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Frappes contre l’Iran : impact sur les prix du pétrole et à la pompe ?

Le 31 décembre, le baril de Brent se négociait à 61 dollars et a clôturé vendredi à 72,76 dollars. Ce lundi, le prix du gaz européen a augmenté de 25% le matin et de plus de 50% plus tard dans la journée.


Le prix du baril de Brent, référence mondiale du pétrole brut de la Mer du Nord, a considérablement augmenté depuis le week-end dernier, suite aux attaques déclenchées contre l’Iran.

Le 31 décembre, le baril de Brent était à 61 dollars. Cette hausse avait déjà commencé avant le 31, qui s’est accentuée vendredi, juste avant l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, où le marché avait clôturé à 72,76 dollars. Lundi, l’augmentation s’est intensifiée dès l’ouverture des marchés, atteignant brièvement le seuil des 80 dollars, avant de fluctuer légèrement en dessous de ce niveau tout au long de la journée. Cela représente une forte hausse par rapport au prix plancher connu fin 2025.

Cependant, cette augmentation doit être relativisée. « On a connu pire », rappelle Xavier Timmermans, économiste stratégique et expert en matières premières et énergie. En effet, il évoque un pic courant juin 2025, où le Brent avait atteint 81 dollars, en raison d’une montée des tensions entre les États-Unis et Israël d’une part, et l’Iran de l’autre. Ces tensions avaient culminé avec des frappes sur des installations nucléaires iraniennes.

Plus tôt, la guerre en Ukraine avait également provoqué une forte hausse des prix du pétrole, avec un maximum à 138,71 dollars en mars 2022, lors du déclenchement des hostilités russes. Les prix du Brent étaient alors restés au-dessus de 100 dollars le baril jusqu’à l’automne 2022.

Actuellement, avec un baril de Brent autour de 80 dollars, « on est encore dans des prix qui sont relativement acceptables », estime Adel El Gammal. Néanmoins, il prévient qu’en cas d’intensification du conflit, « il n’est pas du tout dit que les 80 dollars seront le pic que nous allons atteindre ».

Le prix du gaz en Europe a également fortement augmenté. Ce lundi, il a connu une hausse de 25 % le matin et a ensuite bondi de plus de 50 % après l’annonce de QatarEnergy de suspendre sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) suite aux attaques iraniennes contre ses installations. Les diverses attaques au Moyen-Orient menacent concrètement l’approvisionnement en GNL, ce qui est particulièrement préoccupant pour l’Europe.

Adel El Gammal, professeur en géopolitique de l’énergie, explique que « le Qatar est un des très grands fournisseurs de GNL », ajoutant que « le gaz est un marché généralement plus sensible que celui du pétrole ». Il précise qu’il est plus aisé de constituer des réserves de pétrole, qui s’acheminent et se stockent plus facilement que le gaz.

Le marché du gaz est sous tension à cause de la guerre en Ukraine et de la fermeture des gazoducs. Les gros consommateurs européens se sont orientés vers le GNL, en grande partie en provenance du Qatar. Cependant, il n’y a que peu de capacités excédentaires disponibles sur la chaîne de valeur du GNL, et toute limitation des flux engendre une réaction immédiate sur le marché.

Plusieurs éléments suscitent des inquiétudes quant à l’approvisionnement en pétrole et poussent les prix à la hausse. Une part significative de la production mondiale de pétrole et de gaz transite par le détroit d’Ormuz, un passage contrôlé par l’Iran, stratégique pour l’approvisionnement mondial. « Un tiers du gaz naturel et un cinquième de la consommation mondiale de pétrole passent par ce petit passage », explique Xavier Timmermans.

Actuellement, le détroit est effectivement bloqué, les navires commerciaux, notamment les pétroliers, hésitant à s’y aventurer en raison des risques accrus. Le coût de l’assurance pour les navires dans cette zone a significativement crû, ce qui décourage les transporteurs.

Des inquiétudes demeurent aussi sur une possible extension du conflit à d’autres pays. « Le fait que l’Iran s’attaque aux infrastructures pétrolières des pays du Golfe représente un niveau de risque qu’on n’avait pas anticipé », analyse Adel El Gammal. Si des infrastructures majeures venaient à être détruites dans le Golfe, il faudrait envisager des perturbations prolongées de l’approvisionnement, allant au-delà de la simple réouverture du détroit d’Ormuz.

Les attaques américano-israéliennes contre l’Iran pourraient avoir des répercussions géopolitiques plus larges. Elles se produisent « en dehors de tout cadre onusien », souligne Adel El Gammal, qui attire également l’attention sur l’instabilité géopolitique générale, aggravée par les tensions entre la Russie d’une part et l’Europe et les États-Unis d’autre part.

La Russie et la Chine ont traditionnellement soutenu le régime iranien. En raison de l’embargo, l’Iran écoule son pétrole sur le marché chinois. En visant l’Iran, les États-Unis pourraient également s’attaquer à la Chine et à d’autres alliés de Téhéran. « L’administration Trump est en train d’attaquer la Chine sur son point faible : l’énergie. En contrôlant le pétrole vénézuélien et iranien, les États-Unis ont un sérieux levier sur la Chine », analyse Xavier Timmermans.

Malgré les tensions actuelles, certains éléments peuvent relativiser le risque d’une flambée des prix pétroliers. L’Iran produit environ 3 à 4 % du pétrole mondial. « Il n’y a, a priori, aucune raison que les États-Unis frappent les infrastructures iraniennes », soutient Adel El Gammal, expliquant qu’il leur serait plus avantageux de les préserver et de tenter de les contrôler.

Les marchés semblent également moins inquiets à moyen terme. Les prix du Brent, autour de 80 dollars, concernent principalement les livraisons immédiates. En revanche, pour les livraisons en mai, juin et juillet, la tendance n’est pas à la hausse, voire est en baisse. « Il y a quelques minutes, on était à 79,15 dollars pour mai, 77,31 pour juin, 75,66 pour juillet », précise Xavier Timmermans, notant ainsi qu’il n’y a pas, pour le moment, de problème de livraison à court terme.

De plus, une partie de l’OPEP+ a décidé, juste avant les frappes contre l’Iran, d’accroître sa production de pétrole de 206 000 barils à partir d’avril. Bien que cela ne représente qu’une augmentation de 0,2 % de l’approvisionnement global, c’est un message important. En outre, après avoir réduit leurs quotas de production de 2,9 millions de barils par jour entre avril et décembre 2025, ces pays disposent d’une marge de manœuvre pour augmenter leur production.

Cependant, une partie de ces pays se situe à proximité de l’Iran et craignent une extension du conflit, tout en dépendant des conditions de navigation dans le détroit d’Ormuz pour écouler leur production, même si l’Arabie saoudite peut expédier son pétrole vers la Mer Rouge via un oléoduc.

Les hausses des prix du pétrole brut engendrent des interrogations quant à leur impact sur les prix à la pompe et les surcoûts pour les consommateurs et les entreprises. « Tout dépend si le conflit perdure ou pas », indique Emmanuel Cécille, consultant en énergie et environnement pour Brafco, la fédération belge des négociants en carburants. L’augmentation actuelle des prix du pétrole « pourrait causer d’ici la fin de la semaine ou au début de la semaine prochaine, une légère hausse des prix de l’essence », explique-t-il.

Cependant, cette augmentation serait moins importante que celle des prix du brut, car « dans le prix final de l’essence, une part significative est liée aux taxes ». Emmanuel Cécille rappelle également l’existence de stocks stratégiques.