Belgique

Dix ans après les attentats de Bruxelles : services de secours mieux formés ?

Le 22 mars 2016, les sirènes retentissent dans la capitale et des dizaines d’ambulances rejoignent les sites des explosions. Dix ans après les attentats, le docteur Marie Astrid de Villenfagne continue de former médecins et infirmiers en préparant des scénarios de catastrophes.


Le 22 mars 2016. Les sirènes retentissent partout dans la capitale. Des dizaines d’ambulances convergent vers les lieux des explosions. Les hôpitaux accueillent un grand nombre de blessés.

À cette époque, le docteur Marie Astrid de Villenfagne dirigeait un poste médical à la station Maelbeek. Dix ans plus tard, elle gère encore un service d’urgence au CHU Saint-Pierre et continue de former ses collègues. Régulièrement, elle organise des formations visant à préparer les médecins et les infirmiers à faire face à de grandes catastrophes.

Lors de la formation à laquelle nous assistons, le scénario évoque un piéton dont les jambes ont été sectionnées par un tram. Le bruit des cris du patient est présent, un mannequin représentant un individu perdant beaucoup de sang. « Dans l’urgence, quand rien n’est prêt, est-ce qu’on est quand même capable de prendre en charge un patient ? » interroge-t-elle, résumant l’objectif de ses formations. « Donc le but est par exemple de savoir mettre des garrots sur des patients qui sont, en plus, potentiellement traumatisés. »

Placer un garrot, stopper une hémorragie massive et organiser un transport rapide vers l’hôpital le plus proche sont des gestes qui, lors d’une catastrophe et d’un afflux massif de patients, peuvent être plus difficiles à réaliser. C’est pourquoi ces formations sont mises en place.

« On sait qu’on a une grosse perte de compétences quand un événement traumatisant se produit« , témoigne Yaël, l’une des participantes de la journée. « Et l’une des seules manières de se préparer à ces événements auxquels on ne fait pas face dans notre quotidien, c’est de participer à ces formations. »

« La difficulté, c’est aussi de faire travailler ensemble des gens qui ne se connaissent pas et qui n’ont pas l’habitude de collaborer« , poursuit Hugues, un autre participant. « Mais avec la même méthodologie, ces personnes parviennent à se coordonner. »

### Adapter le matériel

Les formations sont complétées par l’adaptation du matériel. Dans les ambulances de la Croix-Rouge, des modifications ont été apportées depuis les attentats. « Ce qui a changé dans notre ambulance, c’est que nous avons désormais des garrots pour pouvoir arrêter les hémorragies massives« , précise Robin Owel, ambulancier à la Croix-Rouge. « Nous disposons également de bandages israéliens et de compresses ‘gauze’ pour éviter ces hémorragies, en particulier pour des blessures par balles. C’est ce que nous considérons comme le plus nécessaire en cas d’attentat. »

Ces bandages spécifiques sont munis de codes couleurs pour trier les patients et suivre leur parcours de soins. Une organisation essentielle lorsqu’il s’agit de traiter un grand nombre de patients simultanément.

La Croix-Rouge a également acquis des véhicules spécialisés pour les grandes catastrophes, appelés FIT pour First Intervention Team. Ce matériel ultra-équipé est déployé uniquement lors de grandes catastrophes où les besoins en matériel médical sont accrus. « Il contient des dizaines de brancards pour allonger, relever et transporter les personnes. Nous avons aussi des médicaments et de quoi oxygéner plusieurs patients« , explique Gilles de Schepper, coordinateur à la Croix-Rouge de Belgique, présent le jour des attentats.

Il souligne que les services sont aujourd’hui mieux équipés qu’il y a dix ans, et que ce matériel est désormais utilisé en cas de blessures par balles, notamment lors de fusillades liées au trafic de drogue. « Cette réalité-là nous rattrape en nous disant qu’il n’y a pas que les attentats. Toutes les formations que nous avons suivies nous ont préparés aux incidents d’aujourd’hui.«