Bombardement d’une école de filles à Minab, Iran : les faits connus
L’école Shajareh Tayyebeh a été touchée par un missile entre 10h et 10h45 du matin, heure locale, ce samedi 28 février lors de frappes aériennes. Selon les médias d’État, au moins 165 funérailles ont eu lieu ce mardi 3 mars en Iran, dont celles d’élèves tuées dans la frappe présumée.
Selon les médias d’État iraniens, l’école Shajareh Tayyebeh a été touchée par un missile entre 10h et 10h45, heure locale, ce samedi 28 février, lors de frappes aériennes. Ces frappes ont débuté à un moment coïncidant avec l’heure à laquelle les enfants iraniens se rendent habituellement à l’école, le samedi étant un jour ouvrable en Iran.
Des images filmées peu avant le bombardement, depuis une rue, ont rapidement émergé ce samedi 28 février. Un homme filme avec son smartphone, avançant. On peut voir plusieurs volutes de fumée noire s’échappant à sa gauche. Il se tourne ensuite vers la droite, révélant un bâtiment dont une épaisse fumée noire s’échappe également. Cet angle de vue montre quatre panaches de fumée noire, dont deux plus petits s’échappent des fenêtres du dernier étage du bâtiment principal.
Les palissades autour de l’école sont décorées de fresques représentant des crayons de couleur et des enfants. Dans cette séquence diffusée sur Telegram et authentifiée par les équipes de BBC Verify, des cris d’enfants sont audibles. Une partie d’une inscription au-dessus de l’entrée est visible, montrant les trois premières lettres du mot « école primaire » en persan.
Une vidéo obtenue par l’agence Reuters montre une vue de l’école au même endroit, mais quelques minutes plus tard, prise depuis un autre angle. Une foule s’est rassemblée aux abords du bâtiment, et la fumée qui s’échappe du bâtiment est moins dense, tandis que l’édifice apparaît totalement éventré.
Le site correspond à un bâtiment situé dans la ville de Minab, dans la province d’Hormozgan, au sud de l’Iran, à près de 1000 km de Téhéran et seulement à quelques kilomètres de l’un des passages maritimes les plus importants pour le commerce mondial des hydrocarbures, le détroit d’Ormuz.
La localisation précise de l’infrastructure touchée a été identifiée d’après les images. Il s’agit d’une école primaire pour filles, proche de deux sites contrôlés par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC). La clinique spécialisée Shahid Absalan se trouve à environ deux cents mètres du site bombardé, tandis que le complexe culturel Seyed al-Shohada de l’IRGC est situé à environ trois cents mètres.
Le terrain sur lequel se trouvent ces deux sites forme un complexe militaire, le terrain de l’école Shajareh Tayyebeh jouxtant ce complexe. Des images satellites de Planet Labs avant (14 mai 2024) et après le bombardement (4 mars 2026) documentent ces installations militaires.
Rapidement après le bombardement, de fausses informations ont circulé. Des accusations d’utilisation d’images sorties de leur contexte ont émergé sur les réseaux sociaux, certains utilisateurs affirmant que la photo illustrant les articles avait été prise à Kaboul, en Afghanistan, en 2021. Grok, l’intelligence artificielle de X, a également qualifié l’image de « fake », la reliant à Kaboul. Certains comptes ont prétendu que les images de l’école provenaient d’anciennes vidéos prises au Pakistan, une affirmation démentie.
Cette image, largement diffusée par la presse internationale, est liée au bombardement de l’école à Minab, ce 28 février 2026. Les agences de presse ayant diffusé ces images les ont authentifiées comme provenant de « IRIB TV », la télévision d’État iranienne. Des images de funérailles diffusées par les médias d’État en Iran, montrant une foule rassemblée autour de corps enveloppés dans des linceuls, ont également été remises en question, certains affirmant qu’elles avaient été prises dans un autre pays ou générées par IA.
Le secrétaire américain à la Défense a annoncé le 4 mars qu’il enquêterait sur le bombardement, affirmant que les forces armées ne visaient jamais des cibles civiles. Ce jeudi 5 mars, Reuters a rapporté que des enquêteurs militaires américains estimaient « probable » que les forces américaines soient « responsables » de la frappe. Cependant, cette enquête n’était pas terminée, et des responsables ont précisé que de nouvelles preuves pouvaient émerger.
Au-delà des déclarations anonymes, un faisceau d’éléments pointe vers une responsabilité états-unienne, le New York Times rapportant que le bâtiment scolaire a été sévèrement endommagé par une « frappe de précision », synchronisée avec des attaques menées contre six bâtiments de la base militaire adjacente exploitée par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique.
Les images satellites montrent que plusieurs bâtiments sur la base navale ont été détruits, et des experts en sécurité ont confirmé que tous les bâtiments, y compris l’école, ont été touchés par des frappes « parfaitement ciblées ». La question se pose de savoir si l’école a été frappée par erreur ou si elle a été ciblée avec des informations obsolètes. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a demandé une enquête rapide et transparente sur le bombardement de l’école de Minab.

