« Étudier est un droit qu’on ne négociera pas »: reportage à la manifestation des étudiants

À l’appel de la Fédération des étudiants francophones, près de 150 jeunes venus de toute la Belgique ont fait le déplacement ce 17 novembre à Bruxelles afin de dénoncer l’augmentation du coût de la vie. Armés de pancartes et scandant des slogans tels que « étudier est un droit qu’on ne négociera pas » ou « c’est la dèche », les jeunes présents ont tenu à protester contre la précarisation des étudiants.

« J’ai deux jobs étudiants », nous explique Fanny. « Je travaille dans un bar, et je finis parfois à 2h du matin alors que je dois aller au cours à 8h. » Pour elle, la situation est intenable. Même si ses parents l’aident à payer son loyer, elle a des difficultés à payer sa nourriture. Malgré tout, la jeune femme se refuse à aller dans une épicerie solidaire, estimant que « d’autres personnes en ont plus besoin qu’elle ». Alice, une autre étudiante présente à la manifestation, nous a expliqué « dépendre de ses collocs pour s’acheter à manger ». « Je n’ai même pas encore pu acheter mes syllabus. À la colloc, on n’a pas encore allumé le chauffage, et la lumière, c’est au dernier moment, quand on en a vraiment besoin. » Elle n’a pas droit aux aides car ses parents gagnent un tout petit peu trop pour l’obtenir. « Ils ne peuvent pas me donner plus que ce qu’ils me donnent et, moi, je suis en galère. Parfois, on n’ose pas se plaindre car certains sont pires que nous, mais on est en mode survie. »

« Je suis fils de médecin, on pourrait se dire que ça va », ajoute Samuel, représentant de la Fédé des étudiants de Liège. « Mais, là maintenant, les difficultés touchent tout le monde. Cela ne peut plus durer. »

Les étudiants manifestent devant le cabinet de Valérie Glatigny à Bruxelles.
Les étudiants manifestent devant le cabinet de Valérie Glatigny à Bruxelles. ©J.F.

Un ras-le-bol à faire entendre à la ministre Glatigny

Pour faire entendre leur voix, les représentants d’associations étudiantes ou d’organisations comme la CSC Jeunes et Comac (jeunes PTB) se sont rendus devant le bureau de la ministre Valérie Glatigny, la ministre de l’Enseignement supérieur. Pendant 30 minutes, ils ont chanté sous ses fenêtres. Comme prévu, une petite délégation d’étudiantes et étudiants a été reçue par le cabinet de la ministre. L’occasion pour eux de rappeler leurs revendications : des repas à 1 euro dans chaque établissement, des aides aux logements, des transports en commun gratuits ainsi qu’une augmentation de l’offre, une augmentation des bourses d’études et des locaux chauffés et mis à disposition des étudiants pendant l’hiver.

« On a fait passer une pétition et récolté 10.000 signatures en deux semaines », nous explique Emila Hoxhaj, la présidente de la Fédération des étudiants francophones (FEF).« On voit bien qu’il y a un ras-le-bol à faire entendre à la ministre. Être étudiant, ça devient de plus en plus difficile. »

« Des réformes d’ampleur ont été menées »

Du côté du cabinet de Valérie Glatigny, on estime que « depuis le début du mandat, l’engagement de Valérie Glatigny et du gouvernement pour renforcer l’accessibilité de l’enseignement supérieur a été total dans les domaines qui dépendent des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais les revendications de la FEF concernent majoritairement des compétences qui ne sont pas celles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. » La ministre a donc demandé aux ministres compétents dans ces matières de rappeler les actions concrètes qu’ils mènent en faveur des étudiants.

Le cabinet a par ailleurs détaillé les mesures déjà prises. « Nous avons étendu le nombre de bénéficiaires des bourses, qui ont été indexées. Nous avons renforcé les montants reçus par les conseils sociaux des établissements. Nous poursuivons par ailleurs l’élargissement du gel du minerval à tous les cursus (ndlr : il ne sera plus permis de demander un minerval supérieur à 835 euros à partir de 2023). Des réformes d’ampleur ont été menées pour améliorer la qualité de l’enseignement supérieur« , conclut le cabinet qui invite les étudiants en situation difficile à consulter les aides disponibles.

« Ces aides sont insuffisantes et ne permettent pas d’aider tout le monde », a pour sa part réagi Emila Hoxhaj à la sortie de l’entrevue. Selon la FEF, un étudiant sur trois a du mal à joindre les deux bouts. Elle se veut toutefois optimiste pour la suite. « On ne va rien lâcher. On va continuer à faire signer la pétition et revenir encore plus nombreux la prochaine fois. La mobilisation d’aujourd’hui est une réussite. Ensemble, on est plus fort. Ce n’est que la première étape. »