« En Belgique, la politique est une affaire de famille »: quand notre système politique est décortiqué par Le Monde

La politique belge serait-elle une affaire de famille? Telle est la question posée par le quotidien « Le Monde » cette semaine. Nos confrères français reviennent sur nos différents parlements où siègent environ 15% « d’enfants de ». « Ceux qu’on évoque ici sont les membres d’une famille qui a exercé le pouvoir, puis qui l’exercent à leur tour, jouissant de ce qui ressemble apparemment à un droit de succession. Au fil du temps, la Belgique s’en est fait une spécialité », explique l’auteur de l’article Jean-Pierre Stroobants, ancien journaliste du Soir et correspondant du journal français à Bruxelles depuis une dizaine d’années.

Pour le journaliste, le constat est simple: « Quelque 15 % des élus ont désormais un père ou une mère qui a déjà exercé un mandat. Une situation qui agace, amuse, mais ne révolte pas les Belges. »

Une explication serait essentiellement due à la complexité et au nombre de personnes élues dans notre pays. « Avec ses six gouvernements (un fédéral, cinq des régions et communautés), ses sept Parlements, ses trois zones linguistiques, ses dix provinces – et autant d’assemblées provinciales – et ses 581 communes, le royaume – 30 000 km² – offre, il est vrai, beaucoup de débouchés aux candidats mandataires » , explique le journaliste dans son papier.

Cependant, cela pose-t-il un réel problème? Si, comme dit précédemment, la population s’en amuse, une étude de Harvard prouve le contraire. « Au-delà de 10 %, on peut affirmer qu’une démocratie qui fait la part belle aux dynasties dysfonctionne. En Europe, seules la Grèce et l’Irlande feraient ‘mieux’ que le pays du roi Philippe en termes de népotisme, tandis qu’en Allemagne il est presque inexistant. Aux Pays-Bas, la Chambre des députés comptait, en 2017, un seul ‘fils de’ sur 150 élus. »

Bien heureusement, les Belges (et les Européens) « campent cependant tous très loin de la Thaïlande et des Philippines, où 40 % des parlementaires sont des dynastes. Aux États-Unis, 6 % seulement des élus ont des parents célèbres en politique, même si quelques exemples – les Clinton, la famille Bush et celle des Trump, demain ? – pourraient faire penser l’inverse », pointe le correspondant.

Une autre explication serait que « ‘les enfants de’ sont bien plus motivés que la moyenne pour se lancer dans la carrière car porteurs d’un patronyme connu de l’électeur ».

Un gouvernement clairement tourné vers la famille

Nos confrères du Vif se sont alors amusés à décortiquer notre gouvernement actuel et le précédent. Force est de constater que le papier du Monde se justifie. En octobre dernier, plusieurs voix s’étaient notamment élevées pour déplorer la nomination de Mathieu Michel au poste de secrétaire d’Etat à la Digitalisation. Ce dernier est le frère d’un certain Charles Michel et les deux sont les fils de Louis Michel, ancien ministre et président de parti MR.

Si l’on fait abstraction du court mandat de Sophie Wilmès pendant la pandémie, c’est… Alexander De Croo qui a succédé au poste de Premier ministre à Charles Michel. L’homme politique de l’Open VLD n’est autre que le fils d’Herman, également ex-ministre, parlementaire et président de parti.

D’autres noms sont également cités par nos confrères comme « le ministre des Finances, Vincent Van Peteghem ou la secrétaire d’Etat Sarah Schlitz sont également des « enfants de ». Qui sont nombreux à tous les échelons: le nouveau président le la fédération liégeoise du PS n’est-il pas Frédéric Daerden, fils de « papa » Michel? » Traditionnellement, d’autres familles politiques pourraient être citées comme Herman et Eric Van Rompuy, Melchior Wathelet, père et fils, Jean-Claude et Philippe Van Cauwenberghe, Jean-Marie Happart ou encore Louis et Bruno Tobback.