Belgique

Guerre au Moyen-Orient : explosion des prix des carburants.

Aujourd’hui, il faut compter un maximum de 2,01 € pour un litre de diesel et 1,76 € pour un litre d’essence 95. Energia aurait ainsi déjà perdu 25 millions d’euros depuis le début de la crise, selon Vincent Orts.


Les répercussions de la guerre en Iran se font déjà ressentir sur les prix de l’énergie. En seulement 48 heures, les coûts des carburants avaient fortement augmenté. Aujourd’hui, presque deux semaines plus tard, le prix maximal constaté est de 2,01 € pour un litre de diesel et de 1,76 € pour un litre d’essence 95.

Moins de 10 % du pétrole brut est importé du Moyen-Orient. Pourtant, comme l’a expliqué Jean-Benoît Schrans, responsable communication d’Energia (la Fédération pétrolière belge), dans « Et vous dans tout ça » sur La Première, le Moyen-Orient n’est pas la principale source d’approvisionnement en pétrole brut pour la Belgique.

En réalité, seulement 10 % de l’approvisionnement de notre pays en pétrole brut provient du Moyen-Orient. Les autres sources incluent l’Europe (37 %), les États-Unis (18 %) et l’Afrique (16 %). Il n’y a donc « aucun problème d’approvisionnement », déclare-t-il, et cela malgré le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole et du gaz liquéfié consommés dans le monde.

Mais s’il n’y a pas de pénurie et que seulement 10 % de notre approvisionnement est perturbé, comment expliquer une augmentation si significative des prix ? « C’est typique des marchés où l’on peut réorienter la production vers l’endroit qui est le plus demandeur et le plus offrant », répond Francesco Contino, professeur à l’École Polytechnique de l’UCLouvain. « Celui qui ne reçoit pas son pétrole du Moyen-Orient ira s’approvisionner ailleurs », détaille Vincent Orts, conseiller en communication à la BRAFCO, la Fédération belge des négociants en combustibles et en carburant. « Imaginons qu’un bateau navigue sur l’Atlantique depuis les États-Unis. La compagnie qui l’a affrété peut réaliser qu’elle vendra sa cargaison beaucoup plus cher dans un pays en pénurie et décider de dérouter son navire. C’est ce qui fait augmenter les prix. »

Le contrat-programme fixe le prix maximum officiel en Belgique. En effet, comme l’explique Vincent Orts, « en Belgique et au Grand-Duché de Luxembourg, les prix quotidiens du gasoil de chauffage et du carburant sont régis par le contrat-programme ». Ce contrat détermine le prix maximum officiel chaque jour sur la base de deux paramètres : le prix des produits pétroliers sur les marchés internationaux et le cours du dollar et de l’euro.

« Les distributeurs de gasoil de chauffage et certaines stations-service ont des dépôts. Et il est clair que lorsque les prix montent, ils vendent plus cher que ce qu’ils n’ont acheté », souligne Vincent Orts.

Cependant, une chose que le contrat-programme ne prend pas en compte est la date à laquelle les distributeurs ont pu constituer leurs stocks. Avec le contrat-programme, les prix suivent l’évolution du marché avec un effet retard, même si cela signifie que les distributeurs réaliseront de grandes marges. « Les distributeurs de gasoil de chauffage et certaines stations-service ont des dépôts. Et il est clair que lorsque les prix montent, ils vendent plus cher que ce qu’ils n’ont acheté. Ils gagnent de l’argent », confirme Vincent Orts. « Mais ce n’est que temporaire parce que les stocks s’écoulent très vite. En effet, à contrario, quand les prix diminuent, ils sont obligés de vendre moins cher que ce qu’ils n’ont acheté et là, ils perdent de l’argent. »

D’autant plus que de nombreux distributeurs n’ont pas de dépôt et travaillent à flux tendu. « Il ne faut pas oublier que la moitié des stations-service sont des petits indépendants qui achètent leurs produits au prix du marché international mais ne peuvent pas les vendre au même prix à cause du plafonnement », ajoute Jean-Benoît Schrans. « Aujourd’hui, beaucoup de stations-service rencontrent des problèmes de trésorerie. »

Selon Vincent Orts, Energia aurait déjà perdu 25 millions d’euros depuis le début de la crise.