Eric, famille d’accueil : « Comment refuser une enfant de 5 ans ? »
Il y a actuellement plus de 1000 enfants qui restent en attente d’une famille d’accueil en Fédération Wallonie-Bruxelles. Eric a introduit une demande d’adoption, depuis que la maman de Lilly a été déchue de ses droits.
Une famille d’accueil, comme son nom l’indique, est une famille, peu importe sa configuration, qui accueille bénévolement un enfant en difficulté. Actuellement, plus de 1000 enfants attendent une famille d’accueil en Fédération Wallonie-Bruxelles, mais Lilly n’en fait plus partie.
Éric a envisagé plusieurs options pour devenir parent. Célibataire, il n’est pas convaincu par la gestation pour autrui et pense que l’adoption est inaccessible en Belgique. Un jour, il entend parler des familles d’accueil et découvre qu’un SAAF (Service d’Accompagnement en Accueil Familial) se trouve près de chez lui. Une séance d’information a lieu la semaine suivante.
« Ici, on ne faisait que du long terme », dit-il, se remémorant sa première impression lors de cette séance.
La démarche est ouverte à tout type de familles, quelle que soit leur composition. Éric, convaincu par ce principe de solidarité citoyenne, pose sa candidature pour devenir parent d’accueil. Cela implique plusieurs entretiens psychologiques et des discussions autour de ses aspirations en tant que futur parent. Le SAAF lui présente le profil d’une petite fille de presque 5 ans, souffrant de strabisme, sujette à des colères intenses et marquée par l’abandon de sa mère.
Au départ, Éric a des appréhensions et craint de ne pas être à la hauteur. « Comment faire face à cette histoire dramatique ? Et en même temps, comment refuser à une enfant de presque 5 ans d’avoir une famille ? J’avais besoin de savoir qui elle était réellement », confie-t-il.
Un échange téléphonique est organisé avec la puéricultrice qui suit l’enfant depuis des années. Éric réalise que ce projet dépasse ses propres intérêts, impliquant toute une équipe, y compris Lilly, qui cherche une famille.
Après quelques semaines, la première rencontre a lieu. Lilly arrive, blottie dans les bras de sa référente, son visage caché dans son cou. Éric s’est préparé, mais il est le seul à parler. Même son album photo ne suscite pas d’intérêt. Lilly ne dit rien, ni ne lève la tête. À la fin de la visite, elle se tourne vers Éric, lâche son doudou, et lorsqu’il le ramasse pour elle, elle le prend en main et le lui tend. « Quelques jours plus tard, je l’ai revue, j’ai enfin entendu sa voix et, depuis, ça ne s’arrête plus », se rappelle Éric.
La vie quotidienne n’est pas exemptée de difficultés. Lilly a été abandonnée par sa mère alors qu’elle était bébé et a vécu en pouponnière. Elle rencontre parfois d’importantes difficultés relationnelles et a peur de l’abandon. « J’essaie de lui faire comprendre que quoi qu’il arrive, je serai toujours là. Quoi qu’il arrive, je l’aimerai toujours. Mais c’est vrai que parfois on est épuisé », confie Éric, qui admet que tout n’est pas toujours simple.
Éric bénéficie du soutien des services, avec une assistante sociale qui le suit chaque mois. « Ça fait du bien parfois qu’elle puisse partir en camp scout ou en week-end chez des amis pour souffler et prendre du recul », précise-t-il.
Suite à la déchéance des droits de sa mère, Éric a introduit une demande d’adoption pour Lilly. Il attend maintenant d’être convoqué par le tribunal de la famille qui devra se prononcer. Pour lui, peu importe son statut, ce qu’il ressent ne changera pas : « Je suis devenu le papa de Lilly, il n’y a pas de doute là-dessus ! »
Son « histoire de papa solo » a été racontée dans une vidéo, mais Éric en a également tiré un livre et une chronique radio sur La Première, pour promouvoir la démarche de famille d’accueil qui lui a permis de devenir parent.

