Groenland : la réaction des Européens aux menaces américaines
Depuis son retour au pouvoir il y a un an, le président américain Donald Trump parle régulièrement de prendre le contrôle du Groenland pour des raisons de sécurité nationale face aux avancées russes et chinoises en Arctique. Lors d’un déplacement à Séoul, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a déclaré que « je pense qu’imposer de nouvelles sanctions aujourd’hui serait une erreur ».
Depuis son accession au pouvoir il y a un an, le président américain évoque régulièrement la nécessité de prendre le contrôle du Groenland, une vaste île située entre l’Amérique du Nord et l’Europe, en invoquant des préoccupations de sécurité nationale face aux avancées de la Russie et de la Chine en Arctique.
Il a intensifié ses propos samedi suite au déploiement de militaires européens sur l’île lors de manœuvres danoises.
« Le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se sont rendus au Groenland dans un but inconnu. (…) Ces pays, qui se livrent à ce jeu très dangereux, ont pris un risque inacceptable », a déclaré le président américain sur Truth Social.
Agacé par ce déploiement, Donald Trump a menacé d’imposer de nouveaux droits de douane jusqu’à ce qu’un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland. Cette surtaxe, fixée à 10 %, entrera en vigueur le 1er février et pourrait atteindre 25 % dès le 1er juin.
En réponse à ces menaces, une réunion d’urgence des ambassadeurs de l’Union européenne se tiendra dimanche après-midi à Bruxelles. Parallèlement, le président français Emmanuel Macron doit s’entretenir avec ses homologues européens afin de traiter cette crise inédite au sein de l’OTAN.
En outre, le ministre danois des Affaires étrangères a débuté dimanche une visite diplomatique en Norvège, au Royaume-Uni et en Suède, trois alliés proches et membres de l’OTAN, pour discuter du renforcement du rôle de l’Alliance dans la sécurité de la région arctique.
Lars Lokke Rasmussen sera à Oslo dimanche, puis se rendra lundi à Londres et jeudi à Stockholm.
Macron pour l’activation de l’instrument anti-coercition
Le président français Emmanuel Macron, qui sera « toute la journée en contact avec ses homologues européens », a l’intention de demander « l’activation de l’instrument anti-coercition » de l’UE si les menaces de surtaxes douanières évoquées par Donald Trump sont mises en œuvre, a indiqué son entourage dimanche.
Cet instrument, dont la mise en œuvre nécessite la majorité qualifiée des États membres de l’UE, permet notamment de geler l’accès aux marchés publics européens ou de bloquer certains investissements. De plus, les menaces commerciales américaines « posent la question de la validité de l’accord » sur les tarifs douaniers conclu entre l’Union européenne et les États-Unis en juillet dernier, a souligné un proche du président français.
Giorgia Meloni dit avoir parlé à Trump et pointe une « erreur »
La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a déclaré dimanche que la menace de surtaxes douanières était une « erreur ».
« Je pense qu’imposer de nouvelles sanctions aujourd’hui serait une erreur », a-t-elle affirmé aux journalistes lors d’un déplacement à Séoul. « J’en ai parlé à Donald Trump il y a quelques heures et je lui ai dit ce que je pense. J’ai également discuté avec le secrétaire général de l’OTAN, qui m’a confirmé que l’OTAN commençait à traiter ce dossier », a-t-elle ajouté.
Depuis Séoul, Mme Meloni, figure de l’extrême droite et considérée comme une alliée en Europe de M. Trump, a tenté de minimiser ce conflit en affirmant qu’il y avait un « problème de compréhension et de communication » entre l’Europe et les États-Unis concernant le Groenland. Selon elle, l’OTAN doit jouer un rôle actif dans cette crise croissante.
« L’OTAN est l’instance où nous devons nous efforcer d’organiser ensemble des moyens de dissuasion contre toute ingérence hostile sur un territoire clairement stratégique, et je pense que le fait que l’OTAN ait commencé à travailler sur ce sujet est une bonne initiative », a-t-elle déclaré à la presse.
Mme Meloni a également précisé que « du point de vue américain, le message venu de ce côté-ci de l’Atlantique n’était pas clair ». « Il me semble que le risque est que les initiatives de certains pays européens aient été interprétées comme anti-américaines, ce qui n’était manifestement pas l’intention », a-t-elle poursuivi, sans préciser les références.
La France, la Suède, l’Allemagne et la Norvège, rejointes par les Pays-Bas, la Finlande, la Slovénie, la Belgique et le Royaume-Uni, ont dépêché cette semaine au Groenland du personnel militaire pour une mission de reconnaissance, dans le cadre de l’exercice danois « Arctic Endurance », organisé avec des alliés de l’OTAN. M. Trump soutient que les États-Unis ont besoin de cette île arctique, qui est un territoire danois autonome, pour des raisons stratégiques et de sécurité nationale.
Pression inédite
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump utilise les barrières commerciales dans ses relations internationales, même avec les partenaires traditionnels de Washington. Cependant, il franchit un cap inédit : les États-Unis, piliers de l’OTAN, menacent leurs alliés de sanctions pour obtenir un territoire rattaché à l’un de leurs partenaires, le Danemark, un pays souverain et démocratique.
Samedi, plusieurs milliers de manifestants se sont réunis, notamment à Copenhague et à Nuuk, la capitale du Groenland, pour exprimer leur opposition à ces ambitions territoriales en scandant « le Groenland n’est pas à vendre ».
Selon un sondage publié en janvier 2025, 85 % des Groenlandais s’opposent à leur rattachement aux États-Unis, tandis que seuls 6 % y sont favorables.

