Doutes sur la présence de Maria Corina Machado au Nobel à Oslo
La conférence de presse de Maria Corina Machado, prévue initialement à 13H00, a été annulée. Le prix Nobel de la paix lui a été attribué le 10 octobre pour ses efforts en faveur d’une transition démocratique au Venezuela.
Initialement prévue à 13H00, la conférence de presse de l’opposante de 58 ans, qui vit cachée au Venezuela, a d’abord été repoussée, puis finalement annulée.
« Maria Corina Machado a elle-même dit à quel point il était difficile de venir en Norvège », a expliqué à l’AFP le porte-parole de l’Institut Nobel, Erik Aasheim, pour justifier cette annulation.
« Nous espérons qu’elle viendra à la cérémonie » de remise du prix Nobel mercredi, a-t-il ajouté, émettant ainsi des doutes sur sa participation, jusqu’alors présentée comme très probable.
Empêchée de se présenter à la présidentielle de juillet 2024 au Venezuela, Mme Machado s’est réfugiée dans la clandestinité dans son propre pays peu après. Sa dernière apparition publique remonte au 9 janvier dernier à Caracas, lors d’une manifestation contre l’investiture du président de gauche Nicolas Maduro pour un troisième mandat remporté dans des conditions contestées.
Bien que sa famille ait déjà fait le déplacement à Oslo pour assister à la cérémonie qui doit commencer à 13H00 (12H00 GMT) à l’Hôtel de ville d’Oslo, sa localisation actuelle reste incertaine. Le mois dernier, le procureur général du Venezuela a déclaré à l’AFP qu’elle serait considérée comme « fugitive » si elle quittait son pays pour recevoir le Nobel. « En étant hors du Venezuela et faisant l’objet de nombreuses enquêtes pénales, elle est considérée comme fugitive », a précisé Tarek William Saab. Il a également affirmé qu’elle est accusée d' »actes de conspiration, d’incitation à la haine et de terrorisme ».
Les États-Unis et une partie de la communauté internationale ne reconnaissent pas les résultats de la présidentielle de 2024, jugés frauduleux par l’opposition qui a réclamé la victoire de son candidat, Edmundo Gonzalez Urrutia, actuellement en exil.
Le prix Nobel de la paix a été attribué le 10 octobre à Mme Machado pour ses efforts en faveur d’une transition démocratique au Venezuela, dirigé par Nicolas Maduro depuis 2013. Maduro est accusé de dérive autoritaire par les États-Unis et l’Union européenne, qui ont sanctionné son régime. Sa présence à Oslo soulève la question délicate de son retour éventuel au Venezuela ou de sa capacité à diriger l’opposition vénézuélienne depuis un hypothétique exil.
Selon Michael Shifter, professeur associé à l’université de Georgetown, « quel que soit le scénario – que Machado puisse ou non retourner au Venezuela —, il sera très difficile de maintenir l’élan du mouvement qu’elle a inspiré en l’absence de progrès vers un changement politique ». Il a ajouté, « Certes, il sera ardu pour Machado de diriger l’opposition, en exil. Mais ce ne sera pas facile non plus de le faire en restant dans le pays (quand) la majorité des Vénézuéliens font face à des conditions économiques et humanitaires désespérées et à une répression accrue du régime de Maduro ».
De son côté, le ministre vénézuélien de l’Intérieur, Diosdado Cabello, a déclaré lundi ne « rien » savoir de ce voyage annoncé. De nombreux membres de la famille de la lauréate, dont sa mère, ses trois sœurs et ses trois enfants, sont déjà à Oslo pour assister à la cérémonie. Aucun d’entre eux ne s’est exprimé sur le lieu où se trouve Mme Machado, certains affirmant simplement ne pas le savoir.
Plusieurs dirigeants d’Amérique latine, y compris le président argentin Javier Milei et le candidat de l’opposition à la présidentielle, Edmundo Gonzalez Urrutia, sont également déjà à Oslo ou sont attendus dans la capitale norvégienne, sous haute sécurité.
Bien que beaucoup la saluent pour ses efforts en faveur d’une démocratisation au Venezuela, Mme Machado est également critiquée par certains pour la proximité de ses idées avec celles de l’ancien président américain Donald Trump, à qui elle a dédié son Nobel. Des manifestants préviennent qu’ils se rassembleront à l’extérieur de l’Institut Nobel mardi avec le slogan « Pas de prix de la paix pour les va-t-en guerre ».
La remise du prix coïncide avec le déploiement par les États-Unis d’un important dispositif militaire dans les Caraïbes et des frappes américaines ayant causé des morts sur des bateaux présentés comme impliqués dans le trafic de drogue. Mme Machado a justifié ces opérations. Nicolas Maduro, quant à lui, assure que leur véritable objectif est de le renverser et de s’emparer des réserves pétrolières du Venezuela.

