Belgique

Compétitivité et changements hormonaux : les adolescentes abandonnent-elles le sport ?

En Belgique, en 2022-2023, 70% des adolescents âgés de 10 à 17 ans pratiquaient au moins un sport pendant leur temps libre, avec 77% des garçons et 63% des filles. Près de la moitié des répondantes à une enquête de l’ADEPS en 2023 ont estimé que leur pratique hebdomadaire de sport a diminué lors de leur entrée dans la vie étudiante, la principale raison étant le manque de temps libre (69,9%).


En Belgique, d’après les données de l’Institut de santé publique Sciensano, 70 % des adolescents âgés de 10 à 17 ans ont pratiqué au moins un sport durant leur temps libre au cours de l’année 2022-2023. Cependant, cette proportion varie selon le sexe, avec 77 % des garçons et 63 % des filles participant à une activité sportive.

Une enquête menée en 2023 par l’Administration générale du Sport (ADEPS), en collaboration avec l’Observatoire National de l’Activité Physique et de la Sédentarité (ONAPS), a révélé que certains changements peuvent limiter la pratique sportive chez les adolescentes. Les principaux obstacles évoqués sont le manque de temps libre (44,7 %), les symptômes prémenstruels et les menstruations (42,6 %), la fatigue (40,4 %), et le manque de motivation (36,2 %). Malgré tout, plus d’un tiers des participantes affirment que le temps consacré à un sport chaque semaine est resté stable, et certaines estiment même qu’il a augmenté.

Toutefois, l’ADEPS souligne que les adolescentes en phase de puberté sont peu représentées dans cette étude. Des facteurs tels que le sentiment d’insécurité dans l’espace public, le sexisme et les violences faites aux femmes n’ont pas été inclus dans les obstacles cités.

L’enquête de l’ADEPS indique que, même si la pratique sportive des jeunes reste souvent stable au début de l’adolescence, elle diminue significativement lors de l’entrée dans la vie étudiante. Environ 48,3 % des femmes interrogées estiment que leur activité sportive hebdomadaire a diminué durant cette période. Les obstacles les plus fréquemment mentionnés sont le manque de temps libre (69,9 %), la fatigue (56,1 %) et le manque de motivation (51,0 %). L’absence de partenaires pour pratiquer et le syndrome prémenstruel/deviennent moins courants, représentant respectivement 33,1 % et 30,1 %. Les stéréotypes de genre arrivent en bas de la liste avec 5,1 %.

Concernant la compétition, Patrick Haumont, porte-parole de Tennis Padel Pickleball Wallonie-Bruxelles, souligne que les jeunes femmes abandonnent souvent le tennis plus rapidement que les garçons. Il note que la différence est moins marquée avant 10 ans qu’à 16 ans, période durant laquelle il y a moins de compétitrices. Il attribue cette tendance à un esprit de compétition moins prononcé chez les filles.

Jennifer Foucart, Professeure de Psychologie à l’Université Libre de Bruxelles, partage cette observation. Elle a réalisé deux études sur la pratique sportive des jeunes pour les Fédérations francophone et néerlandophone de hockey et a constaté qu’environ 25 % des filles de 16 à 18 ans cessent de pratiquer un sport. Elle décrit trois facteurs déterminants qui influencent cette tendance : les jeunes filles jouent davantage pour l’intégration et le plaisir, plutôt que pour la compétition, ce qui peut être négligé par les clubs.

Foucart évoque également une valorisation moindre de la compétition chez les femmes, notant que les filles reçoivent souvent moins de reconnaissance sociale pour leurs performances sportives que les garçons.

Lors des enquêtes, Jennifer Foucart a formulé plusieurs recommandations pour retenir les jeunes sportives. Elle suggère de renforcer le sentiment d’appartenance au club, par exemple en permettant aux joueuses d’initier leurs amies au hockey et en formant des équipes d’amis. Elle insiste également sur l’importance d’une approche personnalisée du coaching pour aider les jeunes à mieux gérer l’échec et la pression, soulignant que la confiance en soi est cruciale pour réussir en compétition, notamment chez les filles, qui montrent parfois plus d’angoisse que les garçons.