Belgique

Factures hospitalières en hausse : Vandenbroucke cible les « excès », mutuelles réclament réforme

En 2024, les patients ont déboursé au total 1,60 milliard d’euros pour des hospitalisations classiques ou de jour dans les hôpitaux généraux et universitaires. Selon l’Agence Intermutualiste (AIM), les suppléments d’honoraires ont augmenté de 9,1 % par rapport à 2023, tandis que l’intervention de l’assurance maladie a progressé de +5,6 %.


La facture d’hospitalisation devient de plus en plus lourde et difficile à prévoir. C’est ce qu’indique un nouveau Baromètre hospitalier de l’Agence Intermutualiste (AIM), qui révèle une augmentation des suppléments en 2024 malgré un gel des tarifs. Le rapport souligne également une hausse continue des frais à la charge des patients ainsi que d’importantes disparités entre les hôpitaux.

Le choix de la chambre s’avère déterminant. Pour un séjour hospitalier classique, la facture moyenne atteint 2.778 euros pour une chambre individuelle, soit huit fois plus que pour une chambre commune, où le coût moyen s’élève à 323 euros. Ces moyennes cachent cependant de fortes variations.

Même en chambre commune, la facture peut être élevée : 5 % des hospitalisations excèdent tout de même 1.000 euros pour le patient. Près de 105.000 séjours hospitaliers ont généré des factures supérieures à 3.000 euros, et environ 7.500 ont dépassé la barre des 10.000 euros.

En 2024, les patients ont dépensé au total 1,60 milliard d’euros pour des hospitalisations classiques ou de jour dans les hôpitaux généraux et universitaires. Près de la moitié de cette somme, soit 760 millions d’euros, correspond aux suppléments d’honoraires des médecins, directement liés au choix d’une chambre individuelle.

Ces suppléments ont connu une hausse de 9,1 % par rapport à 2023, bien plus rapide que l’augmentation de l’intervention de l’assurance maladie (+5,6 %) ou du ticket modérateur (+1,5 %). De surcroît, ces suppléments ne sont pas plafonnés, et leur pourcentage peut varier de 100 % à 300 % d’un hôpital à un autre.

Pour l’AIM, cette imprévisibilité est préoccupante. Des coûts raisonnables et transparents sont essentiels pour éviter que certains patients n’hésitent ou renoncent à des soins par crainte des factures.

Face à ces chiffres, le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, tire la sonnette d’alarme. Selon lui, le baromètre hospitalier confirme l’urgence de réguler les suppléments d’honoraires, malgré le gel des tarifs en vigueur.

Le ministre souligne une situation très inégale : 10 % des médecins représentent 43 % des suppléments facturés, avec de fortes disparités d’un hôpital à l’autre. Cela rend le système, selon lui, « incompréhensible pour les gens ».

« Je refuse un système de santé qui exclut et accentue les inégalités », déclare-t-il.

Une loi est actuellement en discussion, mais elle fait l’objet d’un long processus de concertation qui pourrait s’étendre jusqu’en 2028. À défaut d’accord, le gouvernement envisagera d’imposer un plafond, une option politiquement délicate au sein de la majorité. Sans intervention, Frank Vandenbroucke craint une dérive vers un modèle américain, davantage fondé sur les assurances privées. « Je refuse un système de santé qui exclut et accentue les inégalités », insiste-t-il.

De son côté, la Mutualité chrétienne va plus loin et appelle à la suppression progressive des suppléments d’honoraires à l’hôpital. La mutuelle exprime de vives inquiétudes face à une charge financière déjà lourde pour les patients et à une augmentation des suppléments plus rapide que celle des tarifs officiels.

« Il n’est pas normal que les patients compensent les déficits financiers des hôpitaux », déclare-t-elle.

Elle critique également un manque de transparence qui pourrait dissuader certains patients de se faire soigner, ainsi que des pratiques jugées abusives, comme la facturation de matériel déjà remboursé par l’État. Pour la MC, les écarts de prix entre hôpitaux – parfois au sein d’un même établissement – restent largement injustifiables. Selon elle, la réforme du financement hospitalier est devenue indispensable. « Il n’est pas normal que les patients compensent les déficits financiers des hôpitaux », conclut la mutualité, qui considère la suppression des suppléments comme une étape essentielle pour réduire les inégalités d’accès aux soins.