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Canada : un vent séparatiste souffle sur l’Alberta, Ottawa face à Trump.

L’Alberta compte un peu plus de 4,5 millions d’habitants et s’étend des Prairies jusqu’aux contreforts des Rocheuses, avec Calgary et Edmonton comme principaux centres urbains. Depuis le 1er janvier, un groupe d’influence appelé « Alberta Prosperity Project » a obtenu le feu vert d' »Elections Alberta » pour lancer une pétition en vue d’un référendum sur la séparation de la province du reste du Canada.


Province de l’Ouest canadien, l’Alberta abrite un peu plus de 4,5 millions d’habitants et s’étend des Prairies aux contreforts des Rocheuses, avec Calgary et Edmonton comme principales villes. Son économie repose largement sur l’exploitation du pétrole et du gaz, notamment à travers les sables bitumineux, ce qui en fait un moteur économique du pays, mais également un centre de débats sur le climat et la transition énergétique.

Politiquement, l’Alberta est historiquement conservatrice, marquée par une culture d’entrepreneuriat, d’autonomie fiscale et de méfiance envers le gouvernement fédéral, alimentant périodiquement des mouvements de ressentiment ou des discours sur l’autonomie.

Depuis le 1er janvier, un groupe d’influence nommé « Alberta Prosperity Project » a reçu l’approbation d' »Elections Alberta » pour initier une pétition visant à un référendum sur la séparation de la province du reste du Canada. Les organisateurs disposent de jusqu’au 2 mai pour recueillir près de 178 000 signatures, seuil à partir duquel un vote sur la souveraineté albertaine pourrait être envisagé dès l’automne.

Lundi soir, plusieurs milliers de personnes se sont réunies à Calgary pour soutenir cette initiative, dans une ambiance fortement empreinte de l’imaginaire de l’Ouest pétrolier : chapeaux de cowboys, drapeaux de l’Alberta et pancartes proclamant « Indépendance de l’Alberta ». Les sondages locaux révèlent qu’environ un quart à un tiers des Albertains sont favorables à l’indépendance, mais les politologues notent qu’un socle de mécontentement durable existe, nourri par un sentiment d’injustice fiscale et un rejet des élites fédérales.

L’indépendantisme albertain s’est structuré à partir de 2018 autour de l’idée que la province « paie trop » pour financer le reste du pays grâce à ses richesses pétrolières et gazières. Les politiques climatiques de l’ancien gouvernement Trudeau, jugées hostiles à l’industrie fossile, ont exacerbé ce ressentiment et renforcé l’idée d’une province empêchée de valoriser ses ressources.

Il est prouvé que l’Alberta contribue de manière significative à l’économie canadienne : bien que comptant environ 5 millions d’habitants, la province génère près de 15 % du produit intérieur brut du pays, occupant ainsi une place essentielle avec l’Ontario et le Québec. Elle demeure également incontournable dans le domaine de l’énergie, fournissant presque 84 % du pétrole produit au Canada et plus de 60 % de son gaz naturel, ce qui bénéficie aux exportations, aux recettes fiscales fédérales et au financement des programmes de péréquation.

Bien que le Premier ministre actuel, Mark Carney, ait mis en pause certaines mesures environnementales et ouvert la voie à un nouvel oléoduc, cela n’a pas suffi à apaiser le sentiment de marginalisation d’une partie de l’électorat albertain. Pour de nombreux militants, deux enjeux se dessinent : ne plus « payer pour le reste du Canada » et se libérer de contraintes fédérales considérées comme des obstacles au développement du secteur énergétique.

Ce regain d’intérêt pour la séparation coïncide avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, qui a renforcé sa rhétorique vis-à-vis d’Ottawa en évoquant l’idée que le Canada pourrait devenir un « 51e État » ou faire face à une intégration forcée via des tarifs douaniers.

Les droits de douane américains impactent directement le modèle économique canadien, fortement dépendant du marché américain. Plus de 75 % des exportations canadiennes se dirigent vers les États-Unis, représentant près d’un quart du PIB, et de nombreux secteurs industriels sont intégrés dans des chaînes de valeur nord-américaines.

Lorsque Washington impose des tarifs punitifs, comme ceux sur l’acier et l’aluminium, cela entraîne une chute brutale des exportations canadiennes ciblées, un gel des investissements et des coûts croissants pour de nombreuses entreprises.

Sur le plan macroéconomique, la Banque du Canada et plusieurs instituts de recherche estiment qu’une vague de tarifs généralisés pourrait nuire à la croissance, réduire l’emploi et plonger l’économie dans la récession, tant par la baisse des volumes exportés que par l’incertitude qui freine les projets des entreprises.

L’ancien conseiller de Trump, Steve Bannon, va encore plus loin, qualifiant le Canada d’ »intérêt vital de sécurité » pour les États-Unis et avertissant qu’il pourrait devenir la « prochaine Ukraine » en raison de sa vulnérabilité dans l’Arctique.

Dans ce contexte, certains responsables et commentateurs expriment des craintes face à une possible ingérence de la mouvance MAGA dans un potentiel référendum albertain, que ce soit à travers un soutien financier, des campagnes d’influence ou des relais médiatiques.

Le ministre des Finances américain, Scott Bessent, a, pour sa part, désigné l’Alberta comme un « partenaire naturel » des États-Unis, comme si la province était déjà un État distinct, alimentant les spéculations sur l’intérêt de Washington pour une région riche en hydrocarbures.

Face à ces tensions croissantes, le Premier ministre Mark Carney cherche à repositionner le Canada sur la scène internationale afin de réduire sa dépendance aux États-Unis, alors que la situation économique, marquée par l’augmentation des droits de douane, reste précaire. Plus de 75 % des exportations canadiennes sont destinées aux États-Unis, et Carney cible l’objectif de doubler les exportations vers d’autres pays au cours de la prochaine décennie.

À Davos, il a dénoncé la « rupture » de l’ordre international et a appelé les « puissances moyennes » comme le Canada à défendre davantage leur souveraineté. De plus, il a exprimé la volonté du Canada de se tenir aux côtés du Groenland et du Danemark contre toute atteinte à leur souveraineté, tout en plaidant pour une diversification des échanges.

En parallèle, Carney a effectué une visite en Chine, la première par un chef de gouvernement canadien en huit ans, dans le but de « reconstruire » une relation bilatérale dégradée. Sa visite à Pékin a conduit à plusieurs mémorandums d’entente dans des domaines tels que l’énergie, l’agroalimentaire, et la transition climatique.

Mark Carney doit faire face au défi de répondre aux frustrations économiques du West, de sécuriser les intérêts canadiens dans l’Arctique, et de forger de nouvelles alliances, de l’Europe à la Chine, afin d’éviter que le Canada ne soit perçu que comme un réservoir de ressources ou un « 51e État » en attente.