Belgique

Frederik Vansina : ‘Nous ne sommes pas prêts, mais nous travaillons dur’

Le président américain Trump justifie l’intérêt des Etats-Unis pour le Groenland par des raisons de sécurité nationale face aux menaces russes et chinoises. Selon les Danois, il y a peu de navires chinois et « parfois » des navires russes.


** »Les Danois nous demandent d’être solidaires avec eux »**

Officiellement, le président américain Donald Trump justifie l’intérêt des États-Unis pour le Groenland par des raisons de sécurité nationale face aux menaces russes et chinoises. Frederik Vansina rappelle la position stratégique du Groenland. « Quand on voit les missiles balistiques russes, d’où ils pourraient être tirés, notamment du nord de la Russie, près de la péninsule de Kola, un missile russe tiré de là vers les États-Unis passe au-dessus du Groenland », explique le général belge. Ce dernier précise que selon les Danois, il y a peu de navires chinois et « parfois » des navires russes. Ce serait donc « surtout dans le cadre du Golden Dome, cette espèce de parapluie, un bouclier antimissiles qui protégerait les États-Unis » que Donald Trump s’intéresse au Groenland, d’après Frederic Vansina. Pour cela, « il faudrait mettre une base au Groenland », mais « il a déjà le droit de le faire aujourd’hui », précise le Chef de la Défense.

La situation s’apaiserait-elle si les Européens sécurisaient le Groenland ? Est-ce vers un tel scénario que l’on se dirige ? Relatif à Donald Trump, « c’est difficile de se mettre dans sa tête », reconnaît Frederic Vansina. « Tout ce que les Danois nous demandent maintenant, c’est d’être solidaires avec eux », explique le général belge. Les premiers éléments de cette solidarité consistent en l’envoi de troupes ou d’officiers de liaison européens actuellement au Groenland. Pour la Belgique, « on verra bien ce que notre gouvernement décide », déclare Frederik Vansina.

**Faut-il avoir peur des Américains ?**

Imaginer Donald Trump mettre la main sur un territoire appartenant à un allié de l’Otan « c’est une situation qu’on regarde avec de grands yeux », résume Frederik Vansina. « Notre grand frère, notre allié depuis toutes ces décennies, tout le monde le regarde en se disant qu’on ne comprend plus très bien », reconnaît le général Vansina.

Le Chef de la Défense rappelle que depuis le président Obama, les Américains demandent aux Européens d’assurer « la défense conventionnelle de l’Europe ». « On s’y attelle, on a augmenté les budgets », ajoute Frederic Vansina. De leur côté, les États-Unis se sont engagés à maintenir « le socle de dissuasion nucléaire » en Europe. Mais ce que font actuellement les Américains au Venezuela et ce qu’ils pourraient faire au Groenland étonne.

Doit-on avoir peur des Américains ? « On ne veut pas avoir peur des Américains, ce sont nos alliés », répond Frédéric Vansina. Il rappelle que les relations entre militaires belges et américains sont « encore » excellentes. « Il n’y a rien qui a changé. Il y a des bases américaines, des bases qui fonctionnent en Europe. Tout se passe très bien. On s’exerce ensemble. Donc, il n’y a aucun problème », poursuit-il.

**Où est l’Europe de la Défense ? Et la Belgique ?**

Alors que les Américains, sous l’ère Trump, dictent leur loi, où se situent les Européens en termes de défense militaire ? « L’Europe de la Défense subit maintenant ses 35 années de désinvestissement », répond Frederik Vansina. « Dans la cour de récréation, c’est le petit qui doit être poli par rapport au grand puisqu’il n’est pas fort assez », poursuit-il.

Pour Frederik Vansina, il est « assez humiliant » pour les Européens « de ne pas être invités à table lorsqu’il y a, par exemple, les conditions pour un cessez-le-feu en Ukraine qui sont discutées ». Pour le général belge, les règles mises sur pied après la Seconde Guerre mondiale en matière de gestion internationale font aujourd’hui place à un autre contexte. « La géopolitique est en train de basculer et est même devenue la loi de la jungle, la loi du plus fort », estime Frederik Vansina.

La Belgique est-elle prête ? « Nous ne sommes pas prêts pour le moment, mais nous travaillons très dur chaque jour et chaque mois », répond le Chef de la Défense, qui, au passage, rejoint la Commissaire européenne Hadja Lahbib qui avait conseillé aux citoyens européens d’avoir un kit de survie. « On a vu, par exemple, en Espagne, ce qui s’est passé il y a quelques mois. Ça ne doit même pas être les Russes. S’il y a une grande coupure d’électricité, qu’est-ce que vous allez faire ? », interpelle Frederic Vansina.

**La Défense recrute et investit**

Pour l’instant, la Défense belge recrute. Il y a aussi le service militaire volontaire qui est mis en place. « Nous recruterons 2800 militaires d’actifs, plus ou moins 1000 collaborateurs civils, 1000 réservistes. Et en plus, les fameux 500 jeunes qu’on va recruter pour ce service militaire volontaire », précise le Chef de la Défense. « C’est beaucoup de monde qui doit être screener, qui doit ensuite être incorporé, qui doit être formé, qui doit être logé, nourri », explique-t-il.

L’un des enjeux pour la Défense sera de convaincre ces jeunes du service militaire volontaire de rester ensuite dans les rangs de l’armée. « En leur faisant vivre tout ce qu’on fait de passionnant à la Défense », explique Frederik Vansina.

Le gouvernement belge a dégagé des budgets pour augmenter les dépenses militaires. En 2025, ces dépenses ont atteint le seuil des 2% du PIB demandé par l’Otan. À quoi ont servi ou vont servir ces 2% ? Qu’est-ce qui est considéré comme dépenses militaires selon les critères de l’Otan ? « C’est par exemple du matériel militaire, les nouveaux véhicules, les navires, les avions. C’est également l’essence pour les faire rouler, les munitions, les salaires du personnel », explique le général Vansina. Tout cela « pour protéger notre population », poursuit-il.

La question se pose de savoir qui contrôle les dépenses de la Défense. « Il y a beaucoup de contrôles. Il y a l’inspection des finances. Il y a des préréunions avec des chefs de cabinet, avec des spécialistes de défense des différents partis politiques. Il y a le kern, il y a le gouvernement, il y a le Parlement », rassure Frederik Vansina. « On est quand même transparent avec nos leaders politiques », estime-t-il.

**Et la menace russe ?**

Dans les rangs militaires, on entend souvent qu’à l’Est, la question n’est pas de savoir si la Russie va attaquer un pays membre de l’Otan, mais de savoir quand elle va le faire. Pour Frederic Vansina, plus on va vers l’Ouest de l’Europe, moins cette menace est perçue, même si, selon lui, « ce sens de la menace est quand même présent en Belgique ». « Les Russes, est-ce que c’est une menace ? Oui, c’est une menace pour nous », estime le Chef de la Défense.

Frederik Vansina souligne qu’aujourd’hui les Russes continuent de gagner du terrain en Ukraine. Ils ont « 700.000 hommes engagés dans des combats », poursuit-il. Pour le Chef de la Défense, on peut se poser la question de ce que la Russie fera de ses soldats et de son armement le jour où il y aura un cessez-le-feu en Ukraine. À ce moment-là, « Vladimir Poutine se retrouve avec cette énorme armée aguerrie, dont il a d’ailleurs dit qu’il veut le faire monter à 1,5 million et où il dit qu’il veut retourner aux frontières de 1997 », explique Frederik Vansina. La crainte est donc réelle chez le patron de la Défense que les Russes cherchent un autre front. « C’est notre crainte. Avec une industrie qui est en mode industrie de guerre, qu’est-ce qu’il va faire avec cette industrie de guerre couplée à cette énorme armée aguerrie ? », s’interroge le général belge.

Dans ce contexte international tendu, les risques augmentent. L’an dernier, l’armée belge a perdu l’un de ses hommes, un artilleur, lors d’un exercice avec de réelles munitions en Lithuanie. « Maintenant, on va recommencer à faire des exercices à grande échelle, beaucoup plus avec des munitions réelles. Donc le risque augmente », reconnaît Frederik Vansina. « Mais nous gérons toujours très bien le risque », précise-t-il, parlant d’une « culture de la sécurité ». « Nos gens sont en sécurité, mais on n’est jamais à l’abri d’un accident », poursuit le général Vansina.