Harcèlement et violence : pourquoi les femmes n’osent-elles pas s’engager en politique ?
Mélissa Hanus, députée PS au Parlement wallon, n’avait encore jamais parlé du cyberharcèlement qu’elle a subi, indiquant qu’il y a un an, elle a reçu deux appels manqués et un message vocal avec des propos injurieux. Selon l’Union des villes et des communes wallonnes (UVCW), 74% des femmes élues mentionnent la conciliation vie privée vie professionnelle comme raison de ne pas se représenter.
Mélissa Hanus, députée du PS au Parlement wallon, n’avait jamais évoqué le cyberharcèlement qu’elle a subi jusqu’à présent. « Il y a un an, j’ai reçu deux appels manqués, puis un message vocal en privé. Quand je l’ai écouté, j’ai entendu des propos injurieux, à caractère sexuel », témoigne la première échevine à Etalle (Luxembourg). « Rien ne justifie ce genre de message, c’est dégoûtant. La première chose que j’ai faite, c’est écarter mon GSM. Puis mes collègues féminines socialistes m’ont poussé à porter plainte, afin que des sanctions suivent. »
Au commissariat, la policière qui reçoit sa plainte lui ouvre les yeux. « Ce n’est pas parce que vous êtes une femme politique que vous devez accepter l’inacceptable », lui explique-t-elle. L’élue réalise alors qu’elle avait déjà reçu des messages similaires par le passé, auxquels elle n’avait pas réagi. L’histoire de Mélissa Hanus illustre la double peine d’être une femme en politique aujourd’hui, un récit devenu courant, qui fait souvent reculer les jeunes femmes souhaitant s’engager.
Sur le dernier mandat, 10% des bourgmestres wallons ont démissionné, fatigués notamment par la violence des débats. Cette situation touche également les femmes politiques. Bien qu’elles représentent aujourd’hui 40% des échevines du sud du pays, seulement un quart des communes wallonnes ont une femme à leur tête. Les injures et les violences frappent particulièrement certaines d’entre elles, comme le témoignait il y a quelques mois Florence Reuters, bourgmestre MR de Waterloo, à la RTBF. Après plusieurs incidents, « le directeur général a installé un petit bouton dans mon bureau, directement relié à la police, au cas où je me sentirais en danger un jour. N’importe qui peut venir, si quelqu’un de mal intentionné arrive, je suis seule dans mon bureau et je ne sais pas me défendre. »
Le cyberharcèlement des femmes politiques a pris de l’ampleur au niveau national avec l’annonce de la ministre flamande Melissa Depreatere concernant son congé maternité anticipé. La maternité reste un obstacle à l’engagement politique, comme l’illustre Rachel Sobry, bourgmestre MR de Thuin : « J’ai été confrontée à la question de la maternité il y a quelques semaines. Je me suis rendu compte qu’il n’y a aucune indemnité prévue par la loi pour les femmes bourgmestres ayant une activité à côté, contrairement à un congé maladie pour un bourgmestre. Je me suis retrouvée avec 60% de mes revenus de salariée uniquement. »
Selon l’Union des villes et des communes wallonnes (UVCW), 74% des femmes élues citent la conciliation vie privée-vie professionnelle comme raison de ne pas se représenter. Pour Mélissa Hanus, « quand on est échevine ou bourgmestre, on est confrontée à des réunions le soir, les week-ends, pendant les vacances. C’est parfois difficile à concilier avec une charge familiale ». Rachel Sobry, présidente de l’UVCW, ajoute : « Pour une jeune femme souhaitant fonder une famille, c’est un frein à l’engagement, car la parentalité pèse encore beaucoup sur la mère. »
Plusieurs lois ont tenté d’adresser ces inégalités entre femmes et hommes politiques, par exemple en imposant des quotas sur les listes électorales. Pour la première fois, les gouvernements wallons et francophones ont adopté ensemble une stratégie « genre et droits des femmes » le 19 février 2026. Le gouvernement wallon a également soutenu le Réseau des femmes élues, en collaboration avec l’UVCW. Sa présidente considère cela comme un outil « qui puisse aider les femmes engagées, et celles qui hésitent à franchir le pas », en proposant des rencontres et des formations thématiques. Rachel Sobry a aussi annoncé le lancement d’une enquête, visant à devenir un baromètre des attentes et expériences des élues.
Cependant, des mentalités machistes persistent. Des initiatives sont-elles suffisantes pour leur permettre d’accéder aux mêmes niveaux de responsabilité que les hommes ? Ce sont aussi les mentalités au sein du monde politique qui doivent évoluer. « Quand je suis devenue députée en 2019 à 25 ans, j’étais la benjamine du parlement », se remémore l’élue MR. « Un collègue député est venu me voir et m’a demandé de quel ministre j’étais la collaboratrice ! Il n’avait pas compris qu’une assemblée pouvait être accessible à une jeune femme. »
Pour Mélissa Hanus, 78 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes en Belgique, « on est encore loin de l’égalité réelle dans la sphère politique », rappelant la controverse entourant la photographie officielle du gouvernement fédéral, où peu de femmes étaient visibles et qui a été rapidement remplacée après la polémique. « Je constate un climat politique plutôt hostile aux femmes. Avec l’augmentation des discours masculinistes sur les réseaux sociaux, cela ne peut que refroidir les femmes qui voudraient s’impliquer en politique. »
Malgré cela, Rachel Sobry garde espoir : « Dans mon collège communal, nous sommes cinq femmes pour deux hommes. Cela signifie que les citoyens plébiscitent aussi davantage les femmes. Si les citoyens évoluent, les politiques vont également évoluer. »

