Faut-il négocier avec la Russie ? Bart De Wever discrédite les Ukrainiens comme Orbán.
Pieter Lagrou affirme qu’il n’y a qu’une issue à la guerre : « On aide massivement l’Ukraine et on pousse Vladimir Poutine et la Russie à genoux. » Philippe Van Parijs considère que « cette guerre se terminera par un compromis, aucune des deux parties ne gagnera la guerre. »
Pour Pieter Lagrou, la seule solution à la guerre est claire : « On aide massivement l’Ukraine et on pousse Vladimir Poutine et la Russie à genoux. Ils ne peuvent pas se permettre de perdre encore un million de soldats, ni de rester dans cet isolement économique. Nous pouvons gagner cette guerre et nous devons la gagner. »
L’historien refuse toute idée de négociation avec le régime russe et critique vivement les propos de Bart De Wever, qui avait suggéré une normalisation des relations avec Vladimir Poutine, avant de revenir sur ses déclarations sous la pression de son gouvernement et des alliés européens. « Les négociations directes entre Trump et Poutine n’ont jamais rien donné, parce que l’Europe a fait front. Quand ce front européen se fissure, que notre propre Premier ministre s’exprime comme Viktor Orbán, cela ne peut que ravir tant Poutine que Trump. L’effet psychologique de ces déclarations est catastrophique. Il y a une vraie trahison du peuple ukrainien », dénonce-t-il.
De son côté, Philippe Van Parijs confie partager l’avis de Bart De Wever, même s’il estime qu’il « n’a pas nécessairement raison de le dire ». Pour le philosophe et économiste, « cette guerre se terminera par un compromis, aucune des deux parties ne gagnera la guerre. Poutine ne va pas réaliser son objectif de vassaliser l’ensemble de l’Ukraine, et l’Ukraine ne va pas réaliser son objectif de libérer l’ensemble de son territoire. Je crois que dans les coulisses, d’autres chefs de gouvernement partagent cet avis. Mais c’est mieux pour les politiques de tenir le discours de Pieter, même s’ils sont tout à fait d’accord avec moi. »
Ces deux observateurs se divisent également sur la confiance à accorder au président russe dans d’hypothétiques discussions. Philippe Van Parijs argue que « la Russie restera à côté de nous aussi longtemps que le monde existera. Il s’agit de rétablir des relations de confiance avec elle. Ce n’est pas si l’Union Européenne reste sur le côté et laisse causer les Américains et les Russes, qu’on va pouvoir restaurer cette confiance. Il faudra qu’il y ait des formes de garantie internationale, qu’il y ait aussi une présence des États-Unis. »
À cela, Pieter Lagrou répond : « Les garanties diplomatiques de la Russie ne valent rien. Qui est prêt à croire à des garanties de Poutine ? Et de Donald Trump ? Pour l’instant, les garanties qu’on offrirait à l’Ukraine sont fausses, on sauverait la face et peut-être la survie politique de Vladimir Poutine. On lui permettra de redémarrer son économie, de regonfler son arsenal et de repartir de plus belle dans cinq ans, dans dix ans. »
Le spécialiste de l’histoire du droit international met en garde sur les conséquences d’un éventuel accord qui entérinerait les conquêtes russes en Ukraine : « Si on accepte aujourd’hui de modifier les frontières de l’Ukraine, on récompense l’agression territoriale russe. Cela va ravir les Chinois pour Taïwan, les Israéliens pour Gaza et pour la Cisjordanie, et beaucoup d’autres. Trump est d’accord, il ne rêve que d’annexer le Groenland. La Charte des Nations Unies dit qu’on ne modifie pas des frontières par les armes. Est-ce qu’on est prêt à renoncer à cela ? »
Philippe Van Parijs souligne que « on continue, avec une aide massive à faire perdre des vies, aux Russes comme aux Ukrainiens qui sont beaucoup moins nombreux. Nous payons des armes, en achetons une bonne partie aux Américains, on détruit notre système de sécurité sociale pour pouvoir financer tout ça. Pour moi, c’est au nom de la justice qu’il faut parfois faire des compromis. »
Pieter Lagrou insiste sur le fait que défendre l’Ukraine dans sa guerre d’agression est aussi une question de valeurs démocratiques : « Poutine reproche à l’Ukraine d’avoir fait le choix démocratique de l’Union européenne. Sa vraie crainte, c’est que ce modèle soit beaucoup plus attractif que le sien, y compris pour la Russie. Je serais tout à fait prêt à envisager, dans un avenir lointain, que la Russie rejoigne l’Union européenne. Mais aujourd’hui, c’est contre elle que Vladimir Poutine se bat. »
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