Belgique

En Équateur, le narcotrafic touche aussi les villes touristiques.

En 2022, 3 tonnes de cocaïne ont été saisies dans le port de Guayaquil. En 2025, la douane belge a saisi au port d’Anvers 55 tonnes de cocaïne, en majorité en provenance d’Amérique du Sud.

Saisie de 3 tonnes de cocaïne dans le port de Guayaquil en 2022. L’Equateur est gangrené par le narcotrafic. © Marcos Pin – AFP

Manabi, épicentre d’une guerre entre bandes armées

La province de Manabi est le théâtre d’une forte part des violences liées au narcotrafic. Environ 1250 personnes ont été assassinées l’an dernier. Même des villes touristiques auparavant paisibles, telles que Puerto Lopez, petit port de pêche sur la côte pacifique, sont concernées. Notre correspondant sur place, Eric Samson, a pu le constater.

Entre Noël et le jour de l’An, neuf personnes y ont été tuées. Le 27 décembre, deux frères, considérés comme des leaders de la bande dominante, ont été assassinés. La compagne de l’un d’eux, ancienne reine de beauté, a été enlevée et est présumée morte. Le lendemain, une attaque en plein jour sur la promenade du bord de mer a fait six morts, dont une fillette de deux ans et sa mère. D’après le colonel Naranjo, commandant de la police dans les provinces de Manabi et Santo Domingo, cette vague de violence résulte de l’éclatement du crime organisé dans la région : « Historiquement, la province de Manabi a été dominée par le premier groupe armé organisé du pays, celui des Choneros. Mais ce groupe s’est divisé après l’assassinat de son leader en 2020, et il est aujourd’hui menacé par l’émergence du groupe appelé les « Loups »« .

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Équateur : comment le narcotrafic a gangrené le pays

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L’arrestation de « Fito » a ravivé la lutte pour le pouvoir

Les groupes armés organisés équatoriens sont désormais dans une guerre ouverte, notamment depuis l’arrestation et l’extradition aux États-Unis de plusieurs de leurs chefs. Parmi eux, José Adolfo Macias, dit « Fito », leader des Choneros. Son évasion spectaculaire de prison l’année dernière avait plongé l’Équateur dans une spirale de violence inédite : émeutes, exécutions, attaques coordonnées et mutineries dans les prisons…

Pour le colonel Naranjo, cette arrestation a eu un impact direct sur la province de Manabi : « « Fito » était la figure emblématique des Choneros. Son arrestation en juin dernier, suivie de son extradition, a provoqué une lutte pour le pouvoir au sein de la bande« . Depuis le début de l’année 2026, la violence n’a pas diminué. La police a enregistré près de 70 assassinats dans la province de Manabi au cours des deux premières semaines de janvier. Les fusillades ont principalement concerné les villes de del Carmen, Manta et Puerto Lopez, où cinq têtes décapitées ont été retrouvées accrochées à un câble sur la plage. L’enquête est en cours, mais il pourrait s’agir d’une vengeance de pêcheurs contre des délinquants qui les extorquent, d’après notre correspondant sur place.

« Fito » a été extradé vers les Etats-Unis en juillet 2025. © AFP
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« Fito » : le plus grand narcotrafiquant d’Équateur

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Des ports stratégiques au cœur du trafic mondial de cocaïne

Les bandes armées ciblent particulièrement les zones côtières et les ports, qui sont essentiels à l’exportation de la drogue. Certains gangs imposent des systèmes d’extorsion aux pêcheurs locaux, comme l’explique le colonel Naranjo : « cette bande fournissait des carnets aux pêcheurs en échange d’un paiement mensuel pour soi-disant les protéger. Ils patrouillaient en mer et si un pêcheur ne possédait pas ce document, les pirates le volaient« .

La configuration géographique de Manabi en fait un territoire clé pour le narcotrafic : « la province de Manabi a la plus grande étendue de côte du pays et les bandes armées se disputent le contrôle des ports d’où la drogue peut être exportée en vedettes rapides. Il y a des points stratégiques, et Puerto Lopez en est un« . Face à cette escalade, le gouvernement équatorien a récemment déployé 10 000 soldats dans plusieurs provinces côtières, dont Manabi, afin de militariser les ports et tenter d’endiguer la violence. Les résultats restent attendus.

Les conséquences de ce trafic se font sentir bien au-delà de l’Équateur. En 2025, la douane belge a saisi au port d’Anvers 55 tonnes de cocaïne, majoritairement en provenance d’Amérique du Sud, un chiffre en hausse par rapport à l’année précédente.

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Port d’Anvers : 55 tonnes de cocaïne saisies par la douane en 2025

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Le programme d’Ici Le Monde

Dans le reste du programme de ce « Ici Le Monde », nous aborderons aussi la situation en Syrie. Un an après la chute d’Assad, à quoi ressemble le pays ? Plus de six millions de personnes ont quitté la Syrie au cours des nombreuses années de guerre, certains sont revenus cette dernière année. La reconstruction de la Syrie est cependant difficile, étant donné que le pays est morcelé sur les plans ethnique et religieux. Nous prendrons un peu de recul sur l’actualité de ces derniers jours avec Didier Leroy, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense, afin d’analyser l’année écoulée et de se projeter vers l’avenir.

De plus, nous nous offrirons un moment de découverte à New-York, où sera inauguré dans quelques mois le premier musée consacré à l’histoire du hip-hop. C’est effectivement dans le quartier du Bronx que ce mouvement, devenu un phénomène culturel mondial, a vu le jour il y a un demi-siècle. Nos confrères de Radio France ont eu l’opportunité de visiter en exclusivité le chantier du « Hip-Hop Museum ».