Belgique

Devenir des Européens libres et atlantistes est devenu impossible.

Le Danemark a décidé d’envoyer un seul soldat au Groenland dans le cadre des manœuvres en réponse à la menace d’annexion des États-Unis. Theo Francken a déclaré que ce message n’est pas un bras d’honneur à Donald Trump, mais vise à montrer aux Américains que leurs préoccupations concernant la sécurité de la région sont prises au sérieux.

Un soldat, un message

La décision a suscité quelques sourires : envoyer un unique soldat au Groenland, dans le cadre des manœuvres organisées par le Danemark face à la menace d’annexion des États-Unis. Ce militaire, qui a visiblement échappé à Donald Trump, n’a pas vu la Belgique figurer parmi les huit pays sanctionnés par une menace d’augmentation des droits de douane en participant à ces manœuvres. Que ce soit un oubli ou non, ce soldat solitaire a un rôle symbolique, puisqu’il a pour mission d’envoyer un message aux États-Unis. C’est ce qu’affirme le ministre de la Défense, Theo Francken. Ce message n’est pas une provocation envers Donald Trump, bien au contraire : « Nous voulons envoyer aux Américains le message que nous prenons leurs préoccupations concernant la sécurité de la région très au sérieux« .

Un moment difficile pour Theo Francken

Pour Theo Francken, fervent atlantiste et jusqu’à présent plutôt favorable à Donald Trump, cette situation est délicate alors que la souveraineté d’un pays membre de l’OTAN est mise à mal par les États-Unis. Et il ne s’agit pas de n’importe quel pays : le Danemark, l’un des alliés les plus fidèles des États-Unis, un pays que Theo Francken estime beaucoup, un modèle en matière de défense ou de politique migratoire très stricte, et également, comme il le mentionne sur Facebook, parce que sa sœur est mariée à un Danois.

En somme, Theo Francken traverse un moment politique déchirant. C’est une période où, dans la cour de récréation, le grand de sixième, qui nous a toujours servi de modèle et nous a protégés, nous trahit et nous extorque au moment où nous avons le plus besoin de lui en Ukraine.

Trump, contre vents et marées

Un moment douloureux pour le ministre de la Défense, qui a jusqu’à présent défendu Donald Trump. Pour Theo Francken, Donald Trump a battu le wokisme, a soutenu Israël contre vents et marées, a frappé l’Iran pour empêcher qu’il n’obtienne la bombe atomique, a renversé Maduro – considéré comme un criminel – et ainsi, selon lui, a renforcé l’Occident face à l’axe Chine-Russie. C’est dans le cadre de cette nouvelle Guerre froide qu’il explique et justifie fréquemment les actions de Donald Trump. Même lorsque ce dernier s’en prend à l’Europe avec des droits de douane, il se justifie ainsi : c’est pour notre bien et c’est de notre faute. Nous payons pour les erreurs du passé. Nous devons nous réarmer et assumer notre propre sécurité. La stratégie de sécurité américaine, manifestement hostile à l’Union ? Un miroir douloureux, mais tout de même un miroir, affirmait-il encore. Malgré tout, contre vents et marées, Theo Francken reste atlantiste et en désaccord avec Trump, tout en acceptant bon nombre de ses positions.

Rupture avec le Groenland

Tout en replaçant ce contexte dans la guerre froide avec la Chine, l’atteinte à la souveraineté d’un allié est devenue insupportable, même pour Theo Francken. Cela contredit le principe même d’une alliance de nations libres, fondée sur l’autonomie de ses membres. C’est ce qui nous différenciait, durant la guerre froide, du pacte de Varsovie, où les nations d’Europe de l’Est, asservies, devaient se soumettre à Moscou. Nous sommes à un moment où il devient impossible d’être à la fois Européens libres et atlantistes. Une décision que Theo Francken, comme de nombreux Européens atlantistes, espère ne pas avoir à prendre, mais Donald Trump semble bien déterminé à nous y contraindre.