Belgique

Hong Kong : inquiétude après la condamnation de Jimmy Lai, critique de Pékin

Jimmy Lai a été condamné ce lundi à 20 ans de prison pour sédition et collusion avec l’étranger. Les juges ont considéré qu’il a « nourri sa rancœur et sa haine de la Chine pendant une grande partie de sa vie ».


Jimmy Lai a été condamné ce lundi à 20 ans de prison. Cet ancien patron de presse pro-démocratie était accusé de sédition et de collusion avec l’étranger. Il dirigeait le « Apple Daily », un tabloïd très engagé en faveur de la défense de la démocratie, de l’indépendance de Hong Kong et de la critique du pouvoir chinois.

Cette condamnation repose sur une loi de sécurité nationale votée en Chine, puis imposée à Hong Kong, qui restreint la liberté d’expression en interdisant les manifestations et en bâillonnant les médias libres.

Les juges ont estimé qu’il a « nourri sa rancœur et sa haine de la Chine pendant une grande partie de sa vie » et qu’il a choisi de « renverser le Parti communiste chinois » avec l’aide de pays étrangers.

Jimmy Lai est resté impassible à l’annonce de sa condamnation. Lors de son transfert, il a salué d’un geste de la main ses proches présents dans la salle.

Les autorités de Hong Kong affirment que le cas de M. Lai n’a « rien à voir avec la liberté de la presse » et que ses crimes sont « odieux et extrêmement graves ».

Les défenseurs des droits humains jugent que cette condamnation marque la fin des libertés à Hong Kong.

« Le rideau tombe sur la liberté de la presse », dénonce Reporter sans frontière. Cette « lourde peine de 20 ans équivaut à une peine de mort », selon Human Rights Watch.

Les réactions se multiplient. Le fils de Jimmy Lai s’est dit atterré et très inquiet pour la santé déclinante de son père âgé de 78 ans. Son épouse a quitté le tribunal sans un mot, alors qu’une dizaine de policiers entouraient les lieux.

Le Royaume-Uni a dénoncé le caractère « politique » du procès. Londres s’est engagé à intervenir « sans délai » en faveur de Jimmy Lai, qui détient un passeport britannique.

L’ONU et l’Union européenne réclament sa « libération immédiate ».

Lors des audiences, Jimmy Lai a souligné que les valeurs fondamentales de son journal, l’Apple Daily, étaient alignées avec les valeurs du peuple de Hong Kong : l’État de droit, la démocratie et les libertés d’expression, de religion et de réunion. Son mantra était : « plus on est informé, plus on est libre ».

Or, cela a précisément déplu à Pékin. En Chine et à Hong Kong, dont l’autonomie s’est réduite, toute opinion critique est considérée comme subversive.

Jimmy Lai et son Apple Daily, qui ont été contraints de fermer en 2021, sont devenus le symbole de cette répression. Cette condamnation rappelle que les temps où Hong Kong était le seul endroit en Chine où l’on pouvait tout dire et tout écrire sont révolus.

En 2019, avant l’adoption de la loi sur la sécurité nationale, 2 millions de Hongkongais, sur 7 millions d’habitants, avaient manifesté pour contester des décisions prises à Pékin. Aujourd’hui, la moindre contestation est sévèrement réprimée.

Le combat politique pro-démocratique est désormais souterrain à Hong Kong, car se montrer est trop dangereux. Soutenue par des technologies de surveillance avancées, la Chine de Xi Jinping ne tolère aucune voix dissidente.