Frappes contre l’Iran : pourquoi l’attaque des États-Unis et d’Israël ce week-end ?
L’administration israélienne a justifié les premiers bombardements sur l’Iran de ce samedi 28 février 2026 par « la menace existentielle posée par le régime en Iran » à Israël, qu’il fallait « neutraliser ». Selon le quotidien américain The Washington Post, le prince héritier de l’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane (surnommé MBS), a multiplié les coups de fil personnels à Donald Trump ces derniers mois en faveur d’une intervention militaire en Iran, tout en soutenant officiellement la solution diplomatique.
L’administration israélienne a justifié les bombardements initialement menés contre l’Iran le samedi 28 février 2026 en évoquant « la menace existentielle posée par le régime en Iran » à Israël, qu’il convenait de « neutraliser« . De son côté, la Maison Blanche a tenté d’affirmer que le régime des mollahs était « à une semaine de disposer des matériaux pour fabriquer une bombe nucléaire« , comme l’a déclaré Steve Witkoff, l’envoyé spécial américain au Moyen-Orient, sur Fox News. Cet argument a été sérieusement remis en question par des médias américains, dont le New York Times, ainsi que par des déclarations récentes du négociateur omanais, présent à Genève, où les Iraniens et les Américains auraient été très proches d’un accord sur le programme nucléaire avant ces frappes. Le ministre des Affaires étrangères omanais a exprimé sa consternation sur X : « Je suis consterné. Des négociations actives et sérieuses ont une fois de plus été sapées« .
Pour le politologue François Gemenne, « on peut s’interroger sur le but même de l’opération militaire. Si elle avait été menée il y a quelques semaines, au moment des manifestations contre le régime, on aurait pu croire qu’elle visait à faire tomber le régime des mollahs et à soutenir la population pour faire émerger un autre régime. Aujourd’hui, le régime des mollahs a été décapité, mais c’est une hydre de Lerne : d’autres têtes vont repousser, les successeurs sont déjà désignés« .
La décision américaine d’intervenir contre l’Iran n’était qu’une question de temps, après des semaines de tensions croissantes entre les deux pays, rappelle la journaliste Pauline Simonet : « Depuis le mois de janvier, Donald Trump a appelé les manifestants iraniens à sortir dans les rues, il a envoyé une immense armada dont deux porte-avions. Il aurait fallu qu’il ait une énorme avancée [dans les négociations diplomatiques] pour pouvoir clamer victoire et rentrer à la maison« .
Le passage à un conflit ouvert n’a été qu’une question d’opportunité. Le régime iranien est structurellement affaibli depuis la guerre de douze jours de juin 2025, qui a considérablement diminué ses capacités militaires et défensives, ainsi qu’en raison d’une crise économique qui a déclenché en janvier des manifestations massives réclamant la fin de la République islamique. Selon le New York Times, la CIA surveillait les déplacements et lieux de résidence du Guide suprême iranien depuis plusieurs mois. L’agence aurait appris que des dignitaires du régime devaient se retrouver autour d’Ali Khamenei le matin du 28 février dans un bâtiment de Téhéran. L’information a été communiquée à l’administration israélienne, ce qui a déclenché les premiers bombardements vers 9h40 du matin, qui ont coûté la vie au chef religieux. « Il ne pouvait rien faire, ni les autres dirigeants tués avec lui« , a déclaré Donald Trump sur Truth Social après les frappes.
Pour le président américain et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, « c’était l’opportunité de faire un coup politique, parce qu’on savait où était Khamenei« , estime François Gemenne. « Ce sont deux chefs d’États qui recherchent avant tout des buts personnels et électoraux dans ce qu’ils font« , sans toutefois établir un plan d’action évident à long terme pour le peuple iranien, selon l’universitaire.
La décision américaine d’intervenir en Iran a également été encouragée par son allié israélien, qui mène une guerre par procuration avec la République islamique depuis des mois : elle s’attaque aux organisations chiites proches du régime dans toute la région, comme le Hezbollah au Liban ou les rebelles Houthis au Yémen. Selon le Washington Post, le prince héritier de l’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane (MBS), a multiplié les appels personnels à Donald Trump ces derniers mois pour soutenir une intervention militaire en Iran, tout en affichant officiellement son soutien à une solution diplomatique. Des réunions privées auraient également eu lieu à Washington entre le ministre de la Défense, frère du prince, et des responsables de l’administration trumpiste, selon le Washington Post.
Il s’agit d’un double jeu saoudien, car MBS « redoutait cette intervention » de peur de représailles iraniennes sur le territoire, selon Pauline Simonet. La réponse iranienne aux frappes américaines et israéliennes a effectivement ciblé l’Arabie saoudite le 28 février, parmi plusieurs autres États arabes. « L’Arabie saoudite aurait pressé Donald Trump pour chasser ce pouvoir chiite une bonne fois pour toutes, et que MBS soit enfin celui qui domine la région« , analyse la journaliste.
Ce manque de préparation dans l’intervention américaine, la virulence de la réponse iranienne, et la résilience apparente du régime des mollahs vont-elles plonger la région dans un conflit larvé ? Donald Trump a annoncé dès le dimanche 1er mars s’attendre à ce que l’opération dure « quatre semaines ou moins« . Pour François Gemenne, « il espérait que ça puisse s’arrêter là. Avec les dégâts de la riposte iranienne, il voit bien que ça ne sera pas le cas. Celui qui a initié le Conseil de la Paix va se retrouver à devoir mener une guerre de quelques semaines, qui aura des conséquences très importantes sur la région et sur l’économie mondiale« .
► Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.

