Belgique

En 10 ans, le paludisme a doublé chez les voyageurs.

Le projet be-IMPACT, qui va se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2028, vise à s’attaquer à l’augmentation des infections paludéennes et à la résistance des parasites aux traitements en Belgique. En Belgique, le nombre de cas de paludisme a atteint 507 en 2023, un chiffre qui a doublé en 10 ans.


Ce projet intitulé be-IMPACT est d’autant plus pertinent que l’augmentation du nombre de personnes contaminées s’accompagne d’un échec croissant des traitements, souvent à cause de la résistance des parasites aux médicaments. Pour répondre à ce problème, l’Institut de Médecine Tropicale (IMT) s’associera à un réseau de huit hôpitaux en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. Le projet se prolongera jusqu’à la fin 2028.

## Le palu, c’est quoi encore ?

Le paludisme, également connu sous le nom de palu ou malaria, est une maladie parasitaire mortelle transmise par la piqûre de moustiques infectés, en particulier en Afrique. Il entraîne fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, fatigue, vomissements, diarrhées et frissons entre 7 et 30 jours après la piqûre. Le diagnostic se fait par une prise de sang, et le traitement repose sur des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA). Une fièvre ayant suivi un séjour dans une zone tropicale doit être considérée comme un paludisme jusqu’à preuve du contraire.

Pour éviter d’attraper la maladie lors d’un voyage dans une zone à risque, il est conseillé de se protéger des moustiques en utilisant des répulsifs, en portant des vêtements longs et en se servant de moustiquaires imprégnées. La prévention repose également sur des médicaments à prendre avant le départ (ex : atovaquone/proguanil, doxycycline, méfloquine).

Malgré ces mesures, on dénombre 250 millions de cas chaque année dans le monde, entraînant 608 000 décès, surtout en Afrique subsaharienne.

## La Belgique renforce la prise en charge des personnes atteintes

En Belgique, les cas de paludisme s’élèvent à environ 500 par an, avec un pic atteint en 2023 (507 cas). Ce qui alarme les autorités sanitaires, c’est que ce chiffre a doublé en 10 ans, et que dans le même temps, une résistance accrue des parasites du paludisme aux traitements de première ligne est observée.

Face à cette augmentation des infections paludéennes chez les voyageurs revenant en Belgique et à la diminution de l’efficacité des traitements, le projet be-IMPACT vise à aborder ces défis de manière pluridisciplinaire, en se concentrant sur le comportement des voyageurs, le suivi médical et le parasite du paludisme.

« Dans les huit cliniques spécialisées, nous voyons environ 70% de l’ensemble des cas de paludisme en Belgique », explique la professeure Anna Rosanas-Urgell, investigatrice principale de be-IMPACT et cheffe du Service de Malariologie à l’IMT.

« Grâce à la combinaison d’expertises cliniques, de laboratoire et en sciences sociales au sein de l’IMT, nous pouvons combler les angles morts en matière de prévention, de suivi et de résistance. Nous renforçons ainsi la prise en charge des patients atteints de paludisme en Belgique. »

## La recherche sur trois fronts

Le projet regroupe trois axes de recherche. Des chercheurs en sciences sociales étudient le comportement et la perception des risques des voyageurs, cherchant à comprendre pourquoi certains d’entre eux ne respectent pas ou appliquent de manière irrégulière les mesures préventives contre le paludisme, et comment les stratégies de prévention peuvent être mieux adaptées à leurs besoins.

Les médecins évaluent si les traitements actuels sont toujours efficaces, leur objectif étant d’assurer que les soins aux patients atteints de paludisme soient uniformes dans tous les hôpitaux du réseau.

Dans les laboratoires, les chercheurs analysent les parasites du paludisme à partir d’échantillons prélevés dans les hôpitaux participants, ce qui permet d’identifier la fréquence des résistances aux traitements, les traitements devenus inopérants et l’endroit où l’infection a été contraction. Ces données sont particulièrement cruciales pour les patients n’ayant pas voyagé récemment dans des zones où le paludisme est endémique (paludisme d’aéroport) ou ayant des antécédents de voyages complexes.

## Première collaboration nationale

Be-IMPACT est un projet sans précédent : pour la première fois, des hôpitaux de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles unissent leurs efforts pour la recherche sur le paludisme. À travers des ateliers annuels rassemblant médecins, décideurs et organismes publics, le réseau cherche à établir des lignes directrices harmonisées en matière de prévention et de traitement, applicables par tous.

« À l’hôpital universitaire Saint-Pierre, nous traitons plus d’une centaine de patients atteints de paludisme chaque année », déclare le Dr Martin Vandeputte. « Cette expérience contribue directement au projet be-IMPACT et renforcera la qualité des données. Grâce au réseau national, nous pouvons rendre les soins plus cohérents et efficaces. »

Le réseau be-IMPACT réunit l’Institut de Médecine Tropicale, l’UZ Antwerpen, l’UZ Gent, l’UZ Brussel, l’UMC Saint-Pierre, l’UMC Saint-Luc à Bruxelles, ainsi que le CHU Sart-Tilman à Liège et le CHU Humani – Marie Curie à Charleroi.