Greta Thunberg mérite-t-elle le prix Nobel de la paix ? Les dirigeants de nos partis sont divisés

Greta Thunberg sera-t-elle prix Nobel de la paix ? Son nom suscite presque immédiatement la polémique, sur les réseaux sociaux, comme durant les dîners de famille. 

Greta Thunberg, militante suédoise rendue célèbre par un discours prononcé à la conférence pour le climat de Katowice est devenu un phénomène de société. Elle incarne cette jeunesse qui tente de renverser l’ordre établi pour lutter contre le réchauffement climatique.

Le nom du lauréat du prestigieux prix sera dévoilé ce vendredi 11 octobre à Oslo. Cette jeune femme de 16 ans, à l’origine du mouvement “Fridays for Future”, est la favorite des bookmakers.

Les pronostics sont hasardeux, sinon impossible. Les listes nominatives des candidats restent cinquante ans secrètes. Pour la paix, le Comité Nobel norvégien, qui décerne le prix, a enregistré 301 candidatures cette année.

Traditionnellement sensible aux préoccupations de l’opinion, le comité n’a pu passer à côté du phénomène “Greta” et de l’engouement qu’elle suscite auprès des jeunes générations dans son combat pour alerter les dirigeants du monde sur l’urgence climatique.

Les experts restent cependant divisés sur la réalité du lien entre conflits armés et dérèglement climatique.

Le directeur de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo (Prio), Henrik Urdal juge, “extrêmement improbable” que la jeune fille obtienne le prix, soulignant aussi son jeune âge. Greta Thunberg a 16 ans. La plus jeune lauréate, Malala Yousafzai, s’était vue décerner le prix Nobel à 17 ans en 2014.

Mais qu’en pensent nos politiques ? S’exprimer sur le sujet est devenu épineux. Beaucoup l’aiment, beaucoup la détestent : les réactions sont rarement tièdes la concernant.

Paul Magnette, futur président du PS : oui

“Évidemment qu’elle le mérite ! Elle a secoué le monde politique sur un enjeu fondamental comme peu de personnes auparavant, avec un courage qui force l’admiration.”

Maxime Prévot, président du CDH : non

“Son action mérite incontestablement d’être soulignée et reconnue. Y compris au plus haut niveau international. Elle a réveillé les consciences endormies ou dans le déni par rapport à un enjeu fondamental pour notre humanité. Pour autant son action ne vise pas particulièrement une question de paix entre les peuples ou de cessation de conflits. Un prix Nobel de la paix ne m’apparaît donc personnellement pas être la réponse appropriée à la reconnaissance de son engagement.”

Au MR:

Charles Michel (MR) : pas de commentaire.

Le président du MR ayant refusé de se prononcer (Ndlr : la question peut être problématique s’agissant d’un président du conseil européen pas encore en exercice), nous avons interrogé Georges-Louis Bouchez et Denis Ducarme, les deux favoris pour sa succession (Ndlr : article réalisé avant le dépôt de candidature de Christine Defraigne).

Denis Ducarme (MR) : oui

“Si je ne partage pas forcément toujours la forme de sa communication qui s’inscrit parfois dans notre incapacité supposée à inverser la tendance, elle mobilise l’attention sur une priorité universelle : la planète. Un peu à l image de Jacques Chirac à l’ONU en 2002 : “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs”. Mais c’est toute la “jeunesse” mobilisée à travers les marches pour le climat, ou encore nos chercheurs ou nos entrepreneurs engagés pour le climat qui auraient pu être nominée pour ce Nobel.

Georges-Louis Bouchez (MR) : non.

“Son combat est très positif, mais j’estime qu’elle n’a pas encore réalisé suffisamment que pour mériter ce prix.”

Jean-Marc Nollet (co-président d’Ecolo) : non

« Je plaide plus pour donner le Nobel au mouvement des jeunes qui se mobilisent qu’à une personne. Comme cela avait été le cas pour le Giec qui l’avait d’ailleurs reçu en tant qu’institution, pas son président. »

Germain Mugemangango, porte-parole du PTB: Oui,

« Le plus important, ce n’est pas la récompense, mais le mouvement qui s’est mis en branle. Elle est un symbole, et a réussi à être le déclencheur d’un large de mouvement. On attend des résultats concrets des gouvernements. Les actes forts ne sont toujours pas là. Mais le climat ne se portera pas mieux parce que Greta Thunberg a reçu le prix Nobel. »