Belgique

Dominique de Villepin se dit prêt à livrer combat pour 2027

Cela fait huit jours que les Etats-Unis et Israël ont lancé les premiers bombardements contre l’Iran. Selon Dominique de Villepin, l’Amérique décide de notre destin en ce moment et du destin de la région.


Cela fait maintenant huit jours que les États-Unis et Israël ont commencé à bombardements contre l’Iran. Dominique de Villepin, ancien ministre français des Affaires étrangères, déclare : « Une guerre illégale mais cela ne suffit pas à justifier une opposition ». Il critique également le fait que « Les Européens n’ont même pas été consultés ».

Il ajoute : « Et puis, nous le voyons bien jour après jour, les risques n’ont pas été pris en compte. Comme toujours, l’Amérique pensait pouvoir, en quelques heures, régler le problème. Et là, la guerre se prolonge, elle s’étend. Plus d’une dizaine de pays sont aujourd’hui concernés dans le Golfe avec des risques stratégiques, des risques économiques et financiers. Et bien sûr, ce sont les risques pour la population iranienne qui doivent être au cœur de nos préoccupations. »

Dominique de Villepin, tout en reconnaissant la barbarie du régime iranien, affirme qu’il existait une autre option possible. « Évidemment qu’il était nécessaire d’agir très fortement et de façon déterminée pour essayer de mettre fin à ce régime oppressif iranien. Il y avait un autre chemin qui aurait peut-être pu conduire de façon plus sûre. Celui de la négociation. Celui qui en 2015 a conduit à signer un accord, qui a conduit à éliminer les sanctions, qui plaçait alors le peuple iranien dans une autre situation que celle d’aujourd’hui. Eh bien, l’entêtement de Donald Trump a contribué à créer la situation actuelle. »

Il compare la situation actuelle à celle d’il y a 23 ans, lorsque G.W. Bush, soutenu par les Britanniques, a attaqué l’Irak sans mandat international. Dominique de Villepin s’était opposé à cette guerre lors d’un discours mémorable devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, où il avait déclaré : « Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur. »

Dominique de Villepin souligne également que les États-Unis semblent avoir quitté le respect du droit international : « Quel est le sens de ce nouvel ordre s’il dessert l’intérêt des peuples ? Nous verrons les conséquences pour le peuple iranien. Mais est-ce que le peuple iranien peut être une variable d’ajustement ? Aujourd’hui, il est placé dans la situation terrible d’avoir à la fois la dictature, qui est toujours là car la mort de l’ayatollah Khamenei n’a rien changé, et en plus, il y a la guerre. Le risque, c’est qu’il y ait non seulement la dictature et la guerre, mais aussi peut-être un jour la guerre civile ou une désagrégation du pays lui-même. Donc vous voyez bien qu’on ajoute des problèmes sans apporter de solutions. »

Il considère que les solutions politiques font défaut dans les actions internationales : « Il y a une impuissance de la puissance quand il n’y a pas d’objectif politique, quand il n’y a pas une action collective qui est menée. Et c’est en ça que l’Amérique est une source de déstabilisation aujourd’hui pour le monde. (…) Nous avons appris qu’il n’y a pas de vie collective commune en dehors de la règle de droit. Et donc, sauf à décider que demain, on pourra se tirer dessus librement à Bruxelles, à Paris et partout dans le monde, je ne crois pas que ce soit un avenir souhaitable pour nos sociétés. Eh bien, c’est l’avenir aujourd’hui que nous promet Donald Trump. »

Dominique de Villepin s’attaque également à l’Union européenne, qui, selon lui, doit être fidèle à ses valeurs, sinon les États-Unis ne prendront conscience des conséquences tragiques qu’ils engendrent. « Tout ceci est inacceptable. Et l’Europe doit être fidèle à ses valeurs, fidèle à ses engagements, ne serait-ce que pour que les États-Unis ouvrent les yeux sur les conséquences tragiques du monde qu’ils sont en train de construire. »

Les répercussions de l’inertie de l’Union européenne sont, selon lui, évidentes : « Nous avons la capacité ne serait-ce que de nommer ce qui se passe et de dire à quel point c’est insupportable. Non seulement il y a une soumission de l’Union européenne, mais en plus il y a une impuissance. Parce que ne l’oublions pas, l’Amérique décide de notre destin en ce moment et du destin de la région. Et c’est nous qui payons l’addition. »

Il conclut en évoquant un avenir incertain face à la montée de l’extrême droite en Europe, et suggère qu’une candidature aux élections de 2027 serait motivée par son combat contre cette tendance, affirmant avoir « une mémoire, une santé, une détermination » pour se battre.