Belgique

Élections municipales en France : la maire au cœur des enjeux ?

Le premier tour du scrutin municipal en France aura lieu le dimanche 15 mars, suivi par le second tour le 22 mars. Selon les sondages, dans les 15 plus grandes villes de l’Hexagone, aucun maire n’est sûr de le rester.


Ça va devenir intense dans une grande partie des près de 35 000 communes de France. Les listes de candidats sont désormais figées, et les candidats vont intensifier leur campagne pour mobiliser les électeurs. Le premier tour du scrutin tant attendu se tiendra le dimanche 15 mars, suivi du second tour une semaine plus tard.

Le suspense reste entier dans de nombreux cas, car les votes s’annoncent très serrés.

Les municipales de 2026 s’annoncent particulièrement incertaines, un euphémisme. « Le scrutin municipal le plus imprévisible depuis un demi-siècle » déclare l’éditorialiste Patrick Cohen sur France Inter. Cela est particulièrement vrai dans les métropoles, où le vote est scruté de près par les partis et les médias. Selon les sondages, dans les 15 plus grandes villes de France, aucun maire n’est assuré de rester en poste, et leur sort pourrait se jouer à quelques voix près.

Qu’est-ce qui explique cet insoutenable suspense ? Cela est dû en grande partie au système électoral français, qui diffère de celui de la Belgique. Contrairement à la Belgique, où les élections sont proportionnelles et se déroulent en un jour, les élections municipales en France se font en deux tours, en général. Si aucune liste n’obtient la majorité absolue au premier tour, un second tour a lieu la semaine suivante. Seules les listes ayant recueilli au moins 10% des voix sont prises en compte, et les listes ayant obtenu entre 5 et 10% peuvent fusionner avec d’autres pour concourir au second tour.

La semaine suivant le 15 mars sera donc cruciale. S’il y a un maire élu directement, il faudra alors gérer des alliances et des consignes de vote. Si plusieurs listes se retrouvent face à face le 22 mars, la lutte sera intense entre « triangulaires », « quadrangulaires » et autres configurations du même type.

Pour mieux comprendre la situation dans les grandes villes, rappelons que lors des dernières municipales en 2020, une « vague verte » avait déferlé. Une dizaine de grandes mairies avaient alors été remportées par les écologistes : Strasbourg, Lyon, Poitiers, Bordeaux, Besançon, Tours, et Grenoble avait été conservée. Les socialistes avaient réussi à reprendre Marseille, la deuxième ville de France, ainsi que Paris, Lille et Dijon. Du côté de la droite et des Républicains, il y avait eu des gains, avec des bastions comme Reims, Saint-Étienne, Metz, Mulhouse, Toulouse et Angers conservés. Le Rassemblement National n’avait pas réalisé l’ampleur de ses espoirs, récupérant seulement quelques villes secondaires comme Fréjus et Villers-Cotterêts, ainsi qu’une grande ville, Perpignan. Le parti présidentiel (LREM) avait, quant à lui, eu des résultats mitigés, sauf au Havre.

Cette année, les extrêmes, en forte progression à l’échelle nationale, pourraient potentiellement bouleverser le paysage local. De nombreux électeurs pourraient se retrouver face à des triangulaires, quadrangulaires, voire sexangulaires, comme c’est envisagé à Strasbourg.

Par ailleurs, les élections municipales en France sont généralement considérées comme déconnectées des scrutins nationaux, car les électeurs se concentrent sur des enjeux locaux. Cependant, un événement national pourrait influencer le vote de cette année : la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon, soulevant la question de la violence politique. Ce « besoin de sécurité » pourrait ainsi se traduire dans les urnes, faisant écho à des événements marquants du passé, comme lors de l’élection présidentielle de 2002.

Enfin, l’attention se porte sur La France Insoumise, en raison d’un lien présumé entre les agresseurs de Quentin Deranque et le parti. Cela suscite des spéculations autour d’un potentiel « front républicain » contre LFI. Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité, a récemment demandé au Rassemblement National de se désister dans les villes où LFI pourrait gagner. Cette suggestion a été rejetée par le RN, avec Marine Le Pen affirmant que le retrait de leurs listes serait une violation de la confiance des électeurs.

Les partis de gauche arriveront divisés et parfois en ordre dispersé, mais ils devront trouver des terrains d’entente pour espérer gagner des mairies. Le Parti socialiste a renoncé à un accord national avec LFI, tout en laissant la porte ouverte à des alliances « dans de rares cas », ce qui pourrait intéresser des listes de gauche dans des villes comme Toulouse et Marseille.

À Marseille, la situation pourrait être politique très tendue, le Rassemblement National espérant conquérir la ville. Le maire sortant Benoît Payan, proche du PS, est en concurrence avec le candidat du RN, Franck Allisio, et un maintien de Sébastien Delogu de LFI au second tour pourrait compliquer de manière significative les choses.

Lyon, un enjeu majeur, est depuis 2020 dirigée par les écologistes et attire les convoitises, notamment celle de Jean-Michel Aulas, ancien président de l’Olympique lyonnais, qui rassemble tous les partis de centre-droit.

Dans d’autres villes comme Bordeaux, les écologistes sont bien placés pour conserver la mairie, tout comme à Grenoble et Strasbourg, où ils affrontent des socialistes. La gauche reste forte dans plusieurs grandes villes. À Toulouse, la droite pourrait cependant perdre, tandis qu’à Nîmes et Roubaix, la gauche pourrait faire des gains.

Certaines autres villes comme Carcassonne ou Perpignan se retrouvent également dans des situations incertaines, avec une attention accrue sur le RN et ses chances de succès.

En somme, la situation est encore en pleine évolution et de nombreux scénarios restent à développer.