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Guerre au Moyen-Orient : engagement des Houthis du Yémen, conséquences ?

Depuis un mois, les Houthis, qui contrôlent de larges pans du Yémen et sa capitale Sanaa depuis 2014, ont affiché leur soutien aux Iraniens face à l’offensive israélo-américaine. Ils ont ciblé Israël lors de leur première frappe, comme ils l’avaient régulièrement fait en soutien aux Palestiniens pendant la guerre à Gaza.


Depuis un mois, les Houthis, qui contrôlent de vastes territoires au Yémen ainsi que la capitale Sanaa depuis 2014, ont exprimé leur soutien aux Iraniens face à l’offensive israélo-américaine.

Après plusieurs menaces d’intervenir, ils ont franchi le pas samedi en annonçant avoir ciblé des « sites militaires sensibles » israéliens, suite à l’annonce d’Israël concernant des missiles détectés venant du Yémen.

Cette implication dans le conflit est qualifiée de « grave escalade » et pourrait avoir des « conséquences majeures« , notamment sur la stabilité régionale et le commerce mondial, selon Farea Al-Muslimi, chercheur au programme de Chatham House pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

« Rendre la pareille »

Farea Al-Muslimi avance que les Houthis ont probablement « tout fait pour rester en dehors de cette guerre, sachant que cela ne leur apporterait rien de bon. Mais ils se sont finalement vus dans l’obligation de rendre la pareille à l’Iran« , qui les soutient depuis des années.

Pour cette première attaque, ils ont ciblé Israël, comme ils l’avaient régulièrement fait pour soutenir les Palestiniens durant la guerre à Gaza, plutôt que de frapper les intérêts américains dans les monarchies du Golfe. Ce message est « clair » tant pour le public intérieur du Yémen que pour les alliés externes : « la priorité est toujours la cause palestinienne« , selon l’analyse du cabinet américain de conseil en risques Basha Report sur X. « En même temps, ils envoient un message aux États-Unis et à l’Arabie saoudite qu’ils ne les visent pas pour l’instant« .

D’après Basha Report, la prochaine étape pourrait plutôt consister à attaquer le commerce maritime dans la région plutôt que des cibles américaines, afin de « faire pression sans franchir une ligne qui pourrait entraîner une réponse directe » des États-Unis, qui les ont déjà ciblés par le passé.

Un deuxième détroit stratégique en péril

Depuis leurs positions montagneuses sur la mer Rouge, les Houthis sont capables de perturber sérieusement le trafic maritime avec des drones et des missiles, comme ils l’ont démontré pendant la guerre à Gaza en ciblant des navires considérés comme liés à Israël.

Ils peuvent notamment entraver le passage dans le détroit de Bab el-Mandeb. Ce couloir maritime, l’un des plus fréquentés au monde, est devenu encore plus crucial dans cette région stratégique pour le pétrole mondial depuis le verrouillage par l’Iran, de l’autre côté de la péninsule arabique, du détroit d’Ormuz.

Les pétroliers et les navires commerciaux provenant de l’océan Indien doivent passer par cette voie pour rejoindre la mer Rouge puis le canal de Suez, débouchant sur la mer Méditerranée. La seule autre option serait de contourner l’Afrique via le cap de Bonne-Espérance.

Si ce passage se retrouve compromis, les marchés mondiaux, déjà fragilisés, pourraient être à nouveau secoués. L’Arabie saoudite risque de ne pas rester passive.

Le risque d’un basculement de l’Arabie saoudite

Avec le blocage d’Ormuz, l’Arabie saoudite a vu les pétroliers se rediriger vers ses terminaux d’exportation situés sur la mer Rouge, au port de Yanbu.

Cependant, c’est la dernière route dont elle dispose pour exporter son pétrole. Si cette voie devient impraticable, le royaume pourrait abandonner sa stratégie actuelle consistant à intercepter les missiles et drones iraniens qui s’abattent presque quotidiennement sur son territoire, et envisager des « représailles, même limitées« , selon Hesham Al-Ghannam, expert saoudien en sécurité.

Et d’une escalade dans la région

Dans leurs discours, les Houthis insinuent la possibilité de frappes contre les voisins du Golfe. Comme le souligne Farea Al-Muslimi, « ils sont encore plus près et mieux placés que l’Iran » pour frapper les infrastructures saoudiennes, ainsi que les bases militaires occidentales dans le Golfe, ce qu’ils ont déjà réalisé par le passé.

Les conséquences pourraient être « dévastatrices« , selon le chercheur, avec notamment un risque élevé de nouvelle « confrontation directe » entre les Houthis et l’Arabie saoudite, en guerre de 2015 à 2022, date à laquelle une trêve, pour l’heure respectée, a été instaurée.

Cela pourrait également entraîner de nouvelles victimes civiles. Si le Yémen, déjà profondément touché par le précédent conflit, devait replonger dans la guerre, les répercussions seraient dramatiques, prévient-il.