Corinne Torrekens: « Inscrire la laïcité dans la Constitution? François De Smet veut tuer une mouche avec un bazooka »

Le débat fait rage depuis plus de 30 ans. Doit-on autoriser le port du voile dans les institutions publiques ? Ce mardi, la ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) a annoncé que la Stib allait accepter le port de certains signes convictionnels « dans certaines conditions ». Ces déclarations ont mis le feu aux poudres dans ce débat politique où les différents partis se déchirent sur la question.

Dans l’émission sur DH Radio « Il faut qu’on parle », Corinne Torrekens est revenue sur ce sujet polémique. « On voit effectivement que la question est loin d’être réglée », commence-t-elle. « On remarque surtout que le débat change de sphère. Auparavant, on débattait de la question au sein de l’enseignement. Désormais, cette question se pose dans le secteur de l’emploi et notamment dans la fonction publique. »

Comment se fait-il que cette question n’ait pas été tranchée en plus de 30 ans? La docteure en sciences politiques isole trois éléments. « La première chose, c’est l’influence du débat français. La deuxième, c’est l’impact des attentats terroristes car ils jouent un rôle sur la peur que l’islam suscite. Et la troisième est l’orientalisme, c’est-à-dire l’idée que les femmes voilées sont des femmes soumises. »

Certains intellectuels dénoncent une banalisation de l’islam dans notre société. Corinne Torrekens nuance cette assertion. « Selon moi, on assiste à un glissement sémantique entre islam et islamisme. Ce qui est relatif à l’islam devient de l’islamisme. C’est typiquement ce qu’il se passe avec le port du foulard. On ne le décrit pas comme un symbole musulman mais comme un symbole islamique. Et c’est très dangereux. »

Ensuite, l’invitée du jour a également distribué des bons et mauvais points dans la séquence « Le carton du jour ». Le rouge est adressé à François De Smet « car le président de DéFi désire inscrire cette question de la laïcité dans la Constitution. Selon moi, cela revient à prendre un bazooka pour tuer une mouche. »

Ensuite, elle a tenu à féliciter Sarah Schlitz pour la nomination de Ishane Haouach, femme portant le foulard islamique, comme commissaire du gouvernement auprès de l’Institut de l’égalité entre les femmes et les hommes. « Cela suscite le débat et je trouve que ce choix est très courageux compte tenu de la polarisation de cette question dans la société aujourd’hui. »

Pour conclure cet entretien, Corinne Torrekens a tenté d’expliquer pourquoi la religion musulmane était plus facilement débattue que les autres. « Dans nos sociétés, l’islam fait peur. Et on peut le comprendre. Ce n’est pas pour autant qu’il faut être d’accord ou qu’on éprouve de la sympathie par rapport à ce sentiment. Avec les différents attentats, il y a un amalgame qui est fait entre islam, islamisme et terrorisme. Par conséquent, on parle plus de cette religion car elle fait peur. Il s’agit de l’islam qui gêne. »

Revivez la séquence en intégralité ci-dessous: