Dans son discours à l’ONU, le roi Philippe s’inquiète de l’avenir des enfants (Mise à jour)

Le roi Philippe a marché dans les pas de son oncle, mercredi, en prononçant au siège des Nations unies à New York, à l’occasion de la Journée internationale des enfants soldats, un discours fort pour réclamer la prise en compte des enfants dans les conflits armés et, plus généralement, des efforts redoublés de la communauté internationale pour mieux protéger les enfants et leur environnement familial. 

Il n’a, au demeurant, pas manqué de souligner cette filiation en rappelant d’entrée de jeu que le roi Baudouin s’était adressé, il y a tout juste trente ans, aux chefs d’État et de gouvernement réunis à l’occasion de l’entrée en vigueur de la Convention de l’Onu relative aux droits de l’enfant.

Depuis, les Nations Unies ont accompli “un travail impressionnant”, s’est d’autant plus félicité le Roi que la Belgique a fait de cette cause “une priorité constante de sa politique étrangère”. L’heure n’est, cependant, pas au relâchement, a-t-il mis en garde, alors qu’un enfant sur cinq dans le monde subit l’impact d’un conflit armé. Cela représente, a insisté Philippe, “des cas concrets de filles et de garçons fuyant des combats, mutilés, exploités, tués, victimes de violences sexuelles ou recrutés par des groupes armés”.

Or, cette réalité est encore occultée dans les processus de paix. “Trop souvent, le sort des enfants reste négligé. Leurs voix, leurs droits, leurs besoins ne sont guère pris en compte. Nous devons faire beaucoup mieux. Il en va de l’avenir des sociétés affectées par des hostilités”, estime le Roi, qui voit une raison supplémentaire de changer les attitudes. “L’expérience nous montre que les parties au conflit peuvent parfois plus facilement se mettre d’accord sur des mesures en faveur des enfants que sur d’autres sujets. […] Un accord visant à protéger les enfants peut servir de tremplin et de catalyseur pour des accords plus larges.”

Faciliter la réconciliation, prévenir de nouveaux conflits

Chaque enfant a le droit de grandir dans un foyer, un cadre sécurisant, de recevoir une éducation et un enseignement de qualité”, a martelé Philippe. “Chaque fois que nous sauvons un enfant de la guerre, que nous l’aidons à se reconstruire, que nous lui redonnons une école, ce sont des rêves qui redeviennent possibles. C’est une victoire de la vie. C’est une réconciliation que l’on facilite et peut-être un nouveau conflit que l’on prévient.

L’actualité diplomatique est venue montrer à quel point le discours royal était opportun. Mardi, le gouvernement israélien a convoqué pour la seconde fois le numéro deux de l’ambassade de Belgique à Tel Aviv. Il reproche à notre pays de profiter de sa présidence du Conseil de sécurité pour inviter à un débat, à la fin du mois, Brad Parker, le conseiller juridique de Defence for Children International Palestine (DCI-P), branche locale d’un mouvement mondial qui veille à l’application de la Convention relative aux droits de l’enfant. Israël reproche à cette ONG d’avoir compté parmi ses administrateurs des membres du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation considérée comme terroriste par l’État hébreu, les États-Unis et l’Union européenne. De quoi rappeler incidemment que les enfants restent envers et contre tout les victimes ou les otages des conflits.

Voici l’entièreté du discours prononcé par le Roi à l’ONU

Mesdames et Messieurs,

Il y a trente ans, le Roi Baudouin s’adressait ici à New York aux chefs d’Etat et de gouvernement réunis à l’occasion de l’entrée en vigueur de la convention relative aux droits de l’enfant. Il rappelait l’importance de sensibiliser les gouvernements et les opinions publiques à la fragilité et vulnérabilité de l’enfant et à la valeur de son entourage familial.

Depuis lors les Nations Unies ont accompli un travail impressionnant pour défendre la cause des enfants touchés par les conflits armés. La Belgique en a fait une priorité constante de sa politique étrangère. La Reine Mathilde s’y investit depuis de nombreuses années. Le sujet reste d’une actualité brûlante alors que les tensions géopolitiques sont à leur comble depuis le début du siècle.

Aujourd’hui, un enfant sur cinq dans le monde subit l’impact négatif d’un conflit armé. Ce chiffre ne peut nous laisser indifférents. Il représente des cas concrets de filles et de garçons fuyant des combats, mutilés, exploités, tués, victimes de violences sexuelles ou recrutés par des groupes armés. Des millions de jeunes vies blessées dans leur corps et dans leur esprit.

Sauver ces enfants requiert une volonté politique permanente, des efforts conjoints de prévention et de remédiation et une mobilisation constante de ressources financières et humaines.

Nous devons aider ces enfants à se relever et à s’épanouir. Il faut leur redonner espoir et les aider à se réconcilier avec la vie. En les écoutant, en reconnaissant leurs souffrances, en les réintégrant dans la société grâce à un accompagnement suivi. C’est comme cela que nous briserons le cycle de la violence et rendrons possible la paix durable.

En 1999, le Conseil de sécurité adoptait la première résolution sur la situation des enfants en temps de conflit armé. Depuis lors, le Conseil n’a cessé d’appeler à ce que les processus de paix intègrent, dès le départ, des éléments essentiels de protection des droits de l’enfant.

Dans plusieurs négociations de paix, la protection des enfants a reçu une réelle attention. Nous pouvons nous en féliciter. Mais les processus inclusifs demeurent des exceptions. Trop souvent, le sort des enfants reste négligé. Leurs voix, leurs droits, leurs besoins ne sont guère pris en compte. Nous devons faire beaucoup mieux. Il en va de l’avenir des sociétés affectées par des hostilités.

L’expérience nous montre que les parties au conflit peuvent parfois plus facilement se mettre d’accord sur des mesures en faveur des enfants que sur d’autres sujets. Cette attention pour les enfants peut amorcer la confiance. Un accord visant à protéger les enfants peut servir de tremplin et de catalyseur pour des accords plus larges.

C’est fort de ce constat qu’ont été développées les directives sur la protection des enfants dans les négociations et les processus de paix. Leur intégration dans les négociations de paix permettra d’améliorer concrètement la situation des enfants victimes de conflits.

Mesdames et Messieurs,

La Belgique est profondément attachée au multilatéralisme et à l’Organisation des Nations Unies. Mon pays s’y investit avec pour ambition la défense, non pas de ses propres intérêts, mais des valeurs fondamentales qui inspirent la Charte et qui fondent toute société décente.

Cette conviction sincère se traduit dans notre contribution au fonctionnement des Nations Unies, dans la participation de soldats belges aux opérations de maintien de la paix et dans notre investissement au sein de tous les organes onusiens, dont le Conseil de sécurité. Elle se traduit aussi dans la préoccupation qui nous réunit aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs,

Chaque enfant a le droit de grandir dans un foyer, un cadre sécurisant, de recevoir une éducation et un enseignement de qualité. Chaque fois que nous sauvons un enfant de la guerre, que nous l’aidons à se reconstruire, que nous lui redonnons une école, ce sont des rêves qui redeviennent possibles. C’est une victoire de la vie. C’est une réconciliation que l’on facilite et peut-être même un nouveau conflit que l’on prévient. C’est là notre responsabilité à tous.

L’année 2019 a marqué la fin d’une décennie très difficile pour les enfants dans les zones de conflit. A nous d’agir – loyalement et concrètement – pour que l’année 2020 soit le début d’une décennie d’espoir pour tous les enfants.