Groenland, nouvel Eldorado : que révèle vraiment la glace ?
Nous avons besoin du Groenland pour notre sécurité nationale. « Il y a à la fois des pierres précieuses, de l’or, des minerais, des terres rares dont on parle beaucoup aujourd’hui. »
« Nous avons besoin du Groenland, c’est très important pour la sécurité internationale. Nous devons avoir le Groenland. » « Les gens ne savent même pas si le Danemark a des droits légaux. Mais s’ils en ont, ils devraient y renoncer parce que nous en avons besoin pour notre sécurité nationale. »
« Nous avons besoin du Groenland du point de vue de notre sécurité nationale. »
« Nous avons besoin du Groenland pour notre sécurité nationale. C’est tellement stratégique. À l’heure actuelle, le Groenland est envahi par les navires russes et chinois. Nous avons besoin du Groenland du point de vue de notre sécurité nationale. Et le Danemark ne sera pas en mesure de le faire, je peux vous l’assurer. »
Depuis plusieurs jours, Donald Trump répète inlassablement, que ce soit en interview sur terre ou en l’air : il veut le Groenland. Les propos du président prennent une dimension importante après l’intervention de son armée au Venezuela et la capture du leader Nicolas Maduro. Mais pourquoi cette première puissance mondiale désire-t-elle cette île glaciaire habitée par seulement 57 000 habitants ?
La première raison avancée par le président des États-Unis est la sécurité nationale. Cependant, Jean-Yves Cauchard et Vivien Meltz, les réalisateurs du documentaire Groenland, l’Eldorado des glaces, estiment que cet argument ne tient pas la route.
« Le Groenland, c’est un endroit qui est vraiment stratégique. Il suffit de regarder une mappemonde pour se rendre compte à quel point c’est un carrefour entre la Russie, l’Europe et l’Amérique du Nord », explique Vivien Meltz. Avec le réchauffement climatique et la fonte de la banquise, il devient effectivement plus facile de naviguer autour du Groenland, entraînant la création de nouvelles routes maritimes.
Les États-Unis assurent un contrôle militaire du Groenland depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils y ont déjà des bases militaires et la capacité d’agir comme bon leur semble. « Ce n’est pas la bonne question à poser pour comprendre les motivations réelles de Donald Trump », affirme-t-il.
Donald Trump déclare que les côtes du Groenland sont traversées par des navires russes et chinois. Mais Jean-Yves Cauchard considère cela comme peu fondé. « Des experts, notamment Peter Viggo Jakobsen, un spécialiste danois, affirment qu’il n’y a aucune menace chinoise ou russe. Bien que l’Arctique soit une région géostratégique agitée, cela ne concerne pas le Groenland. Donc, personne ne comprend vraiment pourquoi il insiste sur le fait que ‘nous avons besoin du Groenland pour la sécurité’. D’autres intérêts pourraient être en jeu, c’est ce que nous avons tenté de découvrir avec ce documentaire. »
Le véritable objectif du président des États-Unis semble être l’accès aux ressources stratégiques présentes sous la glace du Groenland. C’est pour cela que Jean-Yves Cauchard et Vivien Meltz ont intitulé leur documentaire Groenland, l’Eldorado des glaces. Celui-ci sera diffusé sur RTBF La Une le 8 janvier à 22h15 et en streaming sur RTBF Auvio.
L’Eldorado fait référence à une région mythique d’Amérique du Sud supposée riche en or. Au Groenland, « il y a énormément de ressources dans le sous-sol », précise l’un des coréalisateurs. « On y trouve des pierres précieuses, de l’or, des minerais et des terres rares, qui sont très en vogue aujourd’hui. »
Nous avons cartographié ces ressources grâce à la base de données du Service géologique du Danemark et du Groenland, Geus.
Rasmus Jarlov, député danois, veut mettre le nom EUA sur la carte du Groenland. « Il veut être un président qui marquera l’histoire. »
Cependant, Paul Bierman, glaciologue américain interrogé par les documentaristes, avoue que « le Groenland est un fantasme, mais la réalité est bien plus complexe. Il y a des ressources, le Groenland ressemble à une île au trésor, mais il manque d’infrastructures, de routes et de main-d’œuvre. » Donald Trump pourrait donc voir cela comme une opportunité financière rapide, mais il pourrait vite se retrouver embourbé.
Autre élément crucial, souvent ignoré par le président américain, est le changement climatique. Selon les travaux du GIEC, une hausse des températures de 2 °C sous les latitudes tempérées entraînerait un réchauffement de 4 à 5 degrés au pôle d’ici 2050. Greenpeace prédit même que « l’océan Arctique pourrait être dépourvu de toute glace l’été dès 2030. »
Si cela pourrait libérer des matières premières convoitées, la fonte totale de la banquise entraînerait des impacts globaux : « une catastrophe mondiale, car le Groenland agit comme un régulateur du climat. » « Paul Bierman souligne que la véritable richesse du Groenland, c’est sa glace. Si la banquise fond, cela pourrait provoquer une élévation du niveau de la mer d’environ 5 à 7 mètres, menaçant des villes comme celles de Floride et le golf de M. Trump d’être submergées. »
La fonte de la banquise représenterait également une menace pour les populations inuites. Alors que certaines souhaitent se libérer de la tutelle danoise, cela ne se fera pas à n’importe quel prix, expliquent Jean-Yves Cauchard et Vivien Meltz.
« Pour l’instant, leur intérêt pour les États-Unis les séduisait, car ils y voyaient une opportunité d’établir des liens commerciaux et économiques avec d’autres pays que le Danemark. Cependant, les récentes déclarations de Donald Trump, ces derniers mois, ont été perçues comme un manque de respect par la population. Il y a encore des gens qui soutiennent le rapprochement avec les États-Unis, mais leur principal objectif reste l’indépendance, un chemin qu’ils suivent depuis les années 50. »

