Hong Kong : Jimmy Lai, ex-magnat prodémocratie, reconnu coupable d’atteinte à la sécurité nationale
Jimmy Lai, âgé de 78 ans, a été reconnu coupable d’un chef d’accusation de sédition, et de deux chefs d’accusation de collusion avec l’étranger, en lien avec la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin après les manifestations de 2019. Les peines seront prononcées à une date ultérieure et il pourra faire appel.
Lai, âgé de 78 ans, a été reconnu coupable d’un chef d’accusation de sédition et de deux chefs d’accusation de collusion avec l’étranger. Ces deux derniers chefs sont fondés sur la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin suite aux vastes manifestations prodémocratie, parfois violentes, qui ont secoué Hong Kong en 2019.
Selon le parquet, Lai était le cerveau derrière deux complots demandant à des pays étrangers d’imposer des « sanctions ou un blocus » ou de mener des « activités hostiles » contre Hong Kong ou la Chine. L’ex-magnat est également accusé d’avoir diffusé des contenus qui « incitaient à la désaffection » envers le gouvernement.
Jimmy Lai, qui est resté impassible à l’énoncé du verdict, avait plaidé non coupable et risque la prison à perpétuité. Les peines seront prononcées à une date ultérieure, il pourra faire appel.
« Il ne fait aucun doute que [M. Lai] a nourri sa rancœur et sa haine envers la RPC pendant une grande partie de sa vie d’adulte et cela apparaît dans ses articles », a déclaré la juge Esther Toh à la cour, en utilisant l’acronyme désignant la République populaire de Chine. « Il est également clair pour nous que le premier accusé, bien avant l’adoption de la loi sur la sécurité nationale, réfléchissait à la manière dont les États-Unis pourraient faire pression sur la RPC », a-t-elle ajouté.
Possédant un passeport britannique, le fondateur du journal prodémocratie Apple Daily, désormais fermé, est emprisonné depuis 2020. À 78 ans, il est maintenu à l’isolement, « à sa demande » selon les autorités.
Le cas de Jimmy Lai est perçu par les défenseurs des droits comme emblématique de l’érosion des libertés politiques à Hong Kong depuis l’instauration de la loi sur la sécurité nationale par Pékin.
« La prévisibilité du verdict rendu aujourd’hui ne le rend pas moins consternant : la condamnation de Jimmy Lai sonne comme le glas de la liberté de la presse à Hong Kong », a dénoncé l’ONG Amnesty International.
Pour Reporters sans frontières (RSF), cette « condamnation illégale » illustre « la détérioration alarmante de la liberté des médias sur le territoire », tandis que le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) l’a qualifiée de « condamnation parodique » et d' »acte de persécution honteux ».
De son côté, Pékin a déclaré qu’il « soutient fermement » Hong Kong dans « le maintien de la sécurité nationale conformément à la loi et la répression des actes criminels qui mettent en danger la sécurité nationale ».
Au cours du procès, Jimmy Lai s’est décrit à deux reprises comme un « prisonnier politique », ce qui lui a valu des reproches de la part des juges. En plus des accusations de collusion, il est poursuivi pour 161 « publications séditieuses », comprenant des talk-shows sur les réseaux sociaux et des éditoriaux signés de son nom.
Lors de son procès, qui a débuté en décembre 2023, Lai a affirmé n’avoir jamais prôné le séparatisme ou la résistance violente. Il a également nié avoir appelé à des sanctions occidentales contre la Chine et Hong Kong.
Jimmy Lai souhaitait une « Chine libre et démocratique », a indiqué un ancien employé de l’Apple Daily, connu sous le nom de Chan, faisant la queue devant le tribunal avant le verdict de lundi aux côtés d’une centaine de personnes. « Il aimait beaucoup le pays, il n’aimait simplement pas le régime », a-t-il ajouté.

