Cafouillage sur la taxe motrice en Wallonie : un recul envisageable ?
Le gouvernement wallon a décidé de réinstaurer une taxe sur les moteurs des entreprises, suspendue depuis 2006, mais envisage de faire marche arrière en raison des critiques suscitées par cette mesure. À Rouvroy, la papeterie Burgo Ardenne utilise plus de 5000 moteurs et les compensations de la Région représentent actuellement 15% des recettes de la commune.
C’est une véritable confusion qui est en cours en Wallonie concernant le retour de la taxe sur la force motrice, c’est-à-dire sur les moteurs des entreprises. Cette taxe n’est plus perçue depuis 2006 et le gouvernement wallon a décidé de la rétablir. Cependant, face à l’ire suscitée par cette décision, il envisage de faire marche arrière.
De quoi s’agit-il exactement ? Il s’agit d’une taxe facultative que les communes prélèvent sur les moteurs des entreprises, tels que les robots industriels, les groupes électrogènes ou les machines agricoles. En 2006, le gouvernement wallon a choisi de suspendre cette taxe afin de favoriser les investissements industriels dans la région. Ainsi, les communes ne taxent pas les nouveaux moteurs et, en retour, reçoivent une compensation de la Région wallonne.
### Plus de 100 millions par an pour la Région
À la fin de 2025, le gouvernement wallon a révisé cette décision car ces compensations coûtaient de plus en plus cher à la Région, à savoir plus de 100 millions par an. Le gouvernement a décidé de les limiter et de permettre aux communes de taxer de nouveau, sous certaines conditions, les investissements liés à l’équipement et à l’outillage.
À Rouvroy, dans la province de Luxembourg, la papeterie Burgo Ardenne produit du papier. Cette entreprise utilise plus de 5000 moteurs pour alimenter ses chaudières, ses pompes à eau et ses coupeuses à bois. C’est la seule industrie du village. Actuellement, les compensations de la Région représentent 15 % des recettes de la commune.
Pour Rouvroy, perdre un tel montant de revenu signifierait une banqueroute assurée. La bourgmestre, Carmen Ramlot, explique : « Même si je surtaxe ma population ou l’entreprise, ça ne va pas le faire. On n’a pas des recettes de vente de bois ou de ce genre de choses sur lesquelles on pourrait compter. »
Elle ajoute que la commune « a une mission à accomplir : une mission de service public. Donc nous, on ne peut pas décider du jour au lendemain, sous prétexte que la Région wallonne nous coupe les robinets, d’arrêter de faire tout ce qu’on fait pour notre population. »
Que faire ? Sachant que remettre toute la charge de la taxe à l’entreprise serait insoutenable. « Ça nous coûterait un million d’euros, » assure Dominique Poncelet, directeur de l’usine. « Ça peut avoir des effets sur la prolongation des activités, peut-être même une diminution de l’activité, parce que ce sont des coûts importants qui, aujourd’hui, vont être préjudiciables aux résultats de l’entreprise. »
### Machine arrière
Ce mardi, le ministre wallon des Pouvoirs Publics a donc annoncé qu’il souhaitait revoir cette réforme. Après avoir entendu les critiques des communes, des entreprises, des fédérations patronales et même des syndicats, le gouvernement accepte de revoir sa copie.
« Le mécanisme voté en décembre va devoir être rapidement corrigé. C’est une évidence, » déclare François Desquesnes, ministre wallon des Pouvoirs Locaux. « C’est un travail collectif qui est d’ailleurs mené depuis quelques semaines. »
Quand une entreprise vient investir chez nous, on devrait lui dire « merci de créer de l’emploi. »
Le ministre wallon maintient toutefois que la taxe doit être revue en profondeur, car il y a selon lui des abus et cela coûte toujours trop cher à la région. Mais il ajoute qu’il souhaite préserver les finances communales et les investissements industriels.
Pour les chefs d’entreprise wallons, cela représente un soulagement. Frédéric Panier, directeur général d’AKT, l’ex-union wallonne des entreprises, affirme : « Quand une entreprise vient investir chez nous, on devrait lui dire : ‘merci de créer de l’emploi chez nous.’ L’idéal serait qu’on ne taxe pas l’investissement productif du tout, qu’on ne taxe pas ceux qui viennent investir. » À ce sujet, Frédéric Panier salue « la capacité d’écoute du gouvernement et sa capacité à se remettre en question. »
La réforme votée en décembre sera donc révisée, mais on ne sait pas encore quand ni comment tout ce désordre se résoudra exactement.

