Belgique

Enquête sur attouchements et blagues sexuelles au concours Miss Belgique

En 2025, Sara participe au concours Miss Belgique, où elle est confrontée à des propos déplacés de la part du coorganisateur Guy D’hooghe, mari de la présidente du comité Miss Belgique, Darline Devos. Quatre miss témoignent avoir été témoins des faits, et le parquet de Flandre occidentale a ouvert une enquête, tandis que Darline Devos nie les accusations en affirmant qu’elles ne sont pas vraies.


Nous l’appellerons Sara, afin de préserver son anonymat. Bien qu’elle préfère rester discrète sur les conseils de son avocate, elle désire néanmoins briser le silence.

En 2025, elle prend part au concours Miss Belgique, pleine d’espoir et de rêves. Elle ne se doute pas que son rêve va se transformer en cauchemar.

D’après son témoignage, tout débute par des remarques déplacées de la part de Guy D’hooghe, coorganisateur du concours et mari de Darline Devos, la présidente du comité Miss Belgique.

> « C’étaient toujours des blagues à connotation sexuelle », explique-t-elle. « Au début, tu rigoles parce que ça reste soft. Mais ensuite, il commence à aller plus loin. »

Elle précise : « Il a commencé à faire des remarques sur les poitrines et les fesses des candidates… mais ça ne s’est pas arrêté là. »

> « Un jour, lors d’une répétition, je me suis fait taper les fesses une première fois. Il rigolait. Dans sa tête, ça restait encore une blague. Sur le moment, je n’ai rien dit. Mais ça s’est reproduit une deuxième fois. Cette fois, ce n’était pas une tape, mais un toucher très insistant. Il m’a peloté les fesses. C’était de l’attouchement. »

Elle raconte ne pas avoir su réagir : « Je suis restée bouche bée, scotchée. Je n’ai pas compris ce qui se passait. »

À ce moment-là, la finale du concours approche. Elle confie : « En règle générale, si ça m’était arrivé dans la rue, j’aurais agi. Mais là, c’était le mari de la présidente du comité. C’est très compliqué d’aller lui dire : ‘ton mari vient de me toucher’. »

Ce n’est que plusieurs mois après la finale qu’elle porte plainte pour atteinte à l’intégrité sexuelle. Quatre autres candidates affirment avoir été témoins des événements.

Le parquet de Flandre occidentale a ouvert une enquête, mais aucune décision n’a été prise à ce jour. L’accusé demeure présumé innocent.

Contacté, Guy D’hooghe n’a pas voulu commenter. Toutefois, nous avons pu interviewer Darline Devos, présidente du comité Miss Belgique, qui commence par nier les faits.

> « Ce n’est pas vrai… Je ne m’en inquiète pas car je suis sûre que ce n’est pas vrai », déclare-t-elle.

Mais quelques minutes plus tard, Michèle Servayse, une autre membre du comité présente dans la salle, adopte une position différente et insinue que Sara aurait provoqué cet attouchement :

> « Cette fille était toujours marrante, joueuse, elle aimait bien taquiner un petit peu… C’est vrai qu’il n’aurait pas dû le faire. Je l’ai toujours dit. Mais j’étais là, ça s’est juste passé ‘hop’, comme ça. Ce n’est rien ! »

> « C’est peut-être avec un doigt, faire comme ça. Ce n’est pas toucher les fesses ! […] C’est vraiment grave qu’elle utilise quelque chose qu’elle a presque demandé. Si on ne peut plus rien faire, on ne va plus rien faire… » ajoute Darline Devos.

Lorsqu’on l’interroge sur son rôle, la présidente évite la question en déclarant : « Là, je trouve que tu exagères vraiment. »

Bien que le comité de Miss Belgique semble considérer « une tape sur les fesses » comme un geste trivial, l’atteinte à l’intégrité sexuelle est un délit passible de peine d’emprisonnement. Lorsqu’elle est commise dans un cadre de lien d’autorité, cela constitue une circonstance aggravante.

Pour Sara, « c’est très problématique de se dire que des femmes comme ça encadrent ce type de concours. Le comité est censé m’encadrer, me protéger. Je pensais être en sécurité. »

Une autre candidate de l’élection 2025 révèle que les propos déplacés étaient fréquents de la part de Guy D’hooghe :

> « Ses propos étaient tout le temps axés sur le sexe, sur les corps. Il a dit à une fille : ‘toi, tu as un gros boule, tu peux venir devant aux répétitions’. »

> « Il a aussi fait une remarque sur les seins d’une fille en disant : ‘toi et tes grosses boules de Berlin qui bougent partout’. »

Une troisième finaliste affirme avoir été témoin d’une scène où Guy D’hooghe a interpellé une autre candidate :

> « Toi, tu as des gros lolos, tu viens devant. »

Une autre candidate raconte avoir entendu :

> « Avec un gros cul comme ça, elle ne passera pas. »

Certaines des finalistes étaient mineures, le concours étant ouvert aux jeunes femmes de 17 à 26 ans.

Au cours de notre enquête, nous avons obtenu le contrat imposé par le comité Miss Belgique aux finalistes. Selon l’avocat Pierre Nilles, celui-ci vise à réduire au silence les candidates.

En effet, plusieurs clauses interdisent aux candidates de parler négativement du concours, sous peine de poursuites judiciaires et de dommages et intérêts provisionnels de 12 500 euros.

> « Dire à des personnes ‘vous n’avez qu’à vous taire’ pose un réel problème en termes de responsabilité », estime Me Pierre Nilles. « Cela a pour effet de réduire la parole pratiquement au silence alors qu’on est dans un milieu sensible. Des candidates pourraient ne pas faire remonter les comportements inappropriés par peur, ce qui pose la question de la responsabilité de l’organisateur. »

Cela expliquerait pourquoi très peu de candidates osent parler publiquement.