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Comment ICE instille la peur dans la population américaine

Des enfants nés aux États-Unis de parents immigrés sont chassés à leurs 21 ans quand ils perdent leur statut. Un climat de peur touche les expatriés vivant aux États-Unis, qui craignent d’être repérés par des agents de l’ICE.


Les agents de l’ICE ne se contentent pas de traquer des migrants ayant commis des délits ou des crimes. Ils s’intéressent désormais à toutes les personnes ayant une histoire migratoire. Par exemple, des enfants nés aux États-Unis de parents immigrés sont recherchés à l’âge de 21 ans lorsqu’ils perdent leur statut.

« Aujourd’hui, il y a cette idée que l’ennemi est là, à l’intérieur de nos frontières. L’ennemi, ce sont les immigrés illégaux, mais aussi ceux qui ne sont pas illégaux. […] Donc il y a un ennemi de l’intérieur qui est multiforme, qui est d’abord un ennemi immigré, un ennemi racial, et évidemment, les Américains non immigrés qui se posent des questions sur ce qui est en train de se passer sont eux aussi considérés comme des ennemis de l’intérieur, contre lesquels il faut se défendre, et c’est ce qui s’est produit au Minnesota il y a quelques jours », souligne Marco Martiniello.

Par ailleurs, le durcissement des lois sur la migration sous l’administration de Donald Trump a accentué le nombre de personnes en situation irrégulière. « On a révoqué le statut temporaire légal de millions de personnes qui sont de facto, dans l’état d’esprit de l’administration Trump, devenues des illégaux, susceptibles d’être déportées. Et donc on a augmenté le pool de personnes qui constituent des ennemis de l’intérieur. Donc c’est extrêmement préoccupant. On se retrouve maintenant face à des gens qui ne connaissent pas le Mexique, qui n’y ont jamais habité et qui sont déportés là-bas et qui vivent par exemple avec leurs grands-parents, qui parlent mal la langue, etc. parce que ce sont des Américains des États-Unis sociologiquement. Donc il y a quelque chose qui va au-delà même que simplement analyser les bavures de certaines personnes. On est plutôt dans une dynamique systémique qui veut reconfigurer la conception des États-Unis », explique le sociologue.

Ce climat de peur ne se limite pas aux migrants en situation illégale. Tous les expatriés vivant aux États-Unis craignent d’être détectés par les agents de l’ICE. « Je connais beaucoup de personnes qui ne vont pas manifester alors que c’est un droit constitutionnel. […] Des personnes qui sont là tout à fait légalement avec des visas, qui sont là depuis des années, qui ont des cartes vertes, ne vont plus manifester aujourd’hui parce qu’elles ont peur de se faire prendre dans les filets de l’ICE et qu’on révoque leur droit de rester aux États-Unis. Donc il y a effectivement cette espèce de psychose qui s’est installée », décrit Aviva Fried.

Une correspondante aux États-Unis décrit un climat de peur parmi la population immigrée, mais aussi parmi les Américains qui contestent la politique migratoire de Donald Trump. Cette peur semble justifiée : « Il y a beaucoup de cas où des personnes qui sont là légalement se retrouvent expulsées vers des pays qu’elles ne connaissent pas ou renvoyées dans leur pays sans comprendre pourquoi du jour au lendemain ».

Il s’agit donc d’une atmosphère pesante et menaçante qui prédomine actuellement aux États-Unis. « Je pense qu’on pourrait peut-être se rapprocher de l’atmosphère du maccarthysme remis au goût du jour en 2026 ».

► Découvrez aussi comment fonctionne le service ICE en écoutant l’intégralité du podcast des Clés dans le player ci-dessus ou sur Auvio.