Espérance de vie : l’Europe à deux vitesses, inégalités en Belgique
Une étude publiée le 24 janvier dans Nature Communication par des chercheurs de l’INED et du BiB montre qu’une cassure dans les gains d’espérance de vie est survenue à partir de 2005, avec des niveaux d’espérance de vie stables en Europe occidentale de 1992 à 2005. Florian Bonnet indique que les résultats révèlent que le ralentissement des gains d’espérance de vie ne s’opère que dans les régions qualifiées de retardataires, où l’espérance de vie est inférieure à celle observée ailleurs.
Une Europe à deux vitesses en matière d’espérance de vie émerge. C’est ce que montrent les cartes élaborées par des chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut fédéral allemand de recherche démographique (BiB), publiées le 24 janvier dans Nature Communication.
« Cette recherche part d’un constat : nous avons observé un ralentissement des gains d’espérance de vie dans plusieurs pays. En particulier dans les pays à haut revenu ou à faible mortalité. Nous avons voulu remettre ce constat en question, car il était examiné uniquement avec des données nationales », explique Florian Bonnet, l’un des chercheurs.
Les démographes ont utilisé des données plus détaillées à l’échelle régionale, afin de déterminer si ce ralentissement était homogène dans les différentes régions d’Europe. Les résultats de cette étude sont inattendus.
L’étude met en avant deux aspects : d’une part, les régions avec les niveaux d’espérance de vie les plus élevés continuent de progresser à un rythme similaire à celui des années précédentes, tandis que d’autre part, les territoires en retard voient leur dynamique faiblir, voire s’inverser.
« Ce que nous avons démontré, c’est que ce ralentissement ne se manifeste pas de la même manière partout en Europe », ajoute Florian Bonnet. « En analysant ces 450 régions d’Europe occidentale, nous avons montré que ce ralentissement est limité aux régions dites retardataires, où l’espérance de vie est inférieure à celle observée ailleurs. »
Les résultats, selon l’étude, suggèrent qu’une cassure s’est produite à partir de 2005. Entre 1992 et 2005, les gains d’espérance de vie en Europe occidentale étaient constants. Au cours de cette période, les régions en retard réalisaient des avancées rapides, réduisant l’écart entre les territoires.
Cependant, depuis 2005, l’étude note un changement : « Les gains d’espérance de vie ralentissent, avec une réduction de moitié par rapport aux années 1990. Cette diminution est observable par l’effondrement des gains dans les régions à la traîne, tandis qu’ils demeurent stables dans les régions avant-gardistes », explique le chercheur.
Parmi les 450 régions étudiées dans les 13 pays d’Europe occidentale, des contrastes notables apparaissent : par exemple, en France, les régions du nord, moins développées, montrent des résultats inférieurs par rapport à celles du sud et de l’est, qui sont plus avancées. Des disparités sont également visibles entre l’est et l’ouest de l’Allemagne, ainsi qu’entre le nord et le sud de la Belgique.
« La Belgique est un exemple emblématique, car il existe de nombreuses différences entre le nord, la partie flamande, et le sud, la partie wallonne », souligne Florian Bonnet.
Il en ressort que l’ensemble de la région wallonne en Belgique présente une espérance de vie nettement inférieure à celle observée dans le nord du pays.
« Il existe une continuité spatiale entre la région wallonne et le nord de la France, où l’on trouve aussi les niveaux d’espérance de vie les plus bas en France. Les Ardennes, la Meuse, le département du Pas-de-Calais et le département de l’Aisne affichent les niveaux les plus faibles. Nous nous interrogeons sur les facteurs pouvant expliquer ces évolutions », précise-t-il.
Malgré ces résultats, il reste encore possible d’allonger l’espérance de vie. Cela nécessitera de s’attaquer à certains facteurs tout en poursuivant les recherches : « Nous allons étudier ces questions en lien avec les causes de décès, car nous savons qu’il y a des évolutions très variées en Europe à cet égard. Le travail continue. »
Une seconde recherche suivra, cherchant à lier les données démographiques à celles relatives aux soins de santé pour mieux comprendre le phénomène : « Nous essayons de déterminer pourquoi cette divergence a été observée en Europe. Il sera nécessaire de mener une seconde étude sur les causes de décès pour voir s’il y a une augmentation de la mortalité liée à certaines causes qui pourrait être attribuée à des comportements à risque. Nous nous demandons si ces régions connaissent une accumulation de comportements à risque durant la jeunesse et l’âge adulte. »
Ces résultats seront publiés dans quelques années.

