« Elisabeth Degryse soutient Jacqueline Galant, l’avis d’une ministre ne change pas la ligne éditoriale »
Pour l’opposition, la ministre Galant « ne peut plus exercer ses fonctions ». La Ministre-Présidente, Elisabeth Degryse, a affirmé qu’aucun acte attentatoire à l’indépendance de la radio-télévision publique n’avait été posé par Mme Galant.

Pour l’opposition, la ministre Galant « ne peut plus exercer ses fonctions »
Au sein de l’opposition, les déclarations de la ministre Galant n’ont pas manqué d’être critiquées. Bénédicte Linard, députée d’Ecolo et ancienne ministre des Médias, a rappelé les engagements en faveur de la liberté de la presse inscrits dans la Constitution belge ainsi que dans les législations internationales et européennes.
Concernant la ministre Galant, elle a déclaré qu’elle « a tenu une série de propos hallucinants à l’égard de la RTBF, à l’égard des journalistes et de ses instances de gouvernance« , affirmant qu’il ne s’agissait pas d’un « dérapage isolé« . Les commentaires de Jacqueline Galant sur la RTBF, selon elle, « relèvent de l’ingérence politique de la part de la ministre des Médias, qui a pourtant comme première mission, mission qui surpasse toutes les autres, d’être la garante de la liberté et de l’indépendance de la presse« . « Ces propos sont des actes politiques et le mal est fait », a poursuivi Bénédicte Linard, évoquant une « logique d’ingérence » de la ministre.
Dans un communiqué publié le 30 janvier, jour de la révélation des propos de Mme Galant, la Ministre-Présidente, Elisabeth Degryse, a qualifié ces déclarations de « disgracieux » et « insultants« . Ecolo a salué cette prise de position, tout en soulignant que « le maintien de Jacqueline Galant dans la compétence média comme ministre de tutelle de la RTBF pose un problème politique majeur« . Bénédicte Linard a interrogé la Ministre-Présidente : « Allez-vous retirer à Mme Galant la compétence des médias ou, à tout le moins, la tutelle exercée sur la RTBF ?«
Les critiques du côté du PS sont tout aussi sévères. Sabine Roberty, députée PS, a déclaré : « J’entends beaucoup dire dans les rangs de la majorité qu’il faut distinguer le discours de la ministre de ses actes et qu’on ne peut la juger qu’en fonction des actes. C’est sous-estimer la radicalité de ce discours et la brutalité avec laquelle il cible des journalistes dans le quotidien de leur travail« . Elle partage l’avis d’Ecolo selon lequel la ministre Galant « ne peut plus exercer ses fonctions« .
Amandine Pavet, députée PTB, a qualifié le soutien de la majorité à la ministre Galant de « honte« .
Fabien Maingain, député Lib-Res, a exprimé que « on n’est pas face à un simple dérapage, on est face à un problème politique majeur« . Il a demandé la suspension de la ministre. De manière générale, pour l’opposition, les propos de la ministre suscitent des doutes sur la procédure de désignation du futur administrateur général de la RTBF.
Pas d’acte « d’ingérence » de la part de la ministre des Médias, selon la Ministre-présidente
Suite à toutes ces critiques, la Ministre-Présidente, Elisabeth Degryse, a réagi. Elle a affirmé qu’aucun acte portant atteinte à l’indépendance de la radio-télévision publique n’avait été commis par Mme Galant. « La seule opinion exprimée par une ministre ne suffit pas à constituer un acte d’ingérence. L’opinion d’une ministre des Médias ne suffit pas à faire vaciller l’audiovisuel public, ni à infléchir une ligne éditoriale« , a-t-elle déclaré, en s’appuyant sur un avis similaire émis par le conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) la semaine précédente.
Devant les députés, Mme Degryse a rappelé le long processus de désignation du futur administrateur général, rejetant toute notion de volonté de son gouvernement d’influencer ce choix. « Il n’y a pas d’accord politique sur ce poste« , a-t-elle affirmé. En réponse à cette controverse, elle a également annoncé son intention de réfléchir à l’élaboration d’un code de déontologie pour l’ensemble des membres du gouvernement. « Cette séquence nous rappelle que si les ministres ont des opinions, leur parole n’est pas simplement individuelle. Elle engage tout un secteur dont ils ont la charge. Nous devons donc être responsables, mesurés et respectueux en permanence« , a ajouté Elisabeth Degryse.
Au sein de la majorité, Diana Nikolic (MR) a souligné que ni son parti ni la ministre ne souhaitaient compromettre la liberté de la presse. « Ce qui compte, ce sont les actes, pas les petites phrases« , a-t-elle affirmé. Loris Resinelli (Engagés) a également déclaré : « Nous condamnons sans réserve les propos (de Mme Galant) et saluons qu’ils aient été recadrés au plus haut niveau« , appelant cependant l’opposition à ne pas exploiter cette situation, ni à « transformer la critique en soupçon systématique« .
Mardi après-midi, la ministre Galant aura l’occasion de répondre aux questions des députés de la commission des Médias.

