Fin des activités de Médecins Sans Frontières (MSF) à Gaza.
Neuf femmes et trois enfants ont regagné Gaza après avoir reçu des soins en Égypte, a précisé à l’AFP un responsable palestinien à la frontière. Depuis le 31 décembre, Israël interdit l’accès à la bande de Gaza au personnel et au matériel de certaines organisations internationales, officiellement à des fins de « sécurité ».
Poste-frontière de Rafah : aucune ouverture pour l’aide humanitaire
L’ouverture du poste-frontière permet à certains Palestiniens de traverser, offrant une petite lueur d’espoir aux habitants de Gaza. Neuf femmes et trois enfants ont réintégré Gaza après des soins en Égypte, a indiqué un responsable palestinien à la frontière à l’AFP. En contrepartie, douze personnes, blessés et accompagnateurs, ont pénétré en Égypte depuis la bande de Gaza lors de la première journée de rouverture.
Les conditions pour franchir la frontière, sous contrôle israélien, demeurent très strictes. Alors que 20 000 individus espèrent quitter Gaza pour obtenir des soins à l’étranger, selon le ministère palestinien de la Santé, les passages sont restreints à quelques dizaines de personnes. Brice de le Vingne (Médecins Sans Frontière) se montre positif : nous avons atteint un tel niveau de désespoir dans la région que n’importe quelle ouverture est perçue comme une bonne chose. L’ensemble du système de santé a été détruit. Pour les malades et blessés, l’accès aux soins de santé dépend donc d’une autorisation de sortie.
L’aide internationale en provenance d’Égypte passe jusqu’à présent par le poste-frontière israélien de Kerem Shalom, situé à quelques kilomètres de Rafah, mais l’ouverture du point de Rafah ne permet pas le passage des camions d’aide humanitaire. Nous espérons vraiment que cela sera possible à l’avenir, ajoute le coordinateur de MSF. Le défi est d’approvisionner une population de 2 millions de personnes : c’est deux fois la taille de la ville de Bruxelles, rappelle le coordinateur de MSF. Il faut des centaines et des centaines de camions par jour pour alimenter cette population. Sans compter les matériaux de reconstruction et les conteneurs qui devront également être importés pour mettre la population à l’abri.
Le dilemme de « Médecins sans frontières », sous pression
Les besoins humanitaires sont donc immenses dans la bande de Gaza. Un responsable de l’enregistrement des ONG a récemment annoncé qu’il mettrait « fin aux activités » de MSF dans le territoire palestinien. Les accusations portent sur le fait que l’ONG n’a pas fourni la liste de son personnel, une obligation « applicable à toutes les ONG travaillant dans la région ».
Pour Brice de le Vingne, cette liste n’est pas le cœur du problème : le véritable enjeu, c’est l’aide indépendante et neutre. MSF garantit, dans les zones de conflit, que l’aide et les ressources sont utilisées de manière indépendante, neutre et impartiale. En résumé, l’organisation ne prend pas en compte l’identité des patients et consacre beaucoup de ressources pour permettre l’accès de tous aux soins. Toute tentative de contrôle de ce personnel nous met dans des situations très difficiles. Dans ce cas précis, il n’y a aucun compromis envisageable pour MSF, qui a déjà perdu 15 employés dans le conflit.
Bien que Médecins Sans Frontières reste inflexible, l’organisation risque cependant des sanctions. De leur côté, les autorités israéliennes soupçonnent deux employés de l’ONG d’entretenir des liens avec le Hamas et le djihad islamique, ce que l’ONG dément catégoriquement.
Chez Médecins Sans Frontières, dans nos règles et principes, nous n’engageons pas de militaires ou de personnes liées au conflit. Toutefois, comme dans toute institution, en cas de mensonge, nous prenons les mesures nécessaires. C’est évident, et c’est comme cela que l’on agit dans tous les conflits à travers le monde. MSF garantit en revanche que l’utilisation des ressources sur le terrain n’est pas influencée par la politique locale. La question de la liste du personnel est davantage un problème symbolique et politique qu’autre chose.
Ça fait plus de 24 mois que nous opérons. Où est le problème exactement ? Le problème, c’est vraiment d’accepter une aide indépendante et impartiale.
Depuis le 31 décembre, Israël interdit l’accès à la bande de Gaza au personnel et au matériel de certaines organisations internationales, officiellement pour des raisons de « sécurité ». Il n’y a plus de camions, plus d’approvisionnement. Pour l’instant, nous vivons sur nos stocks actuels, explique un intervenant du « Monde en direct« . Cela implique que le personnel qui quitte le territoire n’est plus autorisé à y revenir. Certains employés ont choisi de prolonger leur séjour pour maintenir les activités, mais la situation est très instable, précise le coordinateur.
Il soulève également un autre problème : l’accès au système financier. Il faut payer les employés nationaux. Nous avons encore accès au système financier, mais nous ne savons pas si, après le 28 février, nous serons en mesure de payer nos employés.
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cet entretien dans le podcast du Monde en direct.

