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En Iran, le régime a-t-il changé en faveur des Gardiens ?

Les Gardiens de la révolution, créés après la révolution de 1979, ont pris une place importante dans le fonctionnement de la République islamique, en participant massivement à la guerre contre l’Irak entre 1980 et 1988. Les funérailles publiques de Gholamreza Soleimani et d’Ali Larijani ont eu lieu à Téhéran, le 18 mars 2026.


Les Gardiens de la révolution constituent l’armée idéologique du régime iranien, fondée après la révolution de 1979 en raison de la méfiance envers l’armée régulière du Shah, alors déposé. En participant massivement à la guerre contre l’Irak entre 1980 et 1988, ils ont acquis une place prépondérante dans le fonctionnement de la jeune République islamique. « Ils ont obtenu énormément de concessions économiques et financières, et ont commencé à investir le champ politique, le Parlement islamique et les gouvernements », relèvent Azadeh Kian. Actuellement, Mohammad Ghalibaf préside le Parlement depuis 2020 et est le commandant en chef des Gardiens de la révolution.

La domination des Gardiens sur le pays s’est révélée pour la première fois en janvier 2026, par la répression violente et mortelle des manifestations populaires demandant la chute du régime. La guerre avec les États-Unis et Israël a achevé de transférer le pouvoir à l’organisation qualifiée de terroriste par l’Union européenne.

Les frappes américaines et israéliennes tentent depuis plusieurs semaines de renverser le régime iranien. Selon Azadeh Kian, « cela montre la méconnaissance profonde des Américains de ce régime et de la société iranienne. L’assassinat du Guide Suprême et d’un certain nombre de dirigeants l’a affaibli, mais c’est un régime institutionnalisé, où les fonctions comptent beaucoup plus que les personnalités. » Elle rappelle qu’en juin 2025, l’armée israélienne avait déjà éliminé des commandants des Gardiens de la révolution, « mais ils continuent à exister. »

La faction la plus radicale à l’intérieur de l’armée idéologique du régime s’est même renforcée, soutenant le nouveau Guide Suprême, Mojtaba Khamenei, proche des Gardiens. « Ils ont beaucoup d’intérêts en commun, y compris financiers. Il a été élu des Gardiens de la révolution, et non de l’institution cléricale », estime Azadeh Kian. « De l’autre côté, on n’entend absolument pas les mollahs, les ayatollahs. Ils sont quasi absents de la guerre, et ne veulent pas contredire les Gardiens. » Cela témoigne que la République islamique est actuellement plus militaire que religieuse.

Les frappes israéliennes ont causé la mort d’Ali Larijani, président du Haut Conseil de la Sûreté Nationale, qui « devait déterminer la stratégie du régime pendant cette guerre et éventuellement décider de négocier ou non avec les Américains. Si jamais Trump décide de mettre fin à la guerre, avec qui pourra-t-il négocier ? », s’interroge Azadeh Kian, professeure à l’Université Paris Cité, alors que les Gardiens les plus durs gèrent l’Iran.

Azadeh Kian estime que les bombardements visent plus l’État que le régime : « Les Iraniens, même les contestataires, voient que leur pays est en train d’être détruit : des immeubles résidentiels, des hôpitaux, des écoles, des monuments historiques, des milliers de morts, des millions de déplacés… Ils se rendent à l’évidence que cette guerre est en train de les tuer et de tuer l’État. » Si l’État iranien venait à s’effondrer, « cela laisserait la voie ouverte à des Daesh, à des conflits internes en Iran, et à des déstabilisations de la région, voire internationales. C’est un pari dangereux pris par Trump et Netanyahu. »

► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette interview dans le podcast Les Couleurs de l’Info.