Fred, 44 ans, expatrié à Dubaï : « Jamais je n’aurais pensé vivre ça »
Les Émirats arabes unis ne sont pas officiellement partie au conflit et leur coopération sécuritaire avec les États-Unis ainsi que la présence d’infrastructures sensibles sur leur territoire les exposent indirectement. À Dubaï, l’aéroport international a été fermé et les vols suspendus, signe d’une situation jugée suffisamment grave par les autorités locales.
Les Émirats arabes unis ne sont pas officiellement impliqués dans le conflit. Cependant, tout comme d’autres pays du Golfe, leur coopération en matière de sécurité avec les États-Unis et la présence d’infrastructures sensibles sur leur sol les rendent vulnérables. À travers son opération « True Promise 4 », l’Iran, qui ne peut pas attaquer directement les États-Unis, cible principalement des installations militaires israéliennes, mais également des intérêts américains dans la région et des objectifs symboliques dans des pays considérés comme « amis » (Émirats arabes unis, Qatar, Koweït), en s’attaquant aux bases de défense et aux infrastructures stratégiques.
La tension a brusquement augmenté à Dubaï, où se trouvent de nombreux centres logistiques, sites touristiques et dispositifs de défense aérienne. L’aéroport international a été fermé et les vols annulés, une mesure qui témoigne de la gravité de la situation selon les autorités locales.
Fred Toft, 44 ans, originaire de La Louvière, s’est installé à Dubaï il y a presque un an. Il est coach sportif et travaille dans divers centres d’entraînement de la ville, demeurant dans la communauté résidentielle de Rukan, proche de Global Village. Ce quartier, bien que semble paisible, est situé près d’une base militaire équipée de systèmes anti-aériens.
« Quand j’ai quitté La Louvière, je n’ai jamais pensé que je partais vivre dans un endroit dangereux », confie-t-il. « Ici, on se sent en sécurité. Jamais je ne me suis dit que le fait d’être près d’une base pouvait devenir un problème. » Il précise que cette base est « assez proche » de son logement et qu’il sait que « des missiles de protection partent d’ici. »
Tout a changé hier après-midi. À la Marina, où il se trouve avec ses parents en visite, il entend d’abord deux explosions. « C’était impressionnant, mais pas encore vraiment effrayant. » À 16 heures, deux nouvelles explosions résonnent. « On a vu un nuage de fumée dans le ciel, visiblement un missile intercepté par la défense anti-aérienne. Là, on commence à se dire que c’est sur le pas de notre porte. »
De retour à Dubaïland dans la soirée, la tension monte. « Les détonations ont commencé à être plus fortes. » Réveillé en pleine nuit, il sort sur son balcon et filme la scène avec son téléphone portable : « J’ai entendu une déflagration, puis une autre, et là j’ai vu de mes propres yeux, à 100 ou 200 mètres, un missile qui était lancé dans le ciel. Quand on le voit à la télé et quand on le vit, c’est autre chose. »
La fermeture de l’aéroport international de Dubaï marque un tournant. Symbole de la puissance économique de l’émirat et plaque tournante mondiale du trafic aérien, il constitue une cible à forte portée symbolique. « Là, il n’y a plus de vols. Ça devient concret. Même partir n’est plus vraiment une option immédiate. »
Les autorités recommandent aux habitants de rester chez eux et de s’éloigner des fenêtres. Certains se réfugient dans des parkings souterrains. « Ça, ça me paraît exagéré. Je ne dirais pas que c’est le chaos. Il y a des gens qui continuent à aller au restaurant. Mais c’est vrai que la vie n’est plus normale. »
Ses parents, malchanceux dans le choix de leur période de visite, sont confinés dans leur hôtel, mais dans une zone moins à risque. En Belgique, ses proches s’inquiètent et lui envoient des messages de soutien. Il n’envisage pas de départ immédiat. « À ce stade, je ne veux pas rentrer. Mais si ça devient vraiment critique, évidemment il faudra y penser. » Ce qui l’affecte le plus, c’est la rupture avec l’image qu’il se faisait de sa nouvelle vie : « Je pensais que Dubaï était à l’écart des conflits. On ne s’attendait clairement pas à une offensive ici. Maintenant, on réalise que la guerre peut déborder partout. »
Dans un Golfe où se concentrent des intérêts militaires, économiques et symboliques, l’escalade entre l’Iran, les États-Unis et Israël dépasse les zones de conflit et touche désormais le quotidien des expatriés.

