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En Iran, Téhéran : un habitant témoigne malgré les coupures d’Internet.

Nous avons reçu un message d’un contact en Iran indiquant : « Nous sommes en sécurité pour l’instant, nous venons d’obtenir un proxy pour nous connecter après 4 jours. Tout le réseau Internet est coupé ». Selon un habitant de Téhéran, « la situation empire de minute en minute » et il semble que « le régime islamique utilise des brouilleurs puissants ».

« Nous sommes en sécurité pour l’instant, nous venons d’obtenir un proxy pour nous connecter après 4 jours. Tout le réseau Internet est coupé ».

Ces quelques lignes constituent les seuls mots que nous avons pu recueillir ce jeudi matin d’un de nos contacts en Iran. Les autres n’ont pas donné de nouvelles. Après avoir reçu ce message en matinée, la communication a été interrompue et aucune autre réponse à nos questions ne nous est parvenue. Enfin, en début de soirée, cet habitant de Téhéran a retrouvé l’accès au réseau et a réussi à nous envoyer des réponses.

« Nous avons des émotions mêlées »

« Nous attendions une attaque américaine depuis si longtemps et notre patience était vraiment à bout, alors nous avons été très heureux lorsqu’elle a finalement eu lieu » raconte cet habitant de Téhéran qui préfère rester anonyme pour des questions évidentes de sécurité. Cependant, il nuance : « malgré tout, des vies civiles sont aussi mises en danger dans ce processus. C’est un sentiment très étrange. Nous avons des émotions mêlées. D’un côté, il y a la joie face à la mort du grand dictateur et de son cercle proche ; de l’autre, il y a de la tristesse en voyant que des gens qui n’avaient aucun rôle dans ce régime ont aussi été touchés. C’est une rue que vous empruntiez toujours pour aller à votre café préféré. Maintenant, elle est endommagée. Mais c’est la guerre, je suppose ». Celui qu’il désigne comme le « grand dictateur » est l’ancien « guide suprême de la République islamique », l’ayatollah Ali Khamenei, tué à 86 ans lors d’une frappe, après avoir exercé un pouvoir absolu sur l’Iran durant 37 ans.

« Nous sommes en guerre avec notre propre gouvernement depuis 1979 » déclare cet Iranien, très opposé au régime des mollahs. Aujourd’hui « Téhéran est vide et la plupart des gens sont partis vers des villes plus petites. Des agents du gouvernement sont dans les rues pour tenter de projeter une image de force et prétendre qu’ils sont puissants, mais la réalité est différente ».

Le souhait de « voir Khamenei jugé devant un tribunal »

Cet habitant de Téhéran ajoute : « beaucoup autour de moi sont contrariés que les choses ne se soient pas déroulées de manière à pouvoir voir Khamenei jugé devant un tribunal. Pour beaucoup, mourir ainsi, frappé par un missile, a été pour lui comme une récompense ».

Une inquiétude pour l’avenir du pays

Une autre préoccupation pour cet habitant de la capitale iranienne concerne l’avenir du gouvernement. À son avis, beaucoup d’Iraniens « s’inquiètent des informations concernant les négociations de Trump avec des personnes à l’intérieur du régime. Ils ne veulent pas que le gouvernement retombe entre les mains de quelqu’un venant de l’intérieur du système iranien, car nous n’avons pas d’opposition forte dans le pays, et s’il y en a, ce sont simplement d’autres versions des figures actuelles du régime ».

Les témoignages directs sont rares

Établir des communications avec des personnes se trouvant en Iran et désireuses de partager leur expérience est un véritable défi, ce qui limite considérablement notre capacité à obtenir des témoignages directs sur ce qui se passe actuellement dans le pays.

« Le régime n’a pas libéré les communications car la répression continue »

« Obtenir des témoignages de première main est également très difficile pour moi en ce moment » affirme Firouzeh Nahavandi, iranienne et chercheuse émérite à l’ULB, spécialiste de l’évolution socio-politique des pays musulmans non-arabes, y compris l’Iran.

« Ma famille entière est en Iran. Ma sœur et quelques cousins sont à l’extérieur, car ils avaient quitté l’Iran en 1979 (ndlr : au moment de la révolution), mais le reste de ma famille demeure en Iran » précise-t-elle.

Elle confirme qu’obtenir des nouvelles, même au sein des familles, est presque impossible : « Déjà avant la guerre, c’était difficile, car pendant toute la période de répression, le régime avait coupé Internet. Et maintenant, avec cette guerre, cela devient encore plus compliqué. Le régime n’a pas assoupli les communications car la répression est toujours présente ».

Ce « black-out » quasi total imposé par ceux qui dirigent encore l’Iran ne l’étonne pas : « Ils préfèrent évidemment que toutes les informations non contrôlées par le régime ne circulent pas. C’est caractéristique des régimes totalitaires et agressifs envers leur population ».

« La situation empire de minute en minute »

Nous avons également eu des contacts avec une personne iranienne vivant en Europe, contrainte de quitter l’Iran après avoir subi l’oppression. Elle souhaite rester anonyme mais possède un large réseau de connaissances en Iran et nous explique que « la situation empire de minute en minute ». « Apparemment, le régime islamique utilise des brouilleurs puissants » soupçonne-t-elle. Elle fait référence aux difficultés qu’elle rencontre actuellement pour contacter ses connaissances qui possèdent une antenne personnalisée afin de se relier à l’un des nombreux satellites du réseau Starlink, développé par Elon Musk.

En janvier dernier, le régime iranien avait réprimé dans le sang des manifestations de protestation, causant des milliers, voire des dizaines de milliers de morts, selon les sources. À cette occasion, Internet avait également été largement coupé et, pour la première fois, le réseau Starlink avait été touché. Starlink avait été utilisé par les manifestants pour diffuser les images de la répression afin de contourner la censure.

Plusieurs experts avaient alors évoqué l’utilisation de brouilleurs de précision par le régime iranien pour y parvenir. Au vu des difficultés actuelles pour joindre les citoyens en Iran, il semble que le régime iranien emploie les mêmes méthodes pour isoler la population de l’information et des moyens de communication.