Belgique

Grève des chemins de fer du 26 au 30 janvier : syndicats dénoncent engagement statutaire.

Le gouvernement a validé le 23 décembre un avant-projet de loi concernant la « Modernisation de la gestion du personnel des chemins de fer belges », qui prévoit la fin des engagements sur base statutaire à la SNCB et chez Infrabel. Les syndicats des cheminots prévoient une semaine d’actions de grève du 26 janvier au 30 janvier 2026 en réaction à cette décision.

Lors du dernier conseil des ministres fédéral, tenu la veille de Noël, plusieurs décisions ont retenu l’attention, notamment celles relatives au gel de l’index et au changement du taux de TVA sur les plats à emporter. D’autres mesures ont cependant moins fait parler d’elles.

Parmi celles-ci, on trouve un avant-projet de loi touchant aux chemins de fer. Le gouvernement a validé la proposition du ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, concernant la « Modernisation de la gestion du personnel des chemins de fer belges ». Cette initiative prévoit notamment la fin des contrats basés sur le statut à la SNCB et chez Infrabel.

Les syndicats des cheminots ont immédiatement réagi à cette décision. Comme ils l’avaient déjà indiqué en novembre, ils envisagent une semaine d’actions de grève du 26 au 30 janvier 2026.

Que prévoit le gouvernement ?

L’avant-projet de loi validé par le gouvernement a pour objectif, comme l’indique le communiqué publié à l’issue du conseil des ministres du 23 décembre, de « préparer la SNCB » à la concurrence dans le secteur du transport des voyageurs d’ici 2032.

D’ici cette date, les États membres de l’Union européenne devront permettre à leurs opérateurs publics nationaux de faire face à des transporteurs ferroviaires privés.

Dans ce contexte, le gouvernement estime que « le modèle belge, basé sur le recrutement statutaire généralisé, ne permet plus de répondre avec la souplesse nécessaire aux défis futurs« , selon les explications fournies par le ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke. Il ajoute que « comme pour d’autres opérateurs européens, une adaptation progressive du cadre des ressources humaines est essentielle pour garantir la compétitivité de la SNCB et d’Infrabel, la continuité du service public et la pérennité des missions essentielles« , souligne le communiqué ministériel.

Dans cette optique, HR Rail, qui gère le personnel de la SNCB et d’Infrabel, doit évoluer. Elle continuera d’être l’employeur juridique du personnel ferroviaire, mais « la SNCB et Infrabel deviennent entièrement responsables de la gestion opérationnelle des ressources humaines, y compris la sélection, le recrutement, la formation et les décisions fonctionnelles« , précise le cabinet de Crucke.

HR Rail fera donc office de secrétaire social, gérant les aspects juridiques et administratifs des décisions prises par la SNCB et Infrabel. « La stratégie RH doit dès lors évoluer vers un modèle contractuel plus flexible tout en préservant un niveau de protection durable« , précise-t-on au cabinet. D’après les informations obtenues par les syndicats, la fin des engagements statutaires est prévue pour juin 2026.

Les syndicats s’opposent à cette décision de fin du statut

Du côté des syndicats, cette décision du gouvernement suscite une forte opposition. Bien qu’elle ait été anticipée, elle marque la fin de plusieurs mois de discussions entre les syndicats et le ministre de la Mobilité concernant les modalités de la réforme d’HR Rail et du statut du personnel. Les négociations n’ont pas abouti, et le protocole d’accord conclu à l’automne a été rejeté par les membres des syndicats. Dans ce cadre, le ministre a annoncé qu’il mettrait en œuvre la réforme telle qu’elle était prévue.

« Nous avons négocié pendant des semaines, voire des mois avec le cabinet. Malheureusement, nous n’avons pas pu parvenir à un accord. Dans ces conditions, je constate que le ministre a pris l’initiative d’introduire des propositions de loi qui ont été approuvées au sein du Conseil des ministres pour imposer unilatéralement la contractualisation de l’emploi à partir du 1er juin », réagit Pierre Lejeune de la CGSP Cheminots. « C’est une mesure évidemment que nous déplorons et contre laquelle nous sommes fermement opposés« , ajoute-t-il.

Marianne Lerouge de la CSC Transcom qualifie cette décision de « cadeau empoisonné pour les fêtes« . « C’est une volonté très libérale et dogmatique de ce gouvernement de vouloir à tout prix, dans l’ensemble des services publics, passer à une contractualisation généralisée sans prendre en compte les besoins spécifiques, en particulier en matière de sécurité au sein des chemins de fer belges », affirme-t-elle.

Les syndicats défendent le statut des cheminots, car selon Marianne Lerouge, les métiers du chemin de fer « ne s’apprennent pas à l’école » et demandent « de rester plusieurs années attaché et fidèle à l’entreprise« . La sécurité de l’emploi attirerait ainsi les candidats, selon les syndicats.

« Le secteur privé va peut-être mettre en avant une voiture de fonction et des primes, tandis que chez nous, c’est la stabilité de l’emploi et les conditions de travail qui font que les jeunes viennent plutôt chez nous« , explique Marianne Lerouge. « C’est très important que les gens ne soient pas licenciés à tout-va comme cela peut arriver avec des agents contractuels« , ajoute-t-elle, craignant que la fin du statut pour les futures recrues de la SNCB et d’Infrabel n’affaiblisse l’attractivité de ces emplois.

Les syndicats soutiennent que la libéralisation prônée par l’Europe ne nécessite pas nécessairement la suppression du statut pour le personnel. « Les obligations européennes ne stipulent pas qu’il faut mettre fin à l’emploi statutaire au sein des chemins de fer« , explique Pierre Lejeune à la CGSP.

« C’est une décision politique visant à empêcher le recrutement d’un emploi statutaire« , précise-t-il. « Si nous regardons la situation en France ou en Allemagne, il n’est pas prouvé que l’absence de statut améliore la performance des entreprises« , argue Pierre Lejeune.

Des grèves fin janvier

En novembre, lors d’une conférence de presse, les syndicats des chemins de fer avaient annoncé qu’ils organiseraient de nouvelles actions si le gouvernement persistait à imposer ses réformes à la SNCB et chez Infrabel.

« Nous avons décrété qu’il y aurait une semaine d’action, une semaine complète d’action. Un préavis de grève sera déposé pour la semaine du 26 au 30 janvier inclus« , précise Pierre Lejeune à la CGSP Cheminots. « Je crois que la rentrée 2026 va être bouillonnante« , avertit de son côté Marianne Lerouge, à la CSC Transcom.

Fin novembre, lors des actions de grève organisées par les syndicats à l’échelle nationale, le trafic ferroviaire avait été perturbé pendant trois jours, du 24 au 26 novembre.

En mars, deux syndicats indépendants avaient également organisé neuf jours de grève. Un préavis de grève avait également été déposé en septembre dernier.