Belgique

« Geneviève Damas parle de l’humain dans son nouveau roman. »

Geneviève Damas interroge le réel pour essayer de comprendre comment fonctionne l’âme humaine, déclarant : « C’est ça qui m’intéresse : essayer de voir de nouveaux narratifs. » Son nouveau roman, « Trace », met en scène Farkass, une adolescente d’une cité délaissée qui partage son quotidien entre le lycée et le deal pour aider sa mère.

Geneviève Damas, reconnue comme une véritable romancière de la réalité, s’interroge sur le réel afin de comprendre le fonctionnement de l’âme humaine. « C’est ça qui m’intéresse : essayer de voir de nouveaux narratifs. Toutes les émotions telles que l’amour ou la douleur ont déjà été décrites, mais notre monde contemporain ne l’a pas encore été et il suscite d’autres trajectoires, d’autres profils » souligne-t-elle.

Son écriture, à la fois simple et profondément ancrée, évite le superflu pour mieux atteindre le cœur. Chez elle, il n’y a pas de grands effets, mais une précision émotionnelle exceptionnelle, capable de faire émerger l’universel à partir de parcours personnels. Un regard résolument humain, ancré dans la réalité, se reflète à travers son œuvre discrète et essentielle — tout comme les personnages qu’elle choisit de mettre en lumière.

Entre entraide et engagement

Dans son nouveau roman, « Trace », elle illustre parfaitement cette idée : Farkass, adolescente d’une cité défavorisée, partage son quotidien entre le lycée et le trafic pour soutenir sa mère. Repérée pour sa ténacité, elle trouve dans l’athlétisme une échappatoire précieuse. Cependant, un choix crucial devra se présenter entre la piste et le trafic.

Une immersion dans une réalité, encore une fois, peu embellie, que l’auteure connaît bien : « Lors des ateliers que je mène à Bruxelles, j’ai été confrontée à des jeunes qui étudiaient la mécanique, mais qui faisaient face à de nombreux problèmes en raison de l’obsolescence de leur matériel. […] Un jour, l’un d’eux m’a dit « de toute façon madame, moi je m’en fous, un jour je vendrais de la coke au coin de la rue et je m’en sortirai très bien« .

« Et cela m’a vraiment interpellée. J’ai voulu explorer ces jeunes pour qui l’éducation ne peut apporter de réponses, ne peut les faire avancer dans la société, mais également sur la manière dont ils trouveront des stratégies pour avoir un futur qui les enthousiasme. »

Avec empathie et clairvoyance, Geneviève Damas place la force de l’entraide au cœur de son récit : « Il existe une solidarité dans le milieu de la drogue, mais également dans le milieu scolaire. Dans cette histoire, on voit ce professeur qui s’efforce de proposer autre chose à Farkass et qui entrevoit un autre avenir pour elle.« 

L’engagement des uns pour les autres peut être perçu comme un personnage central de l’histoire, bouleversant nos certitudes et remaniant la narration jusqu’à la conclusion. Comme le rapporte l’auteure : « On s’en sort parce qu’il y a quelqu’un qui nous regarde et qui voit quelque chose qu’on ne savait pas de nous-mêmes. Je pense que si quelqu’un vous regarde en disant  » ça va marcher « , on peut y croire. Souvent, dans la solitude, on peut penser que ça ne ira pas et que c’est trop difficile. Quand quelqu’un nous voit et nous le signale, nous dit que l’on a du talent, qu’on peut parvenir à quelque chose… C’est à ce moment-là que l’on est sauvé.« 

L’enseignement comme pilier

Pour Geneviève Damas, cette nouvelle narration, comme nos sociétés, montre que l’engagement vers la solidarité passe en premier lieu par l’éducation : « Je pense que dans une société en crise, il ne faut pas abandonner l’enseignement, la culture, le sport, ou encore la recherche scientifique car c’est là que s’ouvrent de nouvelles possibilités. Lorsqu’on évoque la drogue et les violences qui se produisent à Bruxelles, il est évident qu’il faut aborder la répression, mais il est surtout nécessaire de trouver d’autres voies. On constate qu’au sein de ces milieux, ce sont souvent des personnes qui ont décroché sur le plan scolaire. Il faut pouvoir y mettre les moyens.« 

À ce sujet, Geneviève Damas évoque au micro de François de Brigode l’une de ses figures préférées : Muhammad Yunus, surnommé « le banquier des pauvres », Prix Nobel de la paix en 2006. À son propos, elle déclare : « C’est un homme qui a affirmé que la pauvreté n’est pas une fatalité contre laquelle on ne peut pas lutter, mais bien quelque chose que l’on peut surmonter. C’est un homme qui a combattu, qui a été méprisé, et qui aujourd’hui est le conseiller principal du Bangladesh. Lorsque la Première Ministre du pays a été destituée, les gens sont allés le chercher. C’est surtout un homme qui, à la base, était professeur et qui, lors des famines de son époque, disait à ses élèves que le plus important était de comprendre les choses ».

Un dernier rendez-vous… À voir sur le grand écran

Avant de conclure cette rencontre et les recommandations culturelles habituelles de François, l’auteure belge partage également son coup de cœur personnel : le dernier film du réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho, « L’agent secret », où les maux d’une époque résonnent avec ceux d’aujourd’hui, le tout étant « porté par un acteur magnifique », comme le souligne Geneviève Damas.

Nous vous l’affirmons, Culture en Prime est bien de retour. Votre rendez-vous culturel sur la RTBF sera de nouveau disponible la semaine prochaine, et d’ici là, vous pouvez le retrouver sur La Une et en streaming sur RTBF Auvio.