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Guerre Israël-Gaza : le plan de paix de Trump en phase 2.

Donald Trump a rappelé cette semaine qu’il s’est engagé personnellement à faire aboutir son plan de paix en vingt points concernant Gaza. Ali Shaath a été choisi pour diriger le comité transitoire de quinze experts chargé de la reconstruction de la bande de Gaza.


Alors que les médias et les leaders mondiaux se concentrent sur le Venezuela, le Groenland ou l’Iran, Donald Trump a réaffirmé cette semaine son engagement personnel à mettre en œuvre son plan de paix en vingt points pour Gaza.

« J’ai le grand honneur d’annoncer que le Conseil de la paix a été formé. La liste des membres du Conseil sera bientôt dévoilée, » a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social.

Ce vendredi, le comité palestinien de gouvernance a tenu sa première réunion au Caire. Les avis sont partagés sur ce comité technocratique, composé de 15 personnalités palestiniennes, censé administrer provisoirement le territoire palestinien sous la direction d’un Conseil de la paix dirigé par Donald Trump. Certains y voient un signal positif, tandis que d’autres considèrent cela comme un effet d’annonce.

Au lendemain de cette annonce, Michel Liégeois, professeur en relations internationales à l’UCLouvain, a exprimé un avis favorable : « Le fait d’avancer dans la constitution des deux organes qui vont devoir gérer Gaza, c’est un élément essentiel qui permet d’avancer vers un véritable plan de paix au-delà de la trêve. »

Cependant, Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, est plus sceptique : « Je pense malheureusement que cette annonce a peu de chances de modifier substantiellement la vie concrète quotidienne des hommes et des femmes qui sont encore à Gaza dans des conditions terribles. »

Didier Leroy, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense, souligne que si l’annonce est un jalon dans le processus, elle laisse encore de nombreuses questions en suspens. Les obstacles sont nombreux, entre la situation humanitaire désastreuse, la poursuite des combats malgré la trêve, et l’absence d’avancées sur le désarmement du Hamas ou le retrait des troupes israéliennes.

C’est Ali Shaath, un ingénieur civil et ancien haut fonctionnaire palestinien, qui a été désigné pour diriger le comité transitoire chargé de la reconstruction de Gaza. Il a déclaré que la priorité était de fournir une aide d’urgence et des logements provisoires aux centaines de milliers de déplacés, suivie de la réhabilitation d’infrastructures vitales avant la reconstruction des maisons et des immeubles. « Dans sept ans, Gaza sera de retour et en meilleur état, » a-t-il promis.

Didier Leroy note que la nomination d’Ali Shaath représente un certain équilibre. « C’est un ingénieur civil originaire de Khan Younes. Il ne peut pas être resté insensible à la situation dans Gaza ces dernières années, mais il est aussi entouré de personnes proches du Fatah sans être infréquentable pour le Hamas. » Cette rivalité entre le Fatah et le Hamas est cruciale pour la gestion future du territoire palestinien.

Michel Liégeois considère l’absence de profils politiques dans le comité comme un avantage : « idéal pour avancer concrètement avec des candidats acceptables pour tout le monde. » En revanche, Didier Gillion critique le processus en qualifiant les déclarations de Donald Trump d' »impudeur », en insinuant que ces structures issues de la Maison Blanche ne résoudront pas la situation sur le terrain.

La question centrale reste donc la volonté politique d’en finir avec les bombardements et l’occupation israélienne de Gaza, selon Didier Gillion.

Malgré un cessez-le-feu en vigueur, la violence continue de ravager Gaza. L’Unicef a rapporté cette semaine que « un enfant est tué chaque jour » à Gaza, avec un total de 100 enfants morts depuis début octobre. En tout, 463 Palestiniens auraient été tués depuis le 10 octobre, tandis que l’armée israélienne a signalé la mort de trois soldats.

De plus, les conditions climatiques aggravent la situation. Didier Billion rappelle que l’aide humanitaire peine à atteindre les populations démunies, qui souffrent de conditions climatiques extrêmes : « En réalité, l’aide humanitaire ne parvient qu’au compte-goutte à des populations qui sont totalement démunies. »

Les acteurs internationaux doivent donc agir rapidement pour permettre une assistance humanitaire suffisante, selon Didier Billion. « Et à partir de ce moment-là, peut-être que l’on pourra discuter de la ‘phase 2’, que je mets entre guillemets, de ce plan Trump, » ajoute-t-il.

Cependant, il insiste sur la nécessité de demander à Israël le retrait de ses troupes et l’arrêt immédiat des bombardements.

Dans ce contexte, la reconstruction du territoire palestinien, ravagé par deux ans de guerre, nécessitera un mandat clair d’une future force internationale de stabilisation pour assurer la sécurité. Toutefois, le désarmement du Hamas demeure un point crucial et problématique.

Didier Leroy souligne que si le mandat de cette force internationale devenait trop exigeant en matière de désarmement coercitif, cela poserait de sérieux problèmes. Pour lui, le désarmement du Hamas représentera « ce qui va sans doute véritablement poser problème et ce qui va donc durer le plus longtemps ».

Faut-il conclure que la phase deux du plan de paix de Donald Trump ne serait qu’un effet d’annonce liée à des enjeux politiques internes aux États-Unis ? Michel Liégeois reste lucide, notant que des reprises de combats peuvent survenir à tout moment, mais il voit la création du comité de gouvernance palestinien comme une avancée.

« Et la bonne nouvelle, c’est que Donald Trump semble en avoir fait une affaire personnelle. La preuve, c’est qu’il s’est autoproclamé, d’une certaine façon, président de ce fameux Conseil pour la paix. On peut penser ce qu’on veut de Donald Trump, mais il engage ici son crédit politique. Il faut que ce processus réussisse, pour qu’il puisse en tirer tout le profit politique. », conclut le professeur d’UCLouvain.