Crise de l’asile en Belgique: « Personne ne veut laisser quelqu’un dans la rue », martèle Nicole de Moor

« Personne ne veut laisser quelqu’un dans la rue », a martelé Nicole de Moor à propos de l’accueil des demandeurs d’asile en Belgique. La secrétaire d’État à l’Asile et la Migration participait mercredi à un échange de vues en commission de l’Intérieur de la Chambre à la suite d’un été particulièrement compliqué en matière de gestion de cet accueil. « Les entrées sont particulièrement élevées », a-t-elle admis, soulignant que le nombre de demandes en Belgique était en progression constante. Depuis le début de l’année 2022, plus de 24.000 personnes ont demandé une protection internationale. En mai, nous avions 2.556 demandes, 2.945 en juin, 3.047 en juillet et 3.529 en août. Le nombre de demandes devrait être encore plus élevé en septembre. En 2015, le nombre de demandes s’élevait à 44.000. Les principaux pays d’origine des demandeurs sont, hors Ukraine, l’Afghanistan, la Syrie, le Burundi, l’Érythrée et la Palestine.

« Nous voulons donner un accueil à tous ceux qui y ont droit et nous voulons éviter à tout prix les astreintes, mais nous atteignons nos limites opérationnelles et celles de nos partenaires », a admis Nicole de Moor. Actuellement, le réseau d’accueil compte 31.544 places, « soit le nombre le plus élevé depuis 2016. 5.132 places ont été créées depuis l’été dernier, pour une augmentation nette (en comptant les places fermées) de 4.280 places. C’est un exploit ! » Selon la secrétaire d’État, il devient compliqué d’aller au-delà. « Il est difficile de trouver le personnel nécessaire pour l’ouverture de nouveaux centres. » Nicole de Moor a aussi lancé un appel à la coopération des bourgmestres afin de trouver des places. « La collaboration avec les autorités locales est de plus en plus difficile et cela passe parfois par les tribunaux. On se retrouve dans une situation où on risque des astreintes parce qu’on n’accueille pas… et aussi des astreintes parce que des bourgmestres ne veulent pas (accueillir). »

En conclusion, la secrétaire d’État a avancé quatre mesures « qui doivent nous sortir de la situation actuelle ». Tout d’abord, créer suffisamment de places tampon. Ensuite, procéder à un recrutement plus rapide de personnel tant au CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides) qu’à Fedasil permettant d’augmenter l’accueil et accélérer les procédures.

Troisièmement, une amélioration de la procédure dite de Dublin avec retour des demandeurs vers le pays européen où la première demande a été introduite. « Chaque État membre européen doit prendre ses responsabilités », a-t-elle plaidé, se montrant favorable à un « screening renforcé aux frontières extérieures (de l’UE). » Depuis la fin du mois d’août, un centre dit « centre Dublin » a été ouvert à Zaventem. « Les premiers résultats sont encourageants. Le demandeur reçoit un entretien dans les 2 à 3 jours ouvrables, au lieu d’un mois ou plus auparavant. Nous pouvons notifier la décision plus rapidement, soit après six jours en moyenne là où cela prenait des mois. »

Enfin, la mise en place d’un nouveau centre d’arrivée au-delà du déplacement vers Pacheco de l’enregistrement, « car le Petit Château ne suffit pas. »

Nicole de Moor a enfin assuré qu’elle allait poursuivre ses campagnes de prévention dans certains pays d’origine qualifiés de sûrs. Après la Géorgie, elle se rendra en Égypte, considéré comme un pays de transit, a-t-elle annoncé.

Lors du débat, les principales remarques ont été formulées par l’aile gauche de la majorité. « Ce n’est pas une crise migratoire, c’est une crise de l’accueil », a souligné Hervé Rigot (PS). « Je ne comprends pas que nous n’arrivons toujours pas à prendre des mesures organisationnelles. » Ben Segers (Vooruit) a de son côté appelé à poursuivre encore le travail de raccourcissement des délais de décision.

Eva Platteau (Groen) a pointé la situation particulière des demandeurs afghans. « On sait qu’un retour ne sera pas possible. Il existe un risque de sombrer dans l’illégalité. » Daniel Senesael (PS) a pour sa part évoqué le phénomène de suicides de demandeurs d’asile.

Enfin, Simon Moutquin (Ecolo) a critiqué le prochain voyage de la secrétaire d’État en Égypte. « Vous connaissez la situation des droits humains en Égypte ? Plus de 60.000 détenus (BIEN plus de 60.000) sont des prisonniers politiques ! »