Des agriculteurs belges dénoncent le Mercosur sur la Grand-Place.
Des agriculteurs ont déversé des milliers de pommes de terre sur les pavés de la Grand-Place à Bruxelles, peu après 13h, afin de rendre visible la détresse du monde agricole. Par ailleurs, les États membres de l’Union européenne ont donné leur feu vert à l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, le texte devant être signé officiellement lundi au Paraguay.
En déversant des milliers de pommes de terre sur les pavés de la Grand-Place et en stationnant un tracteur, des agriculteurs visent à attirer l’attention sur leur situation.
Cette action a été réalisée par un couple d’Ath, qui a réussi à accéder au centre de la capitale grâce à une borne abaissée. Ce site emblématique, fréquenté chaque jour par des milliers de touristes, est devenu le lieu d’une contestation agricole qui s’étend au-delà des routes et des échangeurs autoroutiers.
Peu après 13 heures, ils ont vidé ces pommes de terre issues de leur exploitation, invitant les passants à en emporter quelques-unes. L’action n’a causé aucun dégât.
L’objectif est explicite : mettre en lumière la détresse du monde agricole et dénoncer un accord jugé injuste, qui mettrait en concurrence les producteurs belges avec des produits importés à bas coûts, soumis à des normes environnementales et sanitaires moins strictes.
Pour le fermier de ce couple, « C’est extrêmement symbolique. C’est la plus belle place du monde. Je pense que les Belges le diront et c’est hautement symbolique parce qu’à partir de pommes de terre, on fait notre produit phare, les frites. Si un belge ne peut plus produire des pommes de terre, qu’est-ce qui va se passer ? Les pommes de terre qui sont notre faire valoir national ? »
Cette action traduit une préoccupation : « On est inquiets par rapport à tout ce qui se passe en ce moment, inquiets par rapport aux accords qui se passent. Et quel sera notre avenir pour l’agriculture ? » se demande l’agricultrice athoise.
Le choix de la pomme de terre pour cette action est également significatif : « Les pommes de terre, c’est quelque chose qui est très facile pour tout le monde de prendre et d’utiliser. C’est un produit aussi qui subit beaucoup la différence et les variations de marché. »
Sur le terrain, la situation a cependant évolué au fil de la journée. Le blocage à l’échangeur de Haut-Ittre a été levé, tout comme celui de Courrière, qui était en passe de l’être. Plusieurs autres actions ont été suspendues en raison de conditions hivernales difficiles. « Nous faisions une trêve en raison des conditions météo, » avaient déclaré les agriculteurs ce matin, après 34 heures de blocage de l’échangeur de Haut Ittre. Ils avaient décidé de lever leur barrage face à une météo glaciale.
Cependant, cette levée progressive des barrages ne traduit pas un affaiblissement du mouvement. Les agriculteurs soulignent que leur colère demeure intense et que la mobilisation peut reprendre à tout moment.
Un agriculteur a informé nos journalistes sur place, peu après 13 heures, qu' »une équipe de jeunes agriculteurs de la FJA a pris la relève après la levée du blocage de ce matin, du côté de Courrière. Une quinzaine de tracteurs sont sur place et maintiennent le blocage. » La déviation se fait toujours par la N4.
La situation reste complexe en province du Hainaut, où des blocages autoroutiers semblent toujours en place sur l’E19 au poste frontière de Hensies, dans les deux sens de circulation. À Marquain, près de Tournai, les agriculteurs continuent d’occuper l’autoroute, avec des feux et des tracteurs bloquant la route. Ils ont également profité de leur présence pour aider les pompiers dans l’évacuation d’un arbre abattu.
Les enfants des agriculteurs sont venus soutenir leurs parents, tant sur le barrage que dans un centre commercial.
Bien que les tracteurs commencent à quitter certains points stratégiques du pays, la mobilisation reste loin d’être terminée. Les agriculteurs insistent : d’autres actions pourraient suivre si aucune réponse concrète n’est apportée à leurs préoccupations.
Vendredi dernier, les États membres de l’Union européenne ont approuvé l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Un accord dénoncé depuis des mois par les organisations agricoles, qui estiment qu’il menace la viabilité de nombreuses exploitations belges.
Les agriculteurs craignent une pression accrue sur les prix, une concurrence jugée déloyale et une remise en question des efforts consentis en matière de transition écologique.
Des agriculteurs sont déçus par la position de l’Italie qui a voté en faveur de l’accord commercial, permettant ainsi son adoption avec une majorité qualifiée (au moins 15 États membres représentant 65 % de la population européenne).
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devrait signer officiellement l’accord commercial lundi au Paraguay. Le texte nécessitera aussi l’approbation du Parlement européen.
L’agenda européen laisse un infime espoir aux agriculteurs mobilisés contre l’accord, ce qui explique en partie la poursuite de leurs manifestations.

