’ONU a demandé une enquête « rapide » et « indépendante » sur la mort de Renée Good à Minneapolis.

« En vertu des règles internationales en matière de droits de l’homme, l’usage intentionnel de la force létale n’est autorisé qu’en dernier recours contre une personne représentant une menace imminente pour la vie », a déclaré Jeremy Laurence, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, devant des journalistes à Genève. « Nous prenons note de l’enquête du FBI« , a-t-il ajouté.

De nombreux citoyens américains expriment leur inquiétude face aux dérives de l’ICE. Un sondage d’octobre 2025 du PEW Research Center a révélé que 53 % des Américains estiment que l’administration « en fait trop » pour expulser les migrants, tandis que 36 % continuent de soutenir les actions de Trump.

Ce sondage a été mené avant la mort de Renée Nicole Good.

Le 16 janvier, une juge fédérale a imposé des restrictions à la police de l’immigration dans le Minnesota, État de résidence de Renée Good. Dans sa décision, la juge Kate Menendez a ordonné aux agents de l’ICE de ne pas arrêter ou détenir les manifestants dans leur véhicule qui « ne font pas obstruction » à leur action.

Des responsables démocrates, y compris le maire de Minneapolis, se sont exprimés contre l’ICE suite au décès de Renée Good.

Partout dans le pays, des manifestations réclamant la dissolution de l’ICE se tiennent, provoquant des tensions. Au Minnesota, les manifestations sont désormais quotidiennes, poussant Donald Trump à menacer d’invoquer la loi sur l’insurrection, rarement utilisée, pour réprimer les troubles.