Belgique

Familles à la rue : logements d’urgence à Bruxelles saturés

Les 32 chambres du bâtiment reconverti en centre d’hébergement d’urgence ne accueillent plus de touristes depuis 2019. Chaque jour, 2000 personnes sont hébergées par le Samusocial, dont une sur quatre est un enfant.


L’enseigne dorée est toujours visible sur la façade, mais les 32 chambres n’accueillent plus de touristes depuis 2019. Un an plus tôt, le bâtiment a été transformé en centre d’hébergement d’urgence, le plus petit des trois centres du Samusocial dédiés aux familles. Actuellement, une soixantaine d’enfants et d’adultes y résident. Cette occupation est temporaire, et l’association pourrait devoir quitter le lieu en mars, bien que le bâtiment soit toujours occupé.

« Il y a des enfants actuellement à la rue », affirme la directrice Sarah de Liamchine. Les hébergements du Samusocial représentent souvent le dernier recours avant la rue, mais l’ASBL bruxelloise est débordée. Elle a même été contrainte de refuser jusqu’à une centaine de « personnes en famille » en une seule journée. « Malgré les places supplémentaires ouvertes dans le secteur pour l’hiver, nous sommes contraints de refuser des demandes », déplore-t-elle. Chaque jour, 2000 personnes sont hébergées par le Samusocial, dont un enfant sur quatre.

Lunia (nom d’emprunt) est arrivée avec ses trois jeunes enfants à la suite d’une « séparation très compliquée » avec leur père. « Je me suis retrouvée sans logement. J’ai dû arrêter de travailler. J’ai d’abord logé à gauche et à droite avec mes enfants. Mais le Samusocial est devenu mon dernier recours. Ça m’a évité la rue », explique-t-elle.

La jeune femme est consciente que ce répit sera de courte durée, car les hébergements temporaires ne sont pas destinés à être occupés plus de quelques semaines. Mère célibataire, elle s’efforce de trouver une solution stable. Ses recherches pour louer un appartement sont restées infructueuses. Avec l’aide de travailleurs sociaux, Lunia espère obtenir une place dans une maison d’accueil où elle pourrait rester pendant qu’elle se reconstruit. En raison de la précarité de sa situation, elle ne peut pas reprendre son emploi.

Lors de notre rencontre, Lunia a soumis plusieurs demandes, mais partout, les listes d’attente sont longues. « Comme les loyers sont de plus en plus chers à Bruxelles, le roulement des résidents en maison d’accueil est beaucoup plus lent qu’avant », explique Loren Gilson. « C’est l’une des raisons de la saturation des hébergements d’urgence. »

La travailleuse sociale qui assiste Lunia dans ses démarches souligne : « Nous faisons tout notre possible pour aider les résidents, mais certaines personnes arrivent à la fin de leur hébergement sans avoir trouvé de solution durable. Nous ne pouvons pas leur garantir une prolongation. Nous les encourageons à saisir la première opportunité qui se présente et à quitter Bruxelles dès que possible. Si nous prolongeons l’hébergement d’une famille dans notre centre, nous prolongeons également le maintien dans la rue d’une autre famille, peut-être encore plus vulnérable. » Ce constat est frustrant, mais il arrive parfois que l’hébergement d’une personne doive prendre fin, et on lui explique alors comment chercher de l’aide dans le secteur associatif pour des besoins essentiels comme se nourrir, se doucher ou se soigner.

Les tensions sur les logements d’urgence se trouvent également aggraver par des récentes durcissements dans les politiques migratoires. Les demandeurs d’asile qui ont introduit une première demande dans un autre pays de l’Union européenne ne peuvent plus bénéficier d’une aide matérielle en Belgique. Bien qu’ils ne reçoivent aucune aide financière, l’État est obligé de les loger et de les nourrir jusqu’à ce que leur demande d’asile soit examinée. En l’absence de cette aide, de nombreux demandeurs se retrouvent démunis et se tournent, parfois, vers le Samusocial ou la Croix-Rouge.

« Il y a aussi des gens qui restent dans la rue. Plus leur errance est longue, plus les difficultés s’accumulent », constate Loren Gilson. Les équipes mobiles du Samusocial se rendent à leur rencontre dans la ville. « Avec les conflits dans le monde, nous observons un nombre important de réfugiés », note Thomas, assistant social, qui effectue des maraudes en ville avec sa collègue Sabrine, infirmière. « Beaucoup viennent d’Europe de l’Est, souvent en familles entières. Notre rôle est d’évaluer leurs besoins, pas de distribuer des repas », précise-t-il.

« Nous sont souvent confrontés à des familles avec de très jeunes enfants, de deux ou trois ans, voire des bébés », confirme Sabrine. L’année précédente, le Samusocial a hébergé 150 bébés et a également accueilli plusieurs centaines de mineurs étrangers non accompagnés. « Lorsque nous n’avons pas de place disponible dans un centre, il peut arriver que nous proposions une tente », explique Thomas. « Malheureusement, nous avons déjà eu des familles qui ont reçu des tentes et qui ont été attaquées. Nous leur conseillons d’éviter de camper dans des endroits à risque, comme les abords de la gare du Midi. »

Tous les enfants hébergés dans les structures d’accueil de l’association doivent être scolarisés, mais ces centres pour sans-abri ne sont pas des environnements adaptés à un bon développement. « Ces familles ne devraient pas se retrouver là », insiste la directrice Sarah de Liamchine. En outre, la vie en collectivité impose des règles strictes : pas de repas en famille dans les chambres ni d’invités venant des écoles.

Face à la pénurie structurelle de places d’hébergement, le Samusocial travaille avec les autorités pour obtenir des moyens supplémentaires. Il recherche également de nouveaux bâtiments à utiliser. Les équipes craignent déjà la fin de l’hiver, qui signifie la fermeture des dispositifs exceptionnels permettant de protéger des centaines de personnes du froid.