Belgique

Deux écoles belges de stylisme figurent dans le top dix de Vogue

Matthieu Blazy chez Chanel, Antony Vaccarello chez Yves Saint Laurent, Nicolas Di Felice chez Courrèges, et Marie Serre, créatrice de sa propre marque, sont tous issus du département « stylisme » de La Cambre. Chaque année, la section La Cambre Mode[s] doit se limiter à sélectionner 15 à 18 élèves sur environ 200 candidats.


Matthieu Blazy chez Chanel, Antony Vaccarello chez Yves Saint Laurent, Nicolas Di Felice chez Courrèges, et Marie Serre qui a lancé sa propre marque : tous proviennent du département « stylisme » de La Cambre. « Tous les gens dont on parle en ce moment, tout à coup on se rend compte qu’ils sortent de notre école », déclare avec le sourire Tony Delcampe, responsable du département stylisme de l’école bruxelloise depuis 27 ans.

« Nous sommes une école publique. À côté d’autres écoles de mode privées, on est très discrets. Les écoles belges sont d’ailleurs généralement très discrètes. Et ce n’est pas toujours à notre avantage. Or, le politique ne va pas dans le sens de domaines qui ne sont pas prioritaires comme l’artistique dont nous faisons partie. Ainsi, par exemple nos défilés, nos jurys, le site internet de notre département, tout cela est financé par une ASBL que l’on a dû créer au sein de notre atelier car nous n’avons aucun subside pour faire rayonner l’école. »

### Les élèves de La Cambre Mode[s] sont triés sur le volet

Le succès de La Cambre Mode[s] est indéniable. Chaque année, la section doit se limiter à sélectionner 15 à 18 élèves sur environ 200 candidats. « Le département ‘stylisme’ a été créé il y a quarante ans. L’élan général était celui d’un très grand plan textile, un plan quinquennal appelé ‘ITCB’ mené par le gouvernement pour essayer de relancer un secteur qui périclitait », explique Tony Delcampe.

L’une des forces de la formation est que le département est intégré dans un établissement où l’on étudie la sérigraphie, la peinture, ou encore la photographie : l’École nationale supérieure des arts visuels (ENSAV) de La Cambre. Cela permet aux étudiants en stylisme d’être constamment en interaction avec des étudiants d’autres disciplines. « Dans notre école tous les arts se rencontrent et c’est une immense richesse. »

### Une mode qui part de l’idée plutôt que de l’esthétique

L’enseignement du stylisme à La Cambre passe directement par la matière et en trois dimensions. On habille directement le corps, contrairement à d’autres écoles où il faut d’abord savoir dessiner ses modèles ou adapter des patrons. À La Cambre Mode[s], il faut tout de suite être créatif dans le choix des matières et des volumes.

Pour Tony Delcampe, on est résolument ancré dans « la mode belge ». « On fait ici des vêtements pragmatiques de plusieurs couches avec des techniques très spécifiques pour avoir chaud, se protéger de la pluie. On n’est pas du tout dans un phantasme d’une mode que je qualifierais ‘du sud’, beaucoup plus léger. »

La jeune styliste belge Marie Adam-Leenaerdt, créatrice de sa propre marque vendue dans le monde entier, travaille selon les principes qu’elle a appris à La Cambre. « C’est clair que mon travail est ancré dans cet univers de la mode belge qui pour moi part de l’idée avant de parler d’esthétique. Il y a un côté conceptuel derrière les vêtements. J’aime que mes pièces soient modulables. »

La Cambre apprend à déconstruire tous les vêtements de la garde-robe pour pouvoir les reconstruire. « Si l’on prend l’exemple d’un trench-coat, je veux savoir exactement comment il est fait pour pouvoir le refaire complètement, le réinventer dans son utilité et son usage, dans ses codes et ses formes. Il faut que l’on reconnaisse qu’il s’agit d’un trench-coat mais qui a été pensé différemment. » Pour elle, le vêtement doit avoir plusieurs fonctionnalités pour s’adresser à des personnes différentes et pouvoir être porté dans des circonstances variées.

Tony Delcampe parle de « mode intelligente ». « Nos élèves doivent inventer de nouvelles façons d’assembler, de faire. Parce qu’autrement tout cela n’a pas de sens vu que tout existe déjà en mode. »

Chaque année au mois de juin, La Cambre Mode[s] présente le travail de ses étudiants lors d’un défilé. L’événement est privé et réservé aux professionnels de la mode.